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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

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Ses péripéties d’opposant politique au régime tchadien ont fait grand bruit au début de l’année 2007. Emprisonné, puis en cavale, Ngarledjy Yorongar s’est retrouvé finalement en France, après avoir frôlé de peu la mort. Des déboires qui ne l’ont point émoussé puisque prêt à repartir au front du combat. Après avoir repris des couleurs.
En attendant, rencontré à Paris, il revient dans cet entretien sur ce qu’il a vécu et donne son avis sur la gestion actuelle de son pays, le Tchad. M. Yorongar, pouvez-vous revenir sur les péripéties de votre arrestation ?
Des militaires ont débarqué chez moi pour m’arrêter. Ils m’ont arrêté devant ma femme et mes enfants, et m’ont tabassé à coups de crosse et de poings. Leur responsable, que j’ai finalement identifié et qui se trouve être le directeur de l’Ans (police politique), a tiré sur mon chauffeur. Fort heureusement, il s’en est sorti avec une blessure à la main. Finalement je suis jeté dans la Land Rover du Mpls, c’est-à-dire le parti au pouvoir, le long de l’axe qui nous amène à une prison privée, secrète. Arrivé sur les lieux, j’ai vu comme je suis en train de vous voir le Président Lol (Ndlr : il s’agit de l’ex-président Lol Mahamat Choua) qui a été enlevé le premier. On m’a débarqué et la même équipe est repartie enlever Ibni (Ndlr : Ibni Oumar Mahamat Saleh, Porte-parole à l’époque de la principale coalition de l’opposition). Quand on l’a amené et qu’on l’acheminé dans une cellule à coups de poings, de pieds et de crosse, le président Lol et moi étions encore dans la cour. Ensuite, c’est Lol qu’on est venu appeler et on l’a amené. Et moi, comme je n’ai pas eu de cellule, on m’a aménagé le secrétariat pour que cela me serve de cellule. Voilà donc ce qui s’est passé le 3 février.
Et vous avez été détenu pendant combien de jours dans cette prison ?
J’y suis resté pendant 19 jours. Mais Ibni y est resté lui pendant deux jours. Dans la nuit du 5 au 6, il est mort. Puisqu’il  était malade, il n’avait pas les produits pharmaceutiques appropriés.
Sa mort a-t-elle été constatée ?
Vous savez que Idriss déby préparait l’opinion internationale pour nous tuer, pour nous liquider. Il disait que ni sa police politique, ni son armée ne nous ont enlevés. Que ce sont les rebelles qui nous ont enlevés. Donc, il préparait un crime parfait. Par conséquent, il ne peut pas confirmer après une telle déclaration qu’Ibni a été enlevé et puis mort en prison sous la garde de son armée.
Mais y a-t-il eu des témoins qui peuvent soutenir la mort de Ibni ?
Le seul témoin qui peut confirmer ou infirmer cela, c’est moi. Car aujourd’hui, M. Lol ne reconnaît pas avoir séjourné dans la même prison que Ibni et moi. Donc, compte tenu de son contrat avec Idriss Deby, il ne peut pas confirmer ou infirmer.
Contrat avec Déby ? Vous voulez dire que M. Lol vous a trahi ?
Il n’a pas seulement trahi, il a assassiné pour la deuxième fois M. Ibni. Il l’a poignardé dans le dos et il l’a enterré une deuxième fois. Donc, dans la nuit du 5 au 6, quand il est mort, le responsable de l’Ans, la police politique, est venu à la prison et il est resté très longtemps dans la cellule de Lol d’abord, ensuite dans la sienne, se préoccupant de notre santé, de notre régime alimentaire. Il a paniqué un peu du fait que Ibni est mort dans la nuit. Dans la nuit du 8 au 9, c’est au tour de Lol d’être battu, tabassé car il s’est battu pour ne pas être extrait. Il a été sérieusement battu. On l’a même amené à un moment derrière le bâtiment et je ne sais ce qu’on lui a fait mais quand ils l’ont ramené, il n’y avait plus de bruit. Je pense qu’il s’était évanoui. Donc, son état de santé préoccupait et c’est ainsi que dans la nuit du 10 au 11, on l’a extrait de sa cellule et on l’a amené dans un hôpital. Il semblerait que ce soit dans un hôpital bien équipé et un hôpital bien équipé dans Djaména, cela ne peut être que l’hôpital militaire français. Donc, c’est là où il a été soigné.
Mais Deby qui disait que Lol, Yorongar et Ibni étaient pris la main dans le sac avec les rebelles, c’est pour cela que les rebelles ont craint pour leurs vies et ils sont partis avec eux, reconnaît finalement que Lol a été enlevé.
Finalement, comment en êtes-vous sorti ?
Dans la nuit du 21 au 22 février 2008, les geôliers sont venus. Deux sont entrés dans ma cellule avec un bandeau rouge, ils m’ont bandé les yeux, ils m’ont enchaîné, car j’étais enchaîné 24 heures sur 24 et donc, ils m’ont laissé avec la chaîne aux pieds. On m’a jeté dans la voiture, on m’a amené au cimetière chrétien de Ngonbao où on exécutait les gens, où on décapitait les gens, et c’est là où on m’a installé entre deux tombes. On enlève mon bandeau, on enlève la chaîne, et on a tiré sur moi deux coups de feu. Les deux coups de feu sont passés juste à côté de moi, ça a soulevé la motte de terre de l’une des tombes pour la jeter sur moi, et ils n’ont pas cherché à savoir si j’étais blessé ou pas, ils sont partis. Alors je me suis levé, mais après 19 jours de chaîne aux pieds je ne pouvais pas marcher comme il faut, je titubais, je tombais, et je suis arrivé dans une hutte à 150 mètres du cimetière. Hutte qui servait à deux gardiens qui habitaient cette hutte. Ils m’ont accompagné chez un ami, à juste 500 mètres, et c’est de là que j’ai pris la poudre d’escampette pour atteindre le camp, le lendemain 22.
Vous avez fait état de plusieurs interventions de chefs d’Etat africain en votre faveur auprès de Idriss Déby, dont celle du Président sénégalais Abdoulaye Wade. Qu’ont-ils fait concrètement ?
D’abord, quand j’ai été enlevé, dans les 5 ou 10 minutes qui ont suivi, mes enfants ont saisi M. Jean-Paul Kédega, directeur d’Afrique éducation, qui est conseiller en communication du Président Bongo. Il lui a dit que Yorongar a été enlevé et que s’il n’intervient pas, il risque d’y laisser sa peau. Donc, le Président Bongo a téléphoné immédiatement, dans les 30 minutes qui suivent mon enlèvement à Idriss Déby pour le mettre en garde. C’est ainsi que son projet selon lequel il devait me mettre une balle lui-même de sa propre main dans ma tête, a échoué. C’est dans la nuit du 3 au 4 qu’il devait venir en prison pour me faire extraire et me loger une balle dans la tête, voilà son projet. Quant au Président Wade et à Compaoré, le Président Wade a envoyé un émissaire pour plaider notre cas à tous les trois, et le président Compaoré aussi a téléphoné.
Peut-on savoir d’où vient le différend avec Idriss Déby, d’autant plus que vous avez à eu à travailler ensemble dans le passé pour le Tchad ?
Oui, nous avons concocté le coup d’Etat contre Hissène Habré ensemble. L’idée était venue de moi, et je l’ai faite adopter par le chef d’Etat-major général de l’époque, monsieur Hassane Diamous, qui a remplacé d’ailleurs Idriss Déby à l’Etat-major, parce que Déby était parti à l’école de guerre de Paris. Donc, nous avons concocté Hassane Diamous et moi, le coup d’Etat contre Hissène Habré. Et  Idriss Déby, à son retour de l’école de guerre, a pris le  train en marche. Et le jour J, c’est-à-dire le jour de la manifestation de la jeunesse à laquelle devait assister le Président Hissène Habré, c’est ce jour-là au stade municipal qu’on devait le prendre. Mais par la faute d’Idriss Déby, le coup a raté, et cela a été su par Hissène Habré qui était sur le point de nous arrêter. Donc eux, militaires, ils ont pris la poudre d’escampette en direction du Soudan, et moi je suis resté à Ndjamena jusqu’au jour où Diamous a été blessé et capturé. C’est par la suite que j’ai usé de subterfuges pour regagner la France. Par la suite, quand ils organisaient la rébellion à partir du Soudan, moi je les représentais ici en France. C’est ce qui a fait que Hissène Habré avait même envoyé son ministre de la Justice et son ministre des Affaires étrangères pour négocier avec les autorités françaises dans le but de me capturer et de me ramener à Ndjamena. Informé par des amis, qui ont par la suite sollicité Compaoré, j’ai été finalement accueilli à Ouagadougou. C’est de cette manière que j’ai eu la vie sauve.
Ainsi nous avons eu à travailler ensemble jusqu’au coup d’Etat contre Idriss Déby, euh… contre Hissène Habré. En décembre 1990, je me trouvais à Ouagadougou, mais je continuais à travailler dans le sens de destituer Hissène Habré. Donc nous avons travaillé ensemble, et il m’avait même promis d’être son Premier ministre et d’être vice-président du Nps, son parti politique. J’ai décliné l’offre parce que nous avons convenu que chacun peut créer son parti comme il l’entend. Je n’ai eu aucune envie d’être dans son parti, car c’est quelqu’un qui n’y va pas de main morte quand il s’agit de manquer de bafouer les Droits de l’Homme. Donc, j’ai décliné toutes ses offres, et c’est d’ailleurs ce qui l’a amené à m’arrêter une première fois en mai 1991.
Vous avez dit avoir refusé pour non-respect par Déby des Droits de l’Homme. Et faire un coup d’Etat, ce n’est pas tordre le coup à la démocratie et aux Droits de l’Homme ?
Ah oui, mais si un chef d’Etat fait tout pour empêcher l’alternance, le seul moyen qui reste, c’est de faire un coup d’Etat. Je ne le regrette pas.
Mais cela va à l’encontre des Droits de l’Homme.
Non, ce n’est pas à l’encontre des Droits de l’Homme. Le père des Droits de l’Homme, Gandhi, a dit qu’entre la lâcheté pour permettre les violations des Droits de l’Homme et le courage pour éradiquer par la violence  les auteurs de ces violations des Droits de l’Homme, il faut choisir la violence. Donc, la violence, si elle peut régler la question des Droits de l’Homme, pourquoi pas ?
Donc, en fait, vous avez été persécuté sous Habré, aujourd’hui c’est sous Idriss Déby. Quand vous comparez, qu’est-ce que cela donne ?
Sous Idriss, euh… Hissène Ha-bré, ses ministres étaient envoyés ici  (à Paris) pour me capturer et me ramener à Ndjamena. Si cela s’était réalisé, j’allais vivre un calvaire, une mort lente et certainement très douloureuse. Mais jusqu’à ce que je complote contre Hissène Habré je n’ai jamais été inquiété, je n’ai jamais été en prison. Alors qu’avec Idriss Déby, depuis le mois de mai 1991 et aujourd’hui (Ndlr : 18 avril 2008), ça fait 14 fois que je suis arrêté, souvent torturé par lui-même. Je dis bien «torturé par lui-même».
Mais c’est le Président…
Le Président, oui. Un Président qui arrête son adversaire, qui le torture. La dernière fois quand je l’ai battu à l’élection présidentielle de 2001, il m’a fait arrêter et il m’a torturé lui-même. N’eût été l’intervention du président de la Banque mondiale, monsieur James Wolfhenson, je ne serais pas de ce monde-là.
Est-ce que toute cette situation, ajoutée à celle actuellement au Darfour avec la rébellion, n’est pas liée à la gestion des ressources du pétrole ?
Non, pas du tout (Rires). Idriss déby, c’est l’homme qui a créé la rébellion du Darfour. N’est-ce pas lui qui a créé le Nje et le Mls, avec le bonus pétrolier de 20 millions de dollars que la Banque mondiale a autorisé au consortium de lui remettre ? Donc, il a utilisé cet argent-là pour envoyer Ismaël Souaïbou qui est devenu aujourd’hui le directeur de la police politique, il l’a envoyé en Ukraine pour acheter des armes pour la création des rébellions du Darfour. A cette époque, en 2000 déjà, en ma qualité de député à l’Assemblée nationale, j’ai interpellé le Premier ministre. J’ai réussi à localiser l’endroit où ils ont caché les armes en territoire soudanais, dans le territoire du Darfour soudanais. J’ai réussi également à produire des factures d’achat de ces armes. Mais personne ne m’avait pris au sérieux. Lorsqu’en 2003, il a lancé les opérations de rébellion dans le Darfour, la plupart de ces rebelles, ce sont des militaires que El Béchir a mis à sa disposition pour l’amener à Ndjamena dans le coup d’Etat contre Hissène Habré. Donc, il les a retournés contre son géniteur qui est le Président El Béchir.
Donc, on ne peut avoir aucun espoir sur tous les accords de paix signés entre ces deux Présidents
Idriss Déby ne respectera jamais son accord. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je ne veux pas pactiser avec quelqu’un qui ne respecte jamais ses engagements. Tous ceux qui ont signé des accords avec lui se retrouvent deux mètres sous terre. Prenez pour preuve Abass Koti et tant d’autres.
A vous entendre, l’avenir est sombre pour le Tchad car il n’y aucun moyen de faire changer Déby ?
Non. Je crois que les chefs d’Etat comme Bongo, Wade et Sarkozy peuvent faire pression sur Idriss Déby pour qu’il y ait un dialogue inclusif auquel participent tous les acteurs politiques du Tchad, les partis politiques, la société civile, les rebelles, afin de parvenir à un accord. Dans le cas contraire, on amuse la galerie. Déby a signé six accords avec El Béchir, six accords –celui de Dakar c’est le sixième- et il n’a jamais été mis en œuvre ou mis en application.
Et, vous, aujourd’hui, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez continuer le combat à partir de Paris ou rentrer au pays ?
Et bien moi je vais retourner au pays, pour marquer Idriss Déby à la culotte. Il n’est pas question que je reste ici, loin de la politique.
Ne craignez-vous pas pour votre vie et pour celles de vos proches ?
On m’appelle affectueusement au Tchad «Cabri mort» donc cabri mort n’a pas peur des couteaux. Je suis déjà considéré comme un homme mort. Je suis un homme mort mais ambulant. Donc, je n’ai pas peur de rentrer au Tchad marquer Idriss Déby à la culotte.
De quelle manière ? Légalement ?
Mais je l’ai battu en 2001, je le battrai en 2010, ça c’est sûr. Je l’ai battu en 2001 et il a comploté avec le Président Chirac pour m’arrêter, me torturer, afin de s’autoproclamer à ma place, mais je ne lui ferai pas de cadeaux en disant que je ne serai pas au Tchad pour le marquer encore à la culotte.
Donc en participant aux élections ?
Je participerai aux élections, donc il faut que je sois au Tchad, à  moins qu’il m’élimine avant, comme il le promet.
Revenons aux Droits de l’Homme, avec l’affaire concernant les enfants de l’Arche de Zoé. Quel est votre avis là-dessus ?
Cette affaire est l’une des causes de ma condamnation à mort dans les coulisses, donc je n’en parle pas pour l’instant.
Votre sentiment sur le prochain procès de Hissène Habré, prévu en principe au Sénégal ?
Votre justice a inculpé Hissène Habré comme complice, avant que la justice ne se rétracte à l’époque. Mais l’auteur principal, c’est Idriss Déby. Et c’est moi qui ai demandé qu’Idriss Déby soit jugé, je l’ai demandé à la session de l’Assemblée générale des droits de l’Homme des Nations-Unies à Genève en 1999. Je suis prêt à aller témoigner, je suis prêt. Je suis d’ailleurs très content que l’auteur principal soit désigné comme étant Idriss Déby, qui a massacré des gens. Vous imaginez que Idriss Déby éventrait des femmes pour extraire les bébés et les égorgeait. Il émascule les hommes, il coupe les seins des femmes pour mettre dans la bouche et leur demander de manger. On en a les preuves.
On peut s’attendre à un témoignage de vous à Dakar et des poursuites contre Déby ?
Malheureusement, je ne crois pas. A moins qu’on arrange quelque chose, mais si la justice sénégalaise est libre de ses mouvements, de son rôle, et le juge vraiment libre de mener à bien cette affaire, il y aura des vagues.
On peut donc espérer avec Yorongar, un Tchad plus démocratique ?
Non, je ne dis pas que ce serait plus démocratique, mais je suis de l’école démocratique. Je ne suis pas comme Idriss Déby, qui ne lésine pas sur les moyens pour massacrer les gens.