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Publié par Mak

Afrique: Contre le Gouvernement de l' Union, les Etats-Unis d' Afrique et autres idées farfelues


Dakar —  Du 1er au 3 février, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA) se sont retrouvés à Addis-Abeba pour le douzième sommet de l'organisation. Cette année, ils ont planché sur le thème du développement des infrastructures en Afrique, sujet dont on ne doute pas de l'importance si l'on veut atteindre les objectifs d'intégration économique des pays du continent. Ils ont cependant remis également sur le couvert une session spéciale sur le « Gouvernement de l'Union ». En juillet 2007, à Accra, le débat autour du projet de création d'un Gouvernement de l'Union avait été vif et s'était –heureusement - terminé en queue de poisson du fait de la division des chefs d'Etat sur l'opportunité de se rallier ou non aux grandes idées du Guide libyen Mouammar Kadhafi, chantre des Etats-Unis d'Afrique, et de ses principaux soutiens.


Si rien n'est fait, il y a de fortes chances que l'Union africaine traîne chaque année comme un boulet le grandiose projet du gouvernement panafricain et des Etats-Unis d'Afrique et continue d'y affecter du temps et des ressources rares. Il faut au plus tôt ranger ce dossier dans un tiroir et ne le ressortir que dans une trentaine d'années lorsqu'il apparaîtra peut-être moins décalé par rapport aux réalités politiques, économiques et financières du continent.

Lors du grand débat d'Accra, les observateurs avaient distingué trois groupes : « les maximalistes » menés par la Libye et le Sénégal qui étaient favorables à la création immédiate d'un gouvernement de l'Union, « les gradualistes » prônant une approche progressive qui devait passer d'abord par la consolidation des communautés économiques régionales, et « les sceptiques » qui n'avaient pas voulu prendre position ou du moins l'afficher. Dans une de ses rodomontades dont il a le secret, le Guide libyen avait quitté avec fracas la salle de conférence, déçu par les réserves de ses collègues sur les Etats-Unis d'Afrique. La personnalité pour le moins controversée du porteur du projet pose également un véritable problème de crédibilité.


La Libye de Kadhafi ne représente pas exactement l'idée que l'on se fait de la modernité politique, de la démocratie et du respect des droits de l'homme. Sans évoquer le soutien du Kadhafi révolutionnaire d'antan à des hommes comme Charles Taylor et Foday Sankoh qui ont présidé à la destruction du Liberia et de la Sierra Leone dans les années 1990, ni son recours au terrorisme par le passé ou encore les conditions indignes infligées aux migrants irréguliers subsahariens en Libye. Ce serait trop facile et en réalité peu convaincant de se focaliser sur la personnalité de Kadhafi pour combattre sa vision panafricaniste. Un projet peut être bon même si son initiateur manque de crédibilité. Celui du Gouvernement de l'Union est, en l'état actuel, mauvais en soi.


L'inaboutissement du projet de l'Union Africaine et l'incohérence temporelle

Depuis le débat historique de 1963, mené notamment par le Ghanéen Kwame Nkrumah, sur la nécessité d'une union continentale et la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), l'idéal panafricain n'a jamais disparu des esprits. Verrouillée pendant l'essentiel de son existence par une écrasante majorité de chefs d'Etat putschistes, dictateurs et souvent incompétents, l'OUA faisait pâle figure au moment où se sont engagées des transformations politiques majeures au début des années 1990. Le 11 juillet 2000, l'Acte constitutif d'une nouvelle organisation, l'Union Africaine, était signé. Deux ans plus tard, à Durban en Afrique du Sud, l'Union Africaine naissait, portant avec elle de nouvelles promesses de paix, de sécurité et de prospérité pour le continent.


Les ambitions de l'héritière de l'OUA sont énormes : droit d'ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres lorsque la paix et la sécurité sont menacées, engagements sur les principes de la démocratie et de la bonne gouvernance, opposition à tout changement anticonstitutionnel de gouvernement, mise en place d'une architecture institutionnelle en matière de paix et de sécurité, de justice, d'intégration économique, monétaire et financière. La palette d'institutions prévues par l'Acte constitutif est notable : la Conférence de l'Union, le Conseil exécutif, la Commission de l'Union, le Conseil de paix et de sécurité, la Cour de Justice, le Parlement panafricain, le Conseil économique, social et culturel, une Banque centrale africaine, un Fonds monétaire africain et une Banque africaine d'investissement.


En 2009, cette architecture institutionnelle est encore en cours de mise en place et aucune des trois institutions financières – dont l'opportunité de la création est par ailleurs discutable - n'existe encore. On a surtout vu au cours des dernières années l'activité de la Commission et du Conseil de paix et de sécurité, une sorte de réplique du Conseil de Sécurité de l'ONU (mais sans droit de veto), qui a autorisé le lancement d'opérations militaires de maintien de la paix au Burundi, en Somalie et maintenant au Darfour dans le cadre d'une opération « hybride » avec l'ONU. Les huit commissaires chargés chacun d'un département, allant des affaires politiques à l'économie rurale et l'agriculture en passant par les infrastructures et l'énergie ; les ressources humaines, la science et la technologie, travaillent également même si très peu nombreux sont les Africains qui peuvent citer leurs noms. Celui du président de la Commission de l'UA, l'ex-ministre des Affaires étrangères du Gabon Jean Ping, qui a succédé à l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré, est plus connu.


L'organisation a un problème de financement chronique, largement prévisible puisqu'il s'agit tout de même d'un rassemblement d'Etats majoritairement pauvres. Même les plus puissants d'entre eux, à l'instar de l'Afrique du Sud, du Nigeria ou de l'Angola, doivent faire face à des défis économiques et sociaux internes tellement énormes qu'on les imagine mal porter à bout de bras une Union africaine à l'architecture institutionnelle lourde et aux grandes ambitions.


C'est en raison de l'insuffisance de moyens financiers que les organes prévus par l'Acte constitutif continuent à se mettre en place laborieusement plus de six ans après la création de l'organisation panafricaine. Les graves problèmes financiers sont également visibles dans le domaine de la paix et de la sécurité où l'UA a pris la courageuse initiative de déployer des missions militaires de maintien de la paix dont on connaît les coûts exorbitants. Sans surprise, elle doit compter de manière systématique sur des apports extérieurs au continent et en particulier sur celui de l'Union européenne, son grand modèle. Les inextricables difficultés de l'opération de l'UA en Somalie ou encore au Darfour comme l'insuffisance de troupes, et d'équipements sont connues.

On en est là en 2009. Et quelques chefs d'Etat voudraient vendre l'idée d'un gouvernement panafricain? Pour faire quoi ? Quelle continuité y a-t-il entre le projet de l'UA, dont on vient de voir qu'il n'en est qu'au début de sa mise en œuvre, et celui du Gouvernement de l'Union ? Faut-il comprendre que ces éminents présidents et leurs experts s'étaient trompés en décidant de la configuration actuelle de l'UA ? Se moque-t-on des populations africaines ? Où a-t-on vu ailleurs dans le monde des gens sérieux décider de mettre en place une organisation internationale ambitieuse et les mêmes revenir cinq ans plus tard avec une nouvelle idée encore plus grande alors que tous les organes constitutifs de la première ne sont pas encore fonctionnels ?

Source: Allafrica