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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

L’être humain est un animal social. C’est pour cela qu’il vit souvent, toujours et en général, hier et aujourd’hui encore, dans une organisation « socio étatique » appelée « État ». L’État est une communauté; une « communauté juridique » qui peut comprendre d'un à plusieurs membres appelés : « Nations ». C’est ce qui a été le cas de l’Union Soviétique avant son éclatement. Dans cette « communauté juridique », l’Homme (le mâle et la femelle) forme avec les autres membres de la communauté ce qu’on appelle « Nation ».  On parle ainsi de la « nation Arc-en-ciel » d’Afrique du Sud. Donc, au risque de me tromper, la « nation » serait [je dirais même : « est »] une communauté historique qui peut comprendre plusieurs États. L’exemple édifiant, en cela, est celui  de la « Nation allemande » [qui a été] divisée en  deux « États allemands » ; en tout cas, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Mais, pour exister une nation doit réunir plusieurs conditions d’ordre sociologiques ; des conditions matérielles et spirituelles, notamment.

 

Matériellement, le fait d’avoir une même langue peut favoriser l’existence d’une nation. C'est ce qu'on croit. Mais ce n’est toujours pas vrai : car en Suisse, par exemple, la Confédération helvétique parle plusieurs langues : l’allemand, le romand (français), l’italien et le romanche. Un vaudois (citoyen suisse du canton de Vaud) ne se comprend toujours pas avec un zougois (citoyen suisse du canton de Zoug). Cette multiplicité des langues est encore pire en Afrique où on peut rencontrer plusieurs langues dans une même communauté juridique. C’est le cas du Tchad où, outre l’arabe et le français, il n’y a pas moins de 250 dialectes.

 

On pense alors que l’unité ethnique pourrait favoriser l’existence d’une nation. Or, pitoyablement, ce n’a été toujours pas le cas. Voyons la France, par exemple. Ce pays, cette nation est composée de plusieurs ethnies : il y a des gaulois, des corses, des guadeloupéens, des bretons et même des basques etc.; ce n’a été aussi pas le cas des Etats-Unis d’Amérique qui, eux, sont constitués des noirs, des hispaniques, des indiens, des blancs etc. Donc l’unicité ethnique, tout en étant essentielle, n’est pas une condition nécessaire ni indispensable à la constitution d’une « nation ». Loin de là !

 

Alors, allons voir du côté de la religion. On pense, en effet, à tort ou à raison, qu’une même religion pourrait être à la base d’une nation ou, en tout cas, favoriserait sa constitution. Or, là aussi, observation faite des nations qui se sont constituées au cours de ces derniers siècles, il n’en est rien : ou bien, il y a plusieurs religions dans un même pays, comme au Tchad, en France, en Suisse etc.; ou bien il y a des pays comme l’Union soviétique (avant sa dislocation) qui n’ont pas [officiellement] de religion. Donc la religion ou, disons, l’unité religieuse, n’est pas un élément indispensable pour la construction nationale.


Dans ce cas, et tout compte fait, pourrait-on dire que le fait d’avoir un Etat, au sens constitutionel du terme, signifierait qu'on est en présence d'une « Nation » ? Non, pas du tout ! Ce n’est pas l’existence —simplement sur du papier avec des tracées de frontières— d’un État qui conduit de facto l’existence d’une « Nation » ou permet son avènement. Car, parfois, on a une même nation divisée en plusieurs États : c’est l’exemple de la nation allemande (avant la chute du mur de Berlin), et encore aujourd’hui des nations palestinienne et timorienne.

 

Finalement ni l’unité linguistique, ni l’unité ethnique, ni l’unité religieuse ou l’existence, de fait, d’un Etat, ne sont, à eux seuls, des facteurs suffisants constitutifs d’une nation. Comme éléments sociologiques, je dirais même parfois anthropologiques, ils pourraient, certes, favoriser la cohésion nationale mais ne sont aucunement nécessaires, ni absolument, ni normalement suffisants pour la constitution d’une « nation ».

 

Alors, faut-il s’en tenir au statut quo ? Non. Nous devons, en ce qui concerne le Tchad notre pays, nous devons coute que coute réaliser l’unité du pays et construire la « Nation » tchadienne. En tout cas,  si bien sûr nous ne voulions pas que les enfants des enfants d’Eric Breteau et de Bernard Kouchner ne collectent des sacs de riz d’un kilo après des écoliers gaulois pour venir les offrir en spectacle aux enfants de nos enfants.

 

En 2068, le Tchad comptera un peu plus de 30 millions d’habitants. La plupart de nous qui lisons actuellement ces lignes, ne serons plus de ce monde. Mais nos enfants, leurs enfants et les enfants de ceux-ci, eux, seront encore en vie. Ce sont eux, les acteurs de demain, qui formeront la communauté tchadienne de 2068 qui sera forte de 30 millions d’âmes. Qu’est-ce que nous, les 9 millions de tchadiens de 2008, allons laisser en héritage à eux, à  "nos" 30 millions de tchadiens de 2068 ?

 

Que chacun de nous s’arrêtent un bref moment pour interroger sa conscience et son existence. Qu’est-ce que j’ai réalisé, moi, tchadienne/tchadien, membre de ma "communauté juridique" qui est le Tchad, qu'est-ce que j’ai fait et ou pas fait pour le "bien commun de la communauté" ? C’est le moment de nous efforcer pour faire notre mea culpa et de nous efforcer à laisser en héritage à nos enfants, un « désir de vivre ensemble ». Oui, le « désir de vivre-ensemble » comme élément spirituel de la constitution de la « nation tchadienne » de demain. C’est ce que nous allons développer dans notre prochain billet du vendredi. Bon week-end à vous.

 

Michelot Yogogombaye.