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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Avec l'insécurité, l'Eufor défend sa neutralité au Tchad

Mais l'important est de garder les yeux ouverts. Lors de l'attaque rebelle sur N'Djamena en février, l'utilisation par l'armée gouvernementale d'avions suisses Pilatus transformés et armés de missiles avaient montré que dans ce conflit, tous les coups sont permis


 
AFRIQUE. La force européenne aux prises avec une région déstructurée par le conflit du Darfour et le délitement du pouvoir.
Richard Werly, envoyé spécial à Goz Beida
Lundi 29 décembre 2008

Surmontée d'un filet camouflé de couleur sable, la jeep se fraye un chemin au milieu des ânes tirant des citernes rouillées. Arrivée au camp Ciara, le QG du contingent irlandais de l'Eufor près de Goz Beida, la petite unité de soldats d'élite français vient faire le point avec les commandos néerlandais en partance pour le district de Dogdoré, où Médecins sans frontières (MSF) et Action contre la faim (ACF) ont dû interrompre leurs activités depuis plusieurs semaines. Faute de présence permanente de la force européenne dans cette zone frontalière du Darfour, les bandits de tous bords y rackettent sans merci les populations et les humanitaires. D'où la volonté d'y envoyer des patrouilles supplémentaires, plus mobiles et mieux armées.

L'heure est cruciale pour l'Eufor. Au 15 mars 2009, le mandat d'un an des 3700 soldats européens déployés sous l'impulsion de la France dans l'est du Tchad et au nord-est de la République centrafricaine viendra à échéance. Les Nations unies, dont le Conseil de sécurité aurait dû voter le 15 décembre une nouvelle résolution, doivent prendre le relais avec environ 5000 hommes. Le président tchadien Idriss Deby a donné son accord. Mais l'ONU tergiverse. On évoque, à New York, une décision pour début janvier.

Résultat: la pression augmente, sur le terrain, pour qu'une majorité des pays de l'Union européenne engagés dans l'opération restent présents sur place sous les couleurs onusiennes: «Nous travaillons main dans la main avec l'ONU, confirme le général irlandais Patrick Nash, commandant en chef de l'opération. Je ne peux pas garantir que tous les Européens accepteront d'assurer la transition, mais j'ai bon espoir.» La Pologne (plus de 400soldats) restera probablement avec des moyens réduits. Des pays tiers comme la Russie, l'Albanie, la Croatie ou la Norvège seraient aussi d'accord.

L'assurance d'une continuité de la mission sous les couleurs de l'ONU est décisive. Surtout que la saison sèche actuelle, jusqu'à fin mars, est propice à une reprise de la violence. Les bandits de toute nature, rebelles tchadiens financés par le Soudan ou soldats de fortune habitués à vivre sur le dos de la population, peuvent mieux attaquer et se replier. C'est d'ailleurs en février dernier que les opposants armés au régime tchadien avaient fondu sur N'Djamena, ratant de peu la prise du pouvoir en raison de dissensions internes. L'Eufor, calée dans son mandat de stricte neutralité, aurait donc tout à craindre d'un passage de relais chaotique. «Notre force de dissuasion, c'est notre solidité et notre crédibilité, résume le général Nash. Nous avons prouvé grâce à cela que cette mission n'était pas impossible.»

Comme toujours dans un environnement aussi difficile, les critères d'appréciation et d'efficacité varient selon que l'on parle aux humanitaires, aux militaires, ou aux autorités tchadiennes. A Abéché, où la plupart des organisations internationales ont leur QG, les critiques fusent sur la force européenne trop cantonnée dans ses camps et incapable d'assurer une protection correcte dans les districts frontaliers du Soudan et récemment cibles d'incursions meurtrières de miliciens qui ont brûlé six villages début novembre.

Le souci de neutralité de l'Eufor, cumulé avec d'importants écueils logistiques, complique aussi la tâche: «Comment rétablir, en un an, un semblant d'ordre dans une région déstructurée par des années de guerre? interroge un vétéran de l'aide internationale. Le mandat était mal conçu, le déploiement initial a été retardé. Il faudrait une gendarmerie plutôt que des militaires.»

Neutralité

«On n'intercepte pas un homme à cheval qui veut voler ou piller avec un blindé ou un hélicoptère, poursuit un autre interlocuteur. Les ressources des humanitaires sont devenues un objet de conflit, au même titre que l'eau, la terre ou les pâturages entre paysans sédentaires et pasteurs nomades.» Et pourtant, les Européens ont tenu. Mieux: pour Bruxelles, cette neutralité initialement si difficile à faire accepter compte tenu de la présence d'un fort contingent français dans un pays du «pré carré africain» est un atout à terme. En juin, une incursion de rebelles tchadiens à Goz Beida a été stoppée par les Irlandais sans accrochage. Leurs véhicules blindés Mowag Piranha, de fabrication suisse, se sont interposés. La population a été préservée: «Trois pays neutres participent à notre force: l'Autriche, l'Irlande et la Suède, complète le général Nash. C'est aussi cela le bilan de l'Eufor: montrer qu'une force de l'UE, peut demeurer impartiale.»

L'argument vaut pour la Confédération. Lors du montage de l'opération au début 2008, Bruxelles espérait obtenir une participation helvétique au Tchad, par exemple pour les évacuations médicales. «Le fait de voir une armée disciplinée est rassurant pour la population, reconnaît-on au Comité international de la Croix-Rouge. Cela permet un peu de réguler ce conflit.» Le caractère multinational de la force permet aussi de répondre aux différents défis.

Mais l'important est de garder les yeux ouverts. Lors de l'attaque rebelle sur N'Djamena en février, l'utilisation par l'armée gouvernementale d'avions suisses Pilatus transformés et armés de missiles avaient montré que dans ce conflit, tous les coups sont permis. L'enlisement du Tchad est tout sauf le résultat unique de la contagion en provenance du Darfour et de la volonté soudanaise de déboulonner le pouvoir de N'Djamena, ou vice-versa. «Le mot clef contre lequel la neutralité de l'Eufor est impuissante, c'est l'impunité, poursuit un diplomate. Une bonne partie des actes criminels et militaires sont perpétrés ici par les Zagawas, l'ethnie du président Deby au pouvoir depuis vingt ans, alors qu'elle est ultraminoritaire. Or tant que les Zagawas, qu'ils soient pro-gouvernement ou rebelles, resteront au-dessus des lois, ce pays sera pris en otage.»
Le Temps Suisse