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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Nouri et Erdimi, comme Adouma : l’espoir plutôt que la peur !

Lyadish Ahmed

 

Dans les mois avenirs, une rébellion armée va sans doute chasser Idriss Déby du pouvoir. Présentée de cette façon, l’affirmation laisse certainement songeur. La chute du méchant personnage, annoncée dès la fin de l’année 1992 par le journal N’Djamena-Hebdo, tarde à survenir.

 

Si la défection d’Ahmat Hassaballah Soubiane en 2003, suivie de celle des frères Erdimi en 2005 et de celle du général Mahamat Nouri en 2006, avait suscité un temps l’espoir de voir exploser le régime clanico-mafieux de N’Djamena, le doute semble s’être réinstallé depuis. Les Tchadiens, surtout la jeune génération, paraissent aujourd’hui de moins en moins convaincus d’une chute prochaine du despote tenu à bout de bras par une françafrique rénovée et décomplexée. Une « France à fric » grassement financée à coup de pétrodollars pour susurrer, à qui voudrait bien lui tendre l’oreille, que sans Déby le Tchad va sombrer définitivement dans l’anarchie. On répète sans cesse au travers des médias internationaux largement payés par les officines du palais de Déby que « ceux qui combattent le régime de N’Djamena sont essentiellement mus par des intérêts personnels » et qu’en tout état de cause, les Erdimi et Mahamat Nouri « ayant été les principaux artisans du régime », il serait illusoire de croire qu’ils seront aptes à diriger le Tchad mieux que Déby.

 

Ces allégations, nées d’une propagande soigneusement organisée par les suppôts du tyran, sont destinées à effrayer le peuple tchadien, peuple en détresse, perpétuellement saigné, périodiquement meurtri et donc habité désormais par la peur. À N’Djamena et partout ailleurs dans le pays, la propagande a largement gagné certains esprits prétendument « avertis ». Il se répète parmi les intellectuels que Mahamat Nouri n’a pas laissé que de bons souvenirs lors de ses séjours à la tête des différents ministères qu’il a eu à occuper. Beaucoup parmi ses anciens collaborateurs et subordonnés ne souhaitent pas le voir à la tête de l’Etat. Des reproches similaires sont faits aux Erdimi à qui les Tchadiens dans leur ensemble semblent reprocher une participation active dans la construction et la consolidation d’un régime qui leur était ethniquement proche. Hors du Tchad, les sites Internet tchadiens abondent en anecdotes négativement appréciées, faits-divers et événements insolites attribués aux anciens amis d’Idriss Déby ayant choisi de lâcher le tyran afin de « proposer aux Tchadiens un régime véritablement démocratique ». Rien donc dans l’absolue qui incite à prendre au sérieux la « révolution » que voudraient mener Nouri et Erdimi.

 

La propagande semble avoir atteint son but. Mieux, elle paraît aujourd’hui avoir dépassé les espérances puisque de plus en plus un certain nombre de nos compatriotes, « faiseurs d’opinion » s’il en est, habités par la peur des Nouri et Erdimi (tels qu’ils sont présentés par la propagande), concèdent à abandonner leur destin entre les mains d’une tyrannie de plus en plus féroce qu’ils disent, en substance, « préférer à un régime révolutionnaire qui installera une dictature encore plus féroce ». Dès lors, l’imagination de certains se refuse à entendre les sourdes plaintes indignées exprimées par un peuple qui attend que ses élites se révoltent contre un système politique tyrannique pourri par la corruption et les assassinats politiques. On ressort le « passé » peu glorieux du général Mahamat Nouri pour mieux l’exposer à la critique et attiser la peur des Tchadiens. On ressort les mêmes reproches d’hier contre les Erdimi pour justifier sans doute la peur de revoir les « artisans » du régime despotique à la tête du pouvoir. Surtout, on compare de façon désavantageuse leurs mouvements respectifs au groupe rebelle dirigé par le colonel Adouma Hassaballah et dont on dit qu’il représente le Tchad dans toute sa diversité. En d’autres termes, le général Mahamat Nouri et les Erdimi n’incarnent rien d’autre que le risque d’un changement dans la continuité des régimes d’Hissein Habré et Idriss Déby.

 

Il est manifeste que ces peurs, légitimes à certains égards, face aux dirigeants rebelles, atteignent aujourd’hui leurs militants et membres de l’ethnie au ton de la haine. Sous les plumes anonymes, la colère s’exprime, des menaces de mort fusent de partout dans les boîtes e-mails des « faiseurs d’opinion ». Beaucoup de nos compatriotes ne s’expliquent pas ce qu’ils considèrent comme une « haine contre les Goranes » ou encore ce « rejet des Zaghawa » par les autres Tchadiens se réclamant d’autres contrées du Tchad ou d’un autre mouvement armé. Une saine colère, faut-il l’admettre. Car, il est des critiques qui expriment non seulement la peur d’un homme, mais cachent mal le rejet d’une ethnie entière rendue éternellement responsable des actes et faits répréhensibles commis par un de ses fils lorsqu’il était aux affaires.

 

En quoi tout Gorane ou tout responsable politique gorane est-il comptable des dérives tyranniques et dictatoriales de la « troisième république » ? Il est vrai que pareillement au régime Tombalbaye dit des Sudistes et de Déby dit des Zaghawa, le régime Habré est ineffaçablement inscrit dans la mémoire collective comme associée à l’ethnie gorane. Néanmoins, Mahamat Nouri et les Erdimi, quoique proches d’Hissein Habré et de Déby, ne me paraissent pas plus responsables des dérives des régimes successifs qu’un autre ministre, préfet ou militaire d’une ethnie non gorane ou zaghawa ayant servi sous Habré ou Déby.  Certains regretteront ce qu’ils pourraient considérer ici comme un quitus donné aux ex-amis du tyran. Il faudra cependant admettre que le devoir d’inventaire implique l’obligation concomitante de reconnaître le droit à l’erreur. Mahamat Nouri et les Erdimi n’ont jamais nié leur participation active aux côtés du tyran Déby. Les neveux de Déby ont même fait leur mea culpa dont la sincérité n’est jusque-là pas encore démentie. N’est-il pas temps pour nous, observateurs ou acteurs de la vie politique, de leur reconnaître le droit de s’être un jour trompés de partenaire politique ?

 

Aujourd’hui, le colonel Adouma Hassaballah jouit d’une présomption « irréfragable » de sincérité dans la démarche politique contre Idriss Déby. Il rassure une importante frange de la population. Son mouvement, l’UFCD, est diversement composé d’intellectuels, de soldats de formation, de simples combattants provenant, dit-on, de toutes les ethnies du Tchad. L’homme, quoique colonel de l’armée nationale, n’a semble-t-il jamais occupé des grandes fonctions politiques. Cette « virginité » le préserve contre la critique malveillante à laquelle sont exposés ses camarades « résistants ». Ses éléments armés semblent avoir réussi à apporter plus de système dans l’organisation du mouvement ; ses partisans, quant à eux, ont fait preuve d’imagination féconde dans la propagande en faveur de leur leader. Nul ne songe aujourd’hui à dire d’Adouma Hassaballah qu’il est le dirigeant des Ouaddaïens contrairement à ses camarades présentés comme des leaders Goranes ou Zaghawa. On le voit plutôt en rassembleur. Cette stratégie dans l’organisation et la communication lui vaut plus que jamais une reconnaissance de plus en plus affirmée de la part des parrains soudanais traditionnellement favorables à Mahamat Nouri.

 

Conjuguée à la propagande des officines du palais de Déby, la stratégie communicationnelle de l’UFCD prend toutefois des proportions non sans conséquences néfastes pour la cohésion de la rébellion armée. Si l’UFCD demeure indiscutablement la force la plus nombreuse, il n’en reste pas moins que ni le nombre ni les moyens militaires ne peuvent à eux seuls suffire à s’assurer une victoire durable contre la tyrannie et ses vestiges. Il faut savoir qu’il existe une différence entre la force d’un pouvoir et son exercice dans le temps. L’UFCD peut aujourd’hui agir de façon énergique contre le régime de Déby et obtenir sa chute. Rien ne garantit cependant que sa force saura demain résister aux autres forces qu’elle aura oublié ou évité d’associer à sa démarche politique. Le régime de Déby, « principal obstacle à la paix » comme l’a réaffirmé Saleh Kebzabo,  est là pour nous démontrer que la paix ne peut ne se faire sans un partage du pouvoir.

 

Les Tchadiens sont certes libres de choisir entre quelles mains ils vont confier leur destin. Ils ont aussi la liberté de ne choisir aucun des leaders rebelles qui se proposent de diriger le pays. Seule une majorité démocratique a le droit d’imposer aux citoyens un dirigeant pour une période déterminée. Mais pour parvenir à ce jeu démocratique transparent, encore faut-il commencer par cesser de reprocher aux anciens collaborateurs de Déby leur passé jugé peu glorieux. Ceux-ci ont le droit de changer et de mener le combat contre le régime tyrannique d’Idriss qu’ils ont reconnu avoir servi. Adouma Hassaballah incarne l’espoir de changement politique. Erdimi et Nouri aussi. À méditer sérieusement !

 

Lyadish Ahmed