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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Alors que se rapproche l’échéance de la présidentielle, les trois principaux challengeurs - Bédié, Gbagbo et Ouattara - activent leurs réseaux internationaux.

En Côte d’Ivoire, se constituer un réseau, c’est tout un art. Depuis l’époque d’Houphouët-Boigny, chacun sait que l’on construit un réseau comme on bâtit une jolie maison où les invités se sentent bien. C’est affaire de doigté, de talent et d’argent… « Un bon réseau, c’est d’abord une question d’hommes et de tempérament, explique un proche du président ivoirien. Il faut savoir se faire des amis, et surtout les garder. Et à ce jeu-là, Gbagbo est excellent. » Peut-être. Mais est-il le meilleur ?
Depuis son arrivée au pouvoir, Laurent Gbagbo a bien élargi son cercle d’amis. En octobre 2000, quand il a remporté la présidentielle, alors qu’Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara avaient été exclus, très peu de chefs d’État l’ont félicité. Le Nigérian Olusegun Obasanjo et le Sud-Africain Thabo Mbeki ont même réclamé un nouveau scrutin. Au Mali, le président Alpha Oumar Konaré a fulminé. Bref, à part le Premier ministre français de l’époque, Lionel Jospin, et son conseiller Afrique, Guy Labertit, qui ont joué un rôle déterminant dans la reconnaissance d’une élection « calamiteuse », les amis ne se sont pas bousculés… Avec ce soutien décisif mais limité au cercle socialiste, Laurent Gbagbo s’est accroché au pouvoir et a même résisté au coup de force de septembre 2002. Au fil des années, la Realpolitik aidant, il a fini par se faire admettre dans le « club » des chefs d’État. Mieux, avec son discours nationaliste, il a réussi à retourner quelques figures de premier plan.
En 2000, Laurent Gbagbo ne pouvait guère compter, en Afrique, que sur deux amis fidèles, le Guinéen Lansana Conté et l’Angolais José Eduardo dos Santos. Avec eux, il partageait une longue opposition à Houphouët et Bédié. Mais, en novembre 2004, lors d’une visite à Abidjan, Thabo Mbeki s’est découvert une affinité intellectuelle avec lui. Ce jour-là, le Sud-Africain a été choqué par les images de militaires français tirant sur la foule. Il s’est alors convaincu que le combat de Gbagbo était juste. Quelques mois plus tard, il a confié à un homme politique ivoirien : « Moi, le militant de l’ANC, je me sens plus proche de l’anticolonialiste Gbagbo que de grands bourgeois comme Ouattara et Bédié. » Cependant, après plusieurs rounds de négociations entre les protagonistes du conflit en Côte d’Ivoire, l’enthousiasme de Thabo Mbeki pour le champion du patriotisme s’est émoussé. Aujourd’hui, le président sud-africain, en perte de vitesse chez lui, n’est plus un allié de poids.

Quand le nationalisme paie
Parmi les convertis à la politique de Gbagbo : Konaré et Kaddafi. Pour sé­duire le « Guide » libyen, le chef de l’État ivoirien a usé de l’entregent de quelques camarades socialistes, comme l’opposant nigérien Mahamadou Issoufou. Le résultat est là. Lors d’un meeting à Abidjan, en juin 2007, Kaddafi s’extasie et déclare : « Il faut plusieurs Laurent Gbagbo en Afrique. » Auprès du leader libyen, comme chez quelques autres, le discours nationaliste de Gbagbo a fini par payer. Autre revirement, net mais plus délicat, celui de Blaise Compaoré. Il y a six ans, le président burkinabè voulait renverser son homologue ivoirien par rebelles interposés. Aujourd’hui, le même homme entretient avec son voisin du Sud des relations bourrées d’arrière-pensées, mais en apparence apaisées. Signe fort : son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), et celui de Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), ont signé le 17 septembre un accord de partenariat (voir p. 45).
Un jour de décembre 2002, quatre mois après le coup d’État manqué des Forces nouvelles, les deux frères ennemis s’étaient retrouvés chez le président Amadou Toumani Touré, à Bamako. « Pourquoi ne prends-tu pas Guillaume Soro comme Premier ministre ? » avait lancé Compaoré. « Ça ne marchera pas », avait rétorqué Gbagbo. Quatre ans plus tard, c’est Gbagbo lui-même qui a relancé l’idée Soro…
L’un des handicaps de Laurent Gbagbo, c’est sa réputation de « boulanger », celui qui roule ses interlocuteurs dans la farine. Le 24 mars 2004, il avait ainsi promis à John Kufuor qu’il ne réprimerait pas dans le sang la manifestation de l’opposition prévue le lendemain. Pourtant, la garde présidentielle a tiré. Depuis ce jour, le président ghanéen le tient à l’écart. Et aujourd’hui, l’ex-putschiste IB - alias Ibrahim Coulibaly - circule librement au Ghana.
Autre handicap, son franc-parler. La plus grave de ses impertinences aura sans doute été celle qui visait, en juin 2005, le président gabonais, qui, dans une interview au quotidien ­France Soir, s’est vu traité de « rigolo ». La colère de Bongo Ondimba fut terrible. Apparemment, les deux hommes se sont depuis rabibochés. En janvier dernier, ils se sont même donné l’accolade à Libreville. Quelques jours plus tard, la Côte d’Ivoire a appuyé la candidature du Gabonais Jean Ping à la tête de la Commission de l’Union africaine.
« Pour autant, je ne crois pas que Bongo Ondimba ira jusqu’à soutenir Gbagbo contre Ouattara ou Bédié, es­time un fin connaisseur de la diplomatie africaine. Pour lui, Gbagbo fait partie du syndicat, mais pas de la famille. »

L’axe Ouattara-Bongo
Face au réseau actuel de Laurent Gbagbo, celui d’Alassane Ouattara semble plus modeste. Mais les apparences peuvent être trompeuses. Au fil des années, l’ancien Premier ministre s’est constitué un joli carnet d’adresses. L’un de ses plus fidèles amis est justement Omar Bongo Ondimba. En novembre 2004, c’est à Libreville que l’opposant ivoirien s’est réfugié après son exfiltration d’Abidjan par l’armée française. Aujourd’hui, sa société de conseil, l’Institut international pour l’Afrique, travaille, entre autres, pour l’État gabonais, et son épouse, Dominique Ouattara, gère un patrimoine immobilier à Libreville. « L’axe Ouattara-Bongo, c’est la base d’un triangle dont la pointe est Sarkozy », dit un familier du « village » franco-africain. L’opposant ivoirien et le président français sont amis depuis une quinzaine d’années. Du temps de Cécilia, leurs épouses étaient même intimes. Les deux hommes partagent les mêmes convictions libérales et ils se voient. Certes, depuis un an, Nicolas Sarkozy affiche une parfaite neutralité vis-à-vis des trois candidats ivoiriens. Pour l’instant, la France n’a qu’un objectif : que l’élection se tienne. Et, pour cela, il est bon de rester en dehors du débat politique national. Hasard ou pas, cette année, Ouattara et Sarkozy ont exactement la même stratégie à l’égard de Gbagbo : la patte de velours.
Sur le front des pays anglophones, le président du Rassemblement des républicains (RDR) n’est pas en reste. S’il est vrai que Mbeki s’est rapproché de Gbagbo, c’est tout de même grâce au président sud-africain que Ouattara est devenu éligible, lors des négociations d’avril 2005 à Pretoria. Depuis l’époque où il a dirigé le département Afrique du Fonds monétaire international, entre 1984 et 1988, Ouattara - qui est le seul des trois candidats à parler anglais - a tissé sa toile à Washington. Certes, le camp Gbagbo a marqué des points à la Maison Blanche grâce au pasteur évangéliste Moïse Koré, mais de nombreux diplomates du département d’État restent favorables à l’ancien Premier ministre. Et cela peut compter à l’avenir, que le prochain président américain soit Obama ou McCain.
En fait, des trois candidats, Bédié est le seul qui ne cultive pas un réseau international. À la différence des deux autres, il voyage peu. Il préfère recevoir dans son village de Daoukro ou à Abidjan. Sans doute s’est-il senti abandonné lors du putsch de Noël 1999… Il en a gardé une solide rancune, notamment envers la France, et le sentiment que les réseaux ne servent pas à grand-chose. Persuadé qu’il peut remporter la présidentielle, il pense que beaucoup de chefs d’État viendront à lui naturellement. Et il n’a peut-être pas tort. « En Afrique de l’Ouest, plusieurs présidents craignent un retour de la guerre civile si Gbagbo ou Ouattara gagne, confie un diplomate en poste dans la région. Avec Bédié, ils se disent que ce sera plus tranquille. Et Blaise Compaoré n’est pas loin de penser la même chose. »

Source: J.A