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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Nouracham Saboun croit au destin de ses petits frères revenus après l'affaire

 

"C'est un signe du destin, une chance les attend, c'est sûr, après toutes les épreuves qu'ils ont subies", affirme Nouracham Saboun, 18 ans. Elle est la soeur de Mahamat Al Hadj Saboun, 7 ans et Youssouf Al Hadj Saboun, 8 ans, deux des 103 enfants de l'affaire Arche de Zoé.

Assise sur une natte devant leur paillote d'Adré, dans l'est du Tchad d'où viennent 83 des 103 enfants de L'Arche, Nouracham regarde le sol, en affirmant: "Je suis très contente que mes frères soient revenus. Ils sont heureux ici. Ils ont retrouvé leurs amis, leur maison".

"Quand l'affaire a éclaté, on ne comprenait pas ce qui s'était passé. On croyait que les enfants étaient partis et qu'on ne les reverrait plus. On était en deuil. Les gens venaient nous présenter leurs condoléances. On pleurait tous. Pas seulement ma famille, les autres aussi", se souvient-elle.

Nouracham et sa mère se rendent alors à Abéché, à 170 km de là par une piste écumée par les coupeurs de route. C'est sur l'aéroport d'Abéché, le 25 octobre 2007, que le Tchad a arrêté les responsables de L'Arche de Zoé s'apprêtant à transférer illégalement en France 81 garçons et 22 filles.

Les enfants sont regroupés à l'orphelinat Bakana Salam (Place de la Paix), sous haute surveillance.

"On avait le droit de les (y) voir deux fois par semaine pendant la journée. Nous sommes restées deux mois, puis nous sommes parties" et revenues "pendant un mois", explique-t-elle.

Pourquoi la famille avait-elle donné deux de six enfants à L'Arche? "Un jour, un voisin nous a raconté qu'on pouvait (les) inscrire dans une maison voisine, pour qu'on prenne en charge leur scolarité et leur nourriture. Ma mère (l'a fait), en pensant bien faire. Ils nous ont trompés", répond-elle.

"Ils disent que les gens ici sont pauvres. D'accord, mais nous mangeons à notre faim. On voulait que nos enfants (aillent) à l'école coranique. Ils ont recruté des marabouts pour nous faire croire que ce seraient eux qui les éduqueraient. Même si la France est riche, les enfants sont mieux ici, à Adré."

Nouracham n'élève pas la voix mais une colère froide perce: "Ce sont des gens méchants, des voleurs d'enfants. S'il reviennent ici, on leur donnera ce qu'ils méritent. (...) On doit les punir, les emprisonner. Ils ont menti aux familles, à la population, à tout le monde."

Elle ne fait toutefois pas de généralités. "On accepte que les Blancs nous aident, on fait la différence avec les autres".

Tout en couvant des yeux ses deux frères dont elle s'occupait quotidiennement avant l'affaire, Nouracham, ayant mis au monde il y a peu une petite fille, concède cependant: "j'ai remarqué que depuis cette histoire, ils sont plus capricieux. Ils étaient choyés et éduqués différemment à l'orphelinat. Ils sont plus difficiles aujourd'hui...".

"Ici, ils ne mangent pas quatre fois par jour comme à l'orphelinat mais ils font deux repas et mangent toute la journée des petites choses, des arachides...", précise-t-elle.

La famille attend désormais les dommages et intérêts. La mère est actuellement à N'Djamena. Chaque famille victime devrait toucher entre 1 et 3 millions de FCFA (1.500/4.500 euros), une somme considérable dans la région.

"On va utiliser l'argent pour leur avenir. J'espère que mes frères pourront être éduqués et devenir des cadres (fonctionnaires). Moi, ma fille a onze jours mais je vais bien m'occuper de son éducation".