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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Interview  de  Mr. Michelot YOGOGOMBAYE, Président du Bureau de la Représentation de l’Union des Forces pour le Développement et la Démocratie (UFDD) France & Union Européenne.

 

1                    Monsieur Michelot, pourriez-vous vous présentez sommairement à nos internautes ?

 

MY : Je suis Michelot Yogogombaye, tchadien, marié à une tchadienne, père de quatre adorables enfants. Je suis actuellement le Président du Bureau de la Représentation de l’Union des Forces pour le Développement et la Démocratie (UFDD) France & Union Européenne.

 

2                    Pourquoi avez-vous décidé de combattre le régime dictatorial de Deby et à quel moment avez-vous pris cette décision ?

 

MY : Vous et moi savions de quelle façon et par qui Idriss Deby a été escorté pour être finalement parachuté au pouvoir en  décembre 1990. A l’époque, on a profité de la fin de la rivalité Est-Ouest mais on a surtout profité de l’attention générale tournée vers le conflit dans le Golf, notamment la première guerre du Golf (Irak-Koweït) pour donner un coup d’arrêt regrettable à la marche victorieuse du peuple tchadien vers la prise en main de son destin. Or, voyez-vous, le Tchad, le peuple tchadien et leur destin constituaient dès mon jeune âge ma principale préoccupation. Quand on aime son pays avec une telle intensité; quand on croit en sa nation, on ne peut que se révolter face à de tels gâchis, face à de telles injustices, face à de tels sentiments de frustration. Il était donc évident que la lutte pour la survie reste l’unique option. Je pense que dans de telles situations, il n’y a pas d’autres choix que la lutte qui reste un devoir pour tout nationaliste. D’où ma décision de m’engager dans la lutte pour la survie de mon pays, de mon peuple. Car c’est justement le sentiment de frustration et d’injustice qui, plus que tout autre sentiment, pousse l’être humain à lutter pour sa dignité, pour sa survie, pour la survie de son peuple. Se battre et combattre pour recouvrer son identité, sa dignité dans de telles abjections est un devoir qui s’impose, pas seulement pour moi mais pour tout tchadien, pour toute tchadienne qui aime son pays.

 

Pour revenir précisément à votre question : je ne me suis point trompé sur la nature cruelle et sanguinaire d’Idriss Deby. Je l’ai déjà vu à l’œuvre en 1983 et 1984 au Sud du Tchad. Ensuite, j’ai vu la terreur avec laquelle il avait lui même planifiée et organisée la mort subite et instantané des tchadiens, à travers des éléments dits du « Secteur 5 ». Il y a aussi les événements du 13 octobre 1991 avec l’arrestation de Maldom Bada et le massacre de nos concitoyens de la communauté hadjeraï. Vous ajoutez à tout cela l’assassinat lâche et odieux du Vice président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), Me Joseph Béhidi le 16 février 1992, alors vous comprendriez pourquoi je ne peux que combattre ce régime. Ce sont là, entre autre, des faits inadmissibles qui ont renforcé ma détermination. Ma décision d’entrer dans la résistance a donc été prise le soir même de l’enterrement de Maître Béhidi, le 17 février 1992. J’en ai discuté avec mon épouse et ai pris la décision de quitter le Tchad en septembre 1992. Depuis la lutte continue. Elle continuera jusqu’au prix de vaincre ou mourir.

 

 

3                    Comment expliquez-vous votre adhésion à l’UFDD du Général Nouri ?

 

MY : D’abord permettez-moi de vous corriger : l’UFDD n’est pas une propriété privée du Général Mahamat Nouri. Ce n’est pas sa carte SIM personnelle enregistrée avec son numéro d’appel sur ses données privées. Non ! L’UFDD est une union des forces de la résistance nationale et le Général Mahamat Nouri, Dieu merci, en a donné l’impulsion et insufflé sa fibre patriotique. L’UFDD c’est vous, c’est nous, c’est tous les tchadiennes et les tchadiens.

 

Maintenant comment expliquer mon adhésion à l’UFDD? C’est en vue de la paix. Je crois que pour la paix un homme peut et doit même faire tout ce qui est en son pouvoir : rien au monde ne doit se situer plus haut que l’exigence de la paix et de l’unité du pays et de la nation.

 

 Un autre facteur qui explique ma position actuelle est qu’en ce moment, le Tchad traverse une période difficile et très critique de son existence. En trente ans de gestion politique du pays, le Frolinat a réussi à saccager le fragile équilibre national qui existait. L’unité du Tchad est aujourd’hui sérieusement mise à mal. Les forces de la résistance ont, de ce fait, un devoir et une mission historiques à accomplir. Nous avons besoin de nous unir, de nous rassembler, de rassembler nos forces, nos capacités physiques, humaines et intellectuelles face à l’adversité. Car je pense et je crois fermement qu’il ne peut y avoir d’espoir, de salut pour le Tchad et pour le peuple tchadien que si les tchadiens eux-mêmes, dans leur ensemble, agissent comme une seule et même grande famille et non comme un ensemble d’individus séparés les uns des autres. Telles sont les motivations profondes qui expliquent ma position actuelle et j’en suis fier. Je suis fier d’avoir à présider aux destinées du Bureau de la représentation de l’UFDD en France et Union Européenne. Je suis entouré dans ce Bureau par des cadres civils et militaires compétents, motivés et très engagés. Ensemble, nous accomplissons chaque jour notre responsabilité nationale avec rectitude morale et probité intellectuelle sans faille. J’en suis honoré.

 

 

4                    Certains Tchadiens vous reprochent votre soutien et défense de l’Ex-Président Hissein Habré en exil à Dakar au Sénégal. Comment justifierez-vous  votre acte ?

 

MY : Enfant, j’ai été éduqué à aimer mon village, mon terroir, mon pays. Ma mère me disait souvent de m’identifier à mon village, à mon pays. Elle me corrigeait toujours sévèrement quand j’ai une attitude ou un comportement susceptible de mettre en danger l’existence et ou la survie de la communauté, de notre « Bbéee » (mot ngambaï se traduisant par village, terroir, pays). Elle m’avait toujours appris à croire en mon village, à avoir confiance infinie en mon « Bbéee ». J’ai grandi avec cette fibre patriotique car ce « Bbéee » dont me parlait souvent ma mère c’est évidemment le Tchad moderne, mon pays. Fallait-il que je jette par-dessus bord toutes ces valeurs, toute cette fibre patriotique, toute cette éducation et toute cette morale ? Si oui, alors je risque de m’y jeter moi aussi. Je finirai par ne plus reconnaître l’homme qui existe et que j’appelle « Moi ».

 

Par ailleurs, je suis un homme libre qui exprime ses convictions de manière tout à fait aussi libre. Je n’ai donc pas à justifier mes choix politiques dès lors que ceux-ci coïncident avec les intérêts du Tchad, les intérêts du peuple tchadien. Et les intérêts du Tchad et du peuple tchadien ne se trouvent donc pas dans la justice spectacle, revancharde téléguidée de l’extérieur en ce moment. Les convictions politiques qui sont les miennes je ne les renierais pas. Ce sont des convictions pour lesquelles si je devais mourir, je suis prêt à en mourir. Je n’ai donc pas à les justifier devant qui que ce soit sauf devant le peuple tchadien. Et le peuple tchadien n’est pas Reed Brody, ce n’est pas non plus le prétendu « Comité International pour le jugement d’Hissein Habré ».Je n’est pas non plus à demander pardon pour avoir été né tchadien et d’être patriote tchadien.

 

Ceci étant dit, il y a lieu de savoir qu’Hissein Habré n’est pas un paria. Au-delà de ce que les uns et les autres pensent de lui, je trouve, pour ma part, qu’il mérite un autre traitement que celui auquel il est actuellement soumis, imprégné du racisme, d’esclavagisme et du néocolonialisme ambiants. Les tchadiens doivent réfléchir, demeurer vigilants, se surpasser et mettre l’honneur du Tchad au centre de toutes leurs préoccupations.

 

Voyez-vous, nous sommes dans un ordre politique, économique, social et culturel international unilatéralement établi. Combien de tchadiens, combiens d’africains étaient à Versailles pour la signature de l’acte de naissance de l’ONU ? Ainsi donc, les « puissants » de ce monde, ceux qui tiennent la barre de l’ordre international établi à son plus haut niveau, ne veulent pas que les faibles s’approchent d’eux. Ils ne veulent, pour rien au monde, céder de place aux autres pour un monde juste, équilibré et meilleur. Le Tchad fait partie du groupe des faibles et personne parmi les « puissants » de ce monde ne souhaite son indépendance, sa souveraineté, son émancipation. Avez-vous trouvé une explication à l’élimination des principaux leaders africains du 20ème siècle ? Je pense à Barthélemy Boganda, à Patrice Lumumba, à Kwamé Nkrumah, Sylvio Olympio, Thomas Sankara, Hamani Diori, François Tombalbaye etc. ? Ce dernier a été assassiné  le 13 avril 1975, c’est-à-dire l’année au cours de laquelle il avait justement lancé l’opération 750000 tonne de contongraine  et autorisé la compagnie américaine Conoco à explorer des gisements de pétrole au sud du Tchad. Savez-vous pourquoi et comment Deby  a pris le pouvoir en 1990 ? savez-vous l’origine de la création du CDR d’Ahmat Acyl ? Etc. ?

 

L’histoire dira un jour sa vérité et le Tchad écrira lui-même un jour son histoire, sa propre histoire, celle de ses filles et fils. Et, dans l’histoire de l’humanité, il ya des faits historiques qu’il faut savoir affronter avec courage et clairvoyance. Le Tchad notre pays, de part sa configuration ethnosociologique et anthropologique, n’a pas besoin de réveiller constamment les préjugés des croisades. Nous devrions au contraire nous unir, surmonter l’adversité et faire susciter en nous des émotions patriotiques ; nous animer d’esprit de pardon, de tolérance, de solidarité et de respect mutuel. Les Saintes reliques de l’Islam et de la chrétienté (de nos deux grandes religions importées) ne sont pas seulement et uniquement des lieux du culte. Elles sont aussi un témoignage vivant de notre présence séculaire sur cette terre, spirituellement et intellectuellement. Ne nous trompons pas sur l’importance d’une mémoire collective dans la vie d’une nation. En bien ou en mal, Hissein Habré fait partie désormais de notre mémoire collective. La mémoire du peuple tchadien, son symbolique historique. Rien, en ce moment, ne justifie qu’on jette cette mémoire en pâture. Il y va de l’avenir du Tchad en tant que Nation, de sa respectabilité sur la scène internationale, de son unité.

 

Autre élément de réflexion à ajouter à ce qui vient d’être dit : je ne suis pas de ceux-là qui s’illustrent dans la politique dite du tribalisme ou régionalisme. Je ne soutiens pas un homme politique, une idéologie politique tout simplement parce qu’elle est conduite par un frère, un cousin ou par quelqu’un de mon groupe ethnique. Je suis un homme politique de conviction et d’idéologie nationalistes. Une personne qui préfère avoir son chapeau droit même si ses poches sont vides. Je ne suis pas là pour faire plaisir à qui que ce soit.

 

La décision d’Hissein Habré de dissoudre le CCFAN et créer l’UNIR à sa place est une décision politiquement courageuse, honnête, patriotique et nationaliste. C’était un acte politique dans lequel je me reconnaissais parfaitement et que j’approuvais. Personne, à l’époque ne m’obligeait à prendre ma carte d’adhésion à l’UNIR. Je l’ai fait volontairement et si c’est à refaire, je le referai sans hésitation.

 

De même, l’organisation du référendum constitutionnel de 1989, la promulgation de la nouvelle constitution et l’organisation des législatives de 1990, étaient, entre autres, des éléments constitutifs de mon adhésion et du renforcement de ma conviction que Hissein Habré était l’homme qu’il fallait pour le Tchad à cette époque là. Dois-je m’en excuser?

 

 Voyez-vous, les vrais enjeux auxquels les tchadiens se sont confrontés depuis l’indépendance du Tchad, sont des enjeux politiques locaux. Partout ailleurs en Afrique vous trouverez que la question essentielle d’adhésion populaire à un pouvoir central est celle de la « Représentation Nationale ». Il s’agit, en ce qui concerne le Tchad, de faire en sorte que les ethnies majoritaires ne se sentent pas frustrées, mais aussi que les minorités ethniques ne soient pas écrasées par les groupes majoritaires. Partager le pouvoir, repartir équitablement les richesses, faire la chasse au gaspillage et gérer sainement. Or, la plupart de ces équations était résolue lors du congrès de l’Unir de 1988.

 

En effet, aux législatives de 1990, au lieu d’imposer la géopolitique Nord-Sud, Hissein Habré a accepté que la représentativité parlementaire soit définie sur la base d’un député pour 30000 habitants.  Cette décision avait le mérite de respecter la taille réelle de l’électorat tchadien de l’époque. Le BET, la région d’origine d’Hissein Habré n’avait que trois députés. Alors, pour une fois au moins, soyons honnêtes et rendons à César ce qui est à César : les élections législatives de 1990 au Tchad étaient des plus honnêtes, des plus démocratiques et des plus transparentes qui soient dans toute l’histoire de notre pays ; je dirais même dans l’histoire de toute l’Afrique francophone. L’assemblée Nationale qui en a été issue avait des députés véritablement indépendants, démocratiquement élus par la population après une campagne électorale, certes dans le cadre du parti unique, mais tout à fait libre, émotive et très compétitive. Cette Assemblée là était l’Assemblée nationale la plus authentique que toutes celles que le Tchad connaissait avant et après 1990, à l’ère, notamment de la démocratie actuelle au Tchad. Et ça, ce n’est pas Alingué Bawoyeu  qui le démentirait.

 

En fin, on a reproché beaucoup de choses à Hissein Habré. Je ne suis pas ici pour justifier le mal qui a été commis en son nom. Il y a bien sûr des crimes odieux qui ont été commis par des individus bien connus au nom d’Hissein Habré. Je comprends que toute vie perdue est une vie humaine sans distinction qu’on n’a pas le droit de supprimer; que les femmes qui ont perdu leurs maris, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou animistes, sont d’honorables citoyennes qui ont, elles aussi, droit a une vie de famille heureuse ; les enfants innocents qui sont privés de l’affection et des soins de leurs parents sont des enfants tchadiens, qu’ils vivent au sud, au centre ou au Nord du Tchad. Il est de notre devoir et de notre plus haute responsabilité de leur rendre justice et leur donner l’occasion de pleurer leurs morts et faire leur deuil. Mais ont-t-ils vraiment besoin, pour cela, d’une justice spectacle, revancharde et téléguidée de l’extérieur ? Certainement pas! Ce dont ils ont besoin ; ce dont nous avons tous besoin au Tchad, c’est de nous demander pardon et de se pardonner réciproquement; de faire nos deuils dans la dignité et tourner les pages sombres de notre histoire pour y inscrire d’autres pages glorieuses. Pour cela  nous n’avons nullement besoin de la justice d’Abdoulaye Wade et de Reed Brody dévissée à 40 milliards de nos Francs. Ce dont nous avons besoin c’est une commission nationale  de « Vérité, Justice, Pardon, Réparation, Tolérance et réconciliation ».

 

5                    Vous avez effectué un séjour dans les territoires libérés. Quels constats faites-vous ?

 

MY : Effectivement, j’ai passé plusieurs semaines, l’été dernier, dans les territoires libérés de l’est. En ma qualité d’officier de réserve, je tenais ainsi à être sur le terrain, à m’imprégner des dures réalités qui sont celles de nos frères et sœurs croisant le fer en ce moment avec l’ennemi. L’occasion m’a été ainsi donnée de constater la remarquable organisation militaire mise en place dans cette partie du territoire national libéré. J’ai pu apprécier aussi la bonne qualité et la sophistication des armes que nos forces ont pu récupérer chez l’ennemi lors des différentes batailles; je me suis aussi satisfait de la bonne santé physique et mentale de nos guerriers dont le moral de fer est au beau fixe malgré la dureté de la longue séparation d’avec leurs familles. Autre sujet de satisfaction, c’est aussi le génie militaire et l'héroïsme de nos chefs militaires qui font preuve d’une extraordinaire habilité et de stratège. Tous ces talents, que j’ai vus et appréciés sur le terrain, se vouent en ce moment au service du changement positif dans notre pays. Ils méritent notre soutien, nos encouragements. C’est ce devoir que je suis allé accomplir auprès de nos guerriers l’été passé. Et je me réjouis de constater que, malgré les offensifs successifs de dénigrement, d’infiltration et de sabotage orchestrés par Idriss Deby pour décapiter l’UFDD, l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement tient bon, se solidifie, s’agrandit, se structure et déjoue tous les pièges que l’ennemi lui a tendu. Il y en a de quoi à se réjouir et se féliciter.

 

6                    Les rivalités et dissensions existent au sein des Forces de résistance nationale. Quelles seraient selon vous l’origine de ces crispations ?

 

MY : En quoi, selon vous, le fait que nos leaders passent des nuits blanches, se rencontrent jour après jour pour passer en revu les enjeux politiques et peaufiner des stratégies d’action commune, constitue-t-il  une existence de « rivalités et dissensions ?

Je crois que la signature, le 15 décembre dernier, du Manifeste de l’Opposition politico-militaire, constitue d’abord et avant tout, un aveu patent de l’échec de la politique d’infiltration et de déstabilisation des Forces de la résistance orchestrée par Deby, qui a tout mis en œuvre pour infiltrer les structures des politico-militaires. L’accord du 15 décembre 2008 prouve aussi que même dans l’adversité, les tchadiens sont capables de sursaut national, de s’entendre et d’aller à l’essentiel. C’est ce qui vient de se produire et les jours à venir s’annoncent très prometteurs.

Non, disons les choses clairement : il n’y a ni « rivalités », ni « dissensions » de quelle que nature que ce soit, actuellement, au sein des Forces de la résistance nationale. Il y a, au contraire, une convergence de vue, une unité d’action et une respectabilité de la différence et des identités visuelles de chaque aile de la résistance nationale, mais pas de dissensions.

 

7                    Des alliances se sont succédées de la CMU nous avons assisté il y a quelques semaines à la création d’une nouvelle entité appelée Union des Forces de la Résistance (UFR). Quelles seraient vos pronostics de survie de cette dernière née ?

 

MY : Je ne suis pas un devin et je ne lis pas non plus dans l’avenir. Il faut comprendre tout de même que le combat politique n’est pas un combat facile. Ce n’est pas un dîner qu’on organise et qu’on sait d’avance l’heure d’arrivée des invités et de clôture des festivités. Le Général de Gaulle avait failli à plusieurs reprises avant d’être adoubé en 1958 puis chassé du pouvoir dix ans après suite à une histoire de référendum.

 

Nous avons connu des alliances et unions qui se sont terminées en queue de poisson mais avec des résultats tout de même remarquables. Il y avait eu des batailles mémorables en termes de détermination. Mais il ya aussi des échecs auxquels vous faites allusions. Ces échecs ont aguerri nos leaders.

 

Donc nous ne sommes pas entrain d’organiser un dîner qui doit commencer à telle heure et finir à telle autre heure. Non. La bataille pour laquelle nous nous sommes engagés est une bataille de longue halène : il faut chasser, nettoyer, récurer tous les coins souillés de nation, redresser, allumer le flambeau et le transmettre. Il serait donc hasardeux, dans ces conditions, de se prêter au jeu des pronostics.

 

 

8                    Parmi les cinq dirigeants ayant ratifié le Manifeste politico-militaire de l’UFR, lequel vous semblerait le mieux placé pour présider  l’UFR ? Pourquoi ?

 

MY : Les cinq personnalités ayant signé le manifeste  du 15 décembre sont des tchadiens, des patriotes nationalistes convaincus. N’importe lequel d’entre elles qui réussira à faire l’unanimité autour de sa personne pourrait valablement présider aux destinées de l’UFR.  Mais voyez-vous, la question ne se pose pas aujourd’hui en terme de qui semble être le mieux placé. Nous ne sommes pas au Walt Streets pour parler de placement boursier. Il s’agit de sauver le Tchad en dérive. Je connais à fond chacun de cinq personnalités. Ils ont, par le passé, fait preuve de bon sens et de clairvoyance. Faisons confiance à leur sens aigu de patriotisme. Accordons-leur le bénéfice du doute. Vous en aurez la confirmation ces prochains jours.

 

 

9                    Le Sud semble pointer aux abonnés absents des soubresauts de l’Est et pire semble accepter la dictature comme quelque chose d’inévitable, confirmé d’ailleurs par la durée de vie éphémère de ses mouvements politico-militaires. Avez-vous une explication de cet état de fait mise à part la couardise avancée par certains esprits malintentionnés ? Quelles responsabilités cette situation impose aux dirigeants des mouvements politico-militaires de l’Est  en termes de redéploiement des forces et des moyens de lutte sur toute l’étendue du territoire ?

 

MY : D’abord merci de me donner l’opportunité, par cette question, de rectifier une certaine idée reçue largement répandue ces derniers temps. En effet, certains de nos compatriotes  bien connus du public répandent allègrement l’idée selon laquelle les « sudistes » sont des peureux, des poltrons etc. Ces « esprits mal intentionnés », comme vous le dites, n’ont tout simplement et certainement pas les mêmes repères que ceux des hommes et des femmes du Sud du Tchad. Ces nostalgiques du passé ne se situent donc nullement dans les valeurs et considérations humaines et sociales qui sont celles des sudistes et, par conséquent, ne connaissent pas ces valeurs et considérations ainsi que les réalités sociologiques du Tchad. Ils se trompent mais c’est de leur droit de se tromper.

Les tchadiens du  sud n’ont pas de  haine envers leurs concitoyens du nord, même s’ils sont en conflits ouverts. Lors des événements de 1979-1980, quand le leader du CDR Ahmat Acyl trouva la mort, nous l’avions enterré à Moundou avec tous les honneurs dus à son rang. Croyez-vous que c’est la peur qui nous a poussés à agir ainsi? Certainement pas. La vérité est qu’au sud, nous refusons une certaine  façon d’agir et de faire certaines choses.  Cela ne veut dire pas que nous sommes des poltrons.

 

Si les gens font allusion aux événements du 12 février 1979 pour qualifier les sudistes de poltrons alors ils se trompent lourdement. Les FAN (Forces Armées du Nord) et les autres composantes du FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad) n’ont pas gagné la bataille du 12 février 1979. Car en 1979, les Forces Armées Tchadiennes étaient tout simplement mal commandées. Elles n’étaient même pas du tout commandées, je dirais. Les Généraux et autres officiers de l’époque, à l’exception de Kamougué, venaient tous de sortir prison, du cauchemar d’humiliation dans lequel Tombalbaye les a plongés. Et Kamougué, auréolé de son nouveau rôle d’instigateur du coup d’Etat du 13 avril 1975, s’était improvisé Ministre des affaires étrangères au lendemain dudit coup d’Etat. Le whisky coulait à flot par 45 degré centigrade à l’ombre. Les commandos, hommes de troupe et autres soldats de rangs étaient abandonnés à leur triste sort quand Hissein Habré signa l’accord de Khartoum avec Malloum. En plus de cela, il faut prendre en compte le rôle joué par les services spéciaux français. En effet, depuis la MRA (Mission de Reformes Administrative) téléguidée par l’Elysée dès 1976, il était clairement décidé que le pouvoir, au Tchad, doit pouvoir changer de mains. C’est tout ceci qui explique tout cela. Les sudistes n’ont pas perdu la bataille du 12 février 1979.

 

Tenez, sous la brève présidence de Lol Mahamat Choa, on avait décidé de « la solution finale » en lançant des colonnes motorisées en direction du Sud, pour en finir avec les sudistes. Est-ce qu’on y parvenait ? Non ! Ces colonnes n’ont jamais dépassé la localité d’Êrê. Depuis, personne n’a osé répéter la même aventure jusqu’aujourd’hui.

 

En 1982, Hissein Habré ne se serait jamais hasardé au sud s’il n’avait pas été, auparavant, invité par les sudistes eux-mêmes. Les sudistes ont agi ainsi, malgré tout, non pas qu’ils avaient été vaincus et qu’ils avaient peur mais, encore une fois, ils n’ont pas, à l’époque,  un leader digne de ce nom. Et, ils ont choisi Hissein Habré plutôt que Goukouny avec ses libyens. Parce qu’ils ont cru à la sincérité du message de réconciliation nationale, lancé au lendemain du 7 juin 1982.

 

Donc à ceux de nos compatriotes qui s’amusent à dire de telles insanités, je dis simplement: ne réveillez pas le démon ! Chaque légume a sa saison. Le silence actuel du sud n’est pas le fruit de la couardise. Il s’agit simplement du refus d’une certaine manière concevoir et de faire les choses. Cela se justifie par des valeurs et qualités humaines et idéologiques séculaires qui sont les leurs.

 

Pour en venir au principal volet de votre question, je crois que le problème du Sud du Tchad s’appelle Kamougué, Alingué, Naïmbaye, Kassiré, Yorongar, Salibou et autres compagnies. Ces individus ont coupablement manqué de vision politique. Ils portent aujourd’hui une lourde responsabilité dans la fragilisation mentale de la jeunesse tchadienne du Sud. Ils ont désorienté le sud du Tchad et détruit ce pays. A leur place je me serais déjà pendu volontairement en m’infligeant ainsi le courage de Pierre Bérégovoy.  Mais il n’est pas tard pour eux de le faire. Qu’ils se suicident tous, maintenant ! Ils rendraient ainsi un immense service à la jeunesse tchadienne.

 

Ceci étant dit, dans la situation actuelle que vous décrivez, je crois qu’il revient aux dirigeants des Mouvements politico-militaires de prendre leurs responsabilités, devant Dieu et devant la Nation. Mathématiquement parlant, tous les paramètres de la situation sont entre leurs mains : d’abord la fonction qui est celle de la conquête du pouvoir. Ensuite vient l’équation à plusieurs degrés et à des inconnues variables qui est celle de la stratégie à mettre en place pour conquérir le pouvoir. Les inconnues de cette équation sont notamment la dimension de leur vision du Tchad : nationale, régionale, ethnique, clanique ou familiale ? Le champ et plan de bataille aussi, c’est à eux de les déterminer. Je crois ce serait fatal pour eux de les limiter uniquement au nord avec les seuls citoyens du nord. En plus de cela, il y a l’équation inconnue, sans nom, à résoudre : il s’agit de trouver un chef pour conduire la bataille ainsi que quelques identités remarquables à intégrer dans la lutte, le tout dans une racine carrée de X tchadiens fois X.  Voilà comment je pense que nos leaders doivent se prendre pour traduire leurs intentions et paroles en actes concrets. Autrement dit nous risquons de faire du « Deby sans Deby » et ça personne au Sud n’en veut.

En fin, il faut reconnaître que nous avons besoin, au Tchad, de quelqu’un : d’un homme ou d’une femme qui, par l’héroïsme de sa résistance, par son génie militaire, son habileté et sa pugnacité politiques, sera apte à endosser le destin de la nation, à la relever et à l’accompagner dans ses plus profondes mutations. Mustapha Kemal Atatürk  avait réussi à faire  cela avec la Turquie, nous pouvons,  nous aussi, y arriver à condition que nous sachions séparer nos désirs d’avec nos besoins qui, eux, doivent coïncider avec ceux de la nation tchadienne. La tâche est immense et l’œuvre colossale, certes, mais ce n’est pas pour autant impossible. Il suffit pour cela que nous trouvions cet oiseau rare qui accepterait de mettre sa vie au service de la nation et non la nation à son service, au service de son clan, de son ethnie, pire encore de sa famille. On dit qu’on est roi pour se lécher la main. Oui, mais une nation est une nation et non une famille au dessus des autres. Nous devons offrir à notre nation une République et un Etat modernes, unis, démocratiques, irrévocablement laïques, bilingues, libres et solidaires.