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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak


Tchad: ce que nous réserve 2009!

Une nouvelle année vient de commencer. Dans certains pays d'Afrique, il s'agit d'une véritable ère nouvelle plein d'espoir. Le Ghana a terminé 2008 en beauté en donnant au reste du monde un exemple de démocratie, contredisant Jacques Chirac qui disait que la démocratie est un luxe qui n'est pas à la portée des pays africains. L'élection de John Atta-Mills à la tête du Ghana marque un tournant dans les élections en Afrique. En effet, c'est pour la première fois qu'un pays a rigoureusement respecté sa constitution, avec au final, la victoire d'un candidat de l'opposition.
 
En Centrafrique, voisin du Tchad, les choses vont également dans le sens de l'apaisement. Il ne s'agit bien sûr pas d'élections démocratiques et transparentes. Mais il est des initiatives qu'il faut saluer. Le retour de Ange Félix Patassé dans ce pays signifie que les fils de la Centrafrique sont décidés à faire la paix. Même si on peut se douter de la sincérité des autorités de Bangui, Bozizé et Cie, il y a quand même un pas vers l'avant, dans la recherche de la paix. Les Tchadiens peuvent-ils faire de même, en organisant le retour d'Hissein Habré à N'Djaména pour participer à un forum de réconciliation nationale ? Rien n'est moins sûr.
 
Pendant que les Ghanéens sont en train de respirer un air de vraie démocratie et que les Centrafricains sont en quête de la paix, les Tchadiens, eux, sont déjà fixés sur leur sort pour l'année 2009. Dans ce pays qu'on appelle le Tchad, on n'attend pas d'un moment à l'autre une quelconque table ronde pour parler de la paix, encore moins le retour d'un Hissein Habré à N'Djaména, comme Patassé en Centrafrique, pour prendre part à cette table ronde. Pour l'année 2009 en tout cas, les Tchadiens sont presque dans les secrets des dieux : ils redoutent une seule chose d'un moment à l'autre : la reprise des hostilités avec les politico-militaires. Tout le monde ou presque, en est convaincu. Du côté du pouvoir, Idriss Déby Itno a profité de la date anniversaire de son accession au pouvoir pour déballer et exhiber tout ce qu'il possède comme armement, afin d'intimider les adversaires. Ces derniers, quant à eux, sont en train de chercher à unir leurs forces de frappe afin d'en finir une fois pour toutes avec Idriss Déby Itno. Les rebelles savent que l'échec de l'aventure de février 2008 était, en grande partie, dû à un problème organisationnel. Ils étaient à deux travers de doigt de renverser le régime de N'Djaména, mais ils ont été battus aux toutes dernières heures. Cette fois-ci, ils veulent mettre de leur côté toutes les chances si jamais il parviennent à s'approcher de la Capitale. 
 
C'est un tel constat amer qui m'a amené à formuler mes voeux pour le Tchad pour l'année 2009. Or, voici qu'un quidam, ennemi de la paix au Tchad, se permet de faire le commentaire suivant sur mes voeux pour l'année 2009. "Pour cet individu (Belemgoto, NDLR), le Tchad commence à N'djaména et s'étend vers le Sud. 1979 marque la fin des pouvoirs sudistes. Autrement, demandes à tes aïeux de te parler de Tombalbaye et de Félix Ngakoutou Malloum. Qu'en 2009 tu arrêtes de diluer ta cervelle avec de l'alcool et commencer à réflechir".
 
 Remarquons tout d'abord que l'auteur du commentaire ci-dessus ne comprend pas très bien la signification de certains mots français qu'il emploie. Comment peut-il me conseiller de demander à mes aïeux de me parler de Tombalbaye et de Malloum ? Mes aïeux, autrement dit mes ancêtes, sont, par définition, morts. Comment pourrais-je demander à des morts de me parler des régimes de Tombalbaye et de Malloum ?  En plus pour cet individu, puisque je suis Sudiste, je suis forcément un buveur d'alcool. Je lui précise qu'il y a plusieurs Sudistes qui ne boivent pas d'alcool et qu'il existe plusieurs Nordistes qui sont des vrais ivrognes ou au moins de grand buveurs d'alcool. Boire de l'alcool, fumer de la cigarette, prendre de la drogue,... ne sont l'apanage, ni des Nordistes, ni des Sudistes. D'ailleurs, on peut boire de l'alcool et bien réfléchir. Mais quand on a du sable en lieu et place de la matière grise dans la boite crânienne, on ne peut réfléchir du tout. J'ai souhaité tout simplement que les adversaires pensent enfin à déposer les armes pour dialoguer afin de nous ramener la paix. Je tiens à apporter un certain nombre de précisions à ce compatriote. C'est clair comme eau de roche : l'auteur d'un tel commentaire se dit "Nordiste", contre le pauvre "Sudiste" que je suis. De tels individus nous retirent d'autorité le droit de critiquer le régime de Habré ou de Déby, dès lors qu'on est Sudiste. Dès qu'on émet la moindre critique sur ces régimes, on nous renvoie à l'époque de Tombalbaye et de Malloum. Je tiens à préciser que je je m'inscris pas dans cette lancée. Tombalbaye, Malloum, Goukouny, Habré, Déby, sont avant tout des Tchadiens. Leurs dérives politiques ne doivent engager que leur propre personne et non toute une communauté. On tourne en rond quand on réfléchit ainsi. Tombalbaye et Malloum ne représentent pas les Sudistes, et, autant, Habré et Déby ne représentent aucunement les Nordistes. J'ai vécu sous le régime de Tombalbaye et de Malloum. Ces régimes n'étaient pas exemplaires, donc loin d'être en odeur de sainteté. Rappelons que le coup d'Etat de 1975 a été accueilli dans tout le Tchad avec un soupir de soulagement, à commencer par le Sud. Quant au régime de Malloum, on avait affaire à des adolescents inconscients à la tête de l'Etat. Si j'ai parlé de 1979, ce n'est pas par allusion à la perte du pouvoir par les Sudistes. C'est tout simplement parce que les protagonistes actuels, ceux qui sont pour la guerre sans fin au Tchad, ont fait leur apparition sur la scène politico-militaire au Tchad, à partir de 1979. Avant 1979, ils étaient inconnus sur la scène politique tchadienne. Déby était un vulgaire soldat loyaliste, tandis que Mahamat Nouri était un petit rebelle méconnaissable au Tchad. Ce qui est fort remarquable, c'est qu'en 1979, ils formaient un groupe compact en apparence. Avec le temps, après avoir conquis le pouvoir, le groupe s'est disloqué. Ils se retournent les uns contre les autres, créant un imbroglio qui perdure et perdurera encore longtemps. Habré s'est donné la mort, politiquement parlant. Idriss Miskine, Hassan Djamous,  Ibrahima Itno sont dans la tombe.  Déby au pouvoir à vie. Nouri bascule dans la rébellion... Personne n'a imaginé un tel scénarion catastrophique en juin 1982, année de la conquête du pouvoir par les FAN. Et la guerre perdure, cette fois-ci entre les nos héros. On en a tout simplement MAAARRRE ! Malheureusement, on est loin de la fin. Ce qui caractérise les principaux protagonistes sur le terrain d'affrontement, c'est leur appartenance passée aux CCFAN. Or qui dit CCFAN dit regroupement et affrontement intercommunautaire permanent. Hier, c'est contre les Sudistes qu'il fallait se battre. Aujourd'hui, on parle de plus en plus, de Zaghawas contre Goranes... Nous sommes toujours dans la logique de la politique du CCFAN. Il faut rappeler aux jeunes que CCFAN signifie (Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord). C'est l'organe politico-militaire fondée par Hissein Habré, et qui continue à entretenir la pagaille perpétuelle dans le pays. Ils se sont auto-proclamés FAN (Forces Armées du Nord) par opposition au Sud. Les Forces Armées du Nord, comme leur nom l'indique, n'ont aucun autre programme que la force par les armes. Ce sont de vrais "va-t-en guerre". Ils sont en réalité une infime minorité dans les Nord. Mais ils constituent ce qu'on appelle "le cancer tchadien". Ce ne sont donc pas tous les Nordistes qui partagent la politique du CCFAN, à savoir l'affrontement intercommunautaire perpétuel. Citons le héros de la lutte pacifique, Ibni Omar Mahamat Saleh. C'est aussi le moment de lui rendre hommage. Il a refusé de prendre les armes. Il a préféré la lutte pacifique, et il en est mort, les armes (pacifiques) à la main. La guerre comme mode de changement a fait la preuve de son inefficacité : disons STOP!
 
Les protagonistes de la guerre au Tchad sont en train de se confondre avec le règne animal. Les tigres, les hyènes, les lions, les loups, n'ont que leurs griffes et leurs dents pour se défendre en cas de besoin. Les êtres humains ont en plus des armes, la faculté de dialoguer. C'est la grande différence entre les humains et les animaux. Il est temps de marquer la différence par rapport au règne animal, par l'instauration d'un vrai dialogue inter Tchadiens. Je me prononce pour le retour d'Hissein Habré à N'Djaména, s'il doit prendre part à un forum national sur le retour de la paix au Tchad. Habré aura beaucoup à apporter. Ce sera pour lui le moment de s'expliquer, car jusque-là, il n'a jamais eu droit à la parole. Plus les années passent, on s'éloigne de plus en plus des chance de la paix. Une victoire militaire sur Déby sera une autre catastrophe, un véritable saut dans l'inconnu. Gardons à l'esprit, que les rebelles qui promettent de revenir victorieusement sont en train de faire une coalition. Ils sont donc susceptibles de s'affronter après avoir renversé Déby par les armes. Ce sont avant tout des chefs de guerre. On les connaît en plus.
 
Pour ces différentes raisons, 2009 et les années à venir sont pleines d'incertitudes au Tchad.
 
Mais qu'avons-nous fait au ciel pour qu'il nous réserve un si triste sort ?
 
BELEMGOTO Macaoura