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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

« S’il fallait recommencer l’épisode du passage de la flnamme olympique à Paris, on ferait exactement la même chose », estime le secrétaire général de Reporters sans frontières, loin de regretter son coup d’éclat qui a valu à Paris les foudres de la Chine communiste.

Selon lui, « les autorités chinoises respectent les gens qui savent leur résister ; et le problème de la diplomatie française est qu’elle s’est toujours couchée avant même que les Chinois aient levé le petit doigt ». Interview accordée à L’international magazine dans le cadre du numéro du mois de juillet 2008

Robert Ménard nous donne rendez vous dans les locaux de Reporters sans frontières, rue Vivienne, dans le IIème arrondissement de Paris. 15 minutes de retard, le président de RSF s’en excuse et nous prie de lui accorder cinq autres minutes… Le temps pour lui de troquer sa veste contre un t-shirt noir au logo de RSF appelant au boycott des JO de Pékin.

Dès le début de l’entretien, l’ancien journaliste de Radio France Hérault s’emporte quand on lui demande s’il n’en a pas trop fait lors du passage de la flamme olympique à Paris : « On a affaire à des gens qui nous on menti depuis sept ans », nous explique Robert Ménard. « Si aujourd’hui RSF incarne la défense des droits de l’Homme en Chine, c’est parce que les autres ONG n’ont pas fait leur travail. »

N’avez-vous pas le sentiment d’en avoir trop fait, d’avoir exagéré lors du passage de la flamme olympique à Paris ?

Attendez… il ne faut pas rigoler ! Ce n’est pas nous qui exagérons. Ce sont les autorités chinoises qui exagèrent. Ce n’est pas parce qu’il y a eu un ou deux vilains gestes vis-à-vis des athlètes chinois à Paris que la violence est maintenant du coté des manifestants ! La violence, la vraie, si vous souhaitez la voir, vient du côté des autorités chinoises qui tirent dans les rues de Lhassa, qui tuent les journalistes. Elle est du côté de la police et de la justice chinoises qui emprisonnent des milliers de gens dans les camps de rééducation par le travail. Il faut regarder les choses comme elles sont…

Vos positions ne vont-elles pas au-delà de la mission initiale de Reporters sans frontières ?

Ce qu’on veut, ce qu’on recherche à Reporters sans frontières, c’est faire le maximum pour obtenir un certain nombre de libérations… Est-ce que ce n’est pas au delà de notre programme ? Vous avez raison bien sûr… Mais, vous savez, cela fait sept ans que Reporters sans frontières est dans cette affaire : on a manifesté avant même l’attribution des JO à Pékin. C’était en juillet 2001. Et si aujourd’hui on incarne la défense des droits de l’Homme en Chine, ou ailleurs dans le monde, c’est parce que les autres ONG et les organisations internationales n’ont pas fait leur travail !

Ne serait-t-il pas mieux de recentrer les ressources de votre organisation dans des combats relevant plus directement de la défense de la liberté de la presse, à l’exemple des restrictions à la diffusion sur le territoire français ou européen des chaînes de télévision arabes, comme Al Manar ?

Bien sûr qu’on le fait ! En un an, on est intervenu dans plus d’un millier d’affaires de ce type. Simplement, la presse en parle moins. Là, je rentre d’une tournée dans certains pays arabes où j’ai discuté de la question de la limitation des chaînes satellitaires par un certain nombre de Gouvernements. Mais c’est vrai que la Chine, pour nous, reste le pays où il y a le plus de journalistes emprisonnés dans le monde ; et c’est pour ça qu’on se mobilise.

S’il fallait rééditer l’épisode du passage de la flamme olympique à Paris, qu’est ce que vous ne referiez pas ?

On ferait exactement la même chose… Exactement.

Vous chercheriez à éteindre la flamme olympique, par exemple ?

Jamais on n’a cherché à éteindre la flamme ! Mes adhérents n’ont jamais fait ça. Je vous rappelle qu’on a organisé une conférence de presse la veille de nos manifestations pour dire qu’il ne fallait pas avoir de geste violent. Mais le jour du passage de la flamme, des militants pro-tibétains ont eu des gestes plus violents. Je le regrette, mais moi je ne suis pas responsable de l’ensemble des manifestants.

Pas un seul de nos militant ne s’en est pris à la flamme, ni aux porteurs de la flamme. Les manifestations de Reporter sans frontière sont non-violentes. Avec Jean-François Julia, on a passé la nuit a escaladé la face sud de Notre-Dame-de-Paris pour étendre un immense drapeau de RSF. C’est ça notre type d’actions.

Comment avez-vous perçu la mission d’apaisement en Chine de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin et du président du Sénat, Christian Poncelet, commandée par Nicolas Sarkozy ?

C’est ridicule, ri-di-cule ! Que monsieur Poncelet soit allé faire un baisemain à cette jeune Chinoise que personne n’a d’ailleurs jamais molestée… Il ne faut pas raconter d’histoire ! C’est tout simplement ridicule. Je vous rappelle que le même Christian Poncelet, président du Sénat, a annulé une exposition sur le Tibet qui devait être organisée au Sénat. Comment voulez-vous imposer quelque chose aux autorités chinoises si vous vous comportez comme ça ? Quant à monsieur Raffarin, qui encourage monsieur Sarkozy à aller aux JO, là encore, c’est ridicule… Vous savez, les autorités chinoises respectent les gens qui savent un petit peu leur résister. Le problème de la diplomatie française, c’est qu’elle s’est toujours couchée, avant même que les Chinois aient levé le petit doigt.

Votre organisation vient de publier un livre, Pourquoi il faut boycotter la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin. Dans ce livre, on a l’impression que l’actuel gouvernement chinois n’a jamais rien fait de positif pour sa population ; tout y est négatif…

Attendez… Je vous pose juste une seule question, tout le reste je ne m’en occupe pas. Dans le domaine des droits de l’Homme, le Gouvernement chinois a pris des engagements quand il a obtenu les JO de 2008. A-t-il respecté ses engagements ? Non. Le Comité international olympique s’était engagé à demander aux autorités chinoises de respecter leurs engagements… Ils ne l’ont pas fait. On a affaire à des gens qui nous on menti depuis sept ans !

Quelle est votre opinion sur la gestion, par les autorités chinoises, du séisme qui a fait près de 70 000 morts ?

Je pense que c’est un vrai progrès et on l’a salué à Reporter sans frontières. On a même proposé d’aider un certain nombre de journaux qui avaient eu à subir le tremblement de terre. C’est la première fois que les autorités chinoises traitent comme ça un cataclysme. Quand on le compare à ce qui se passe en Birmanie, vous voyez la différence... Est-ce que vous ne vous demandez pas si, peut-être, ce sont les manifestations qui ont été faites avant, par nous et d’autres, qui ont obligés les autorités chinoises à faire ce qu’ils ont fait ?

Nous avons plutôt l’impression que vos démonstrations amènent les jeunes Chinois à manifester un certain nationalisme…

Ce ne sont pas les jeunes Chinois… Il y a eu quelques milliers de manifestants dans un pays d’un milliard trois cent millions d’habitants ! Dans un pays où aucune manifestation n’est possible sans l’autorisation des autorités… Où Internet est contrôlé par les autorités, où plus de 30 000 policiers surveillent Internet. Ce n’était pas des manifestations spontanées.

Il y a effectivement des courants nationalistes à l’intérieur des partis communistes chinois, un sentiment nationaliste respectable, et que je respecte. Mais, vous savez, quand ils ont menacé de boycotter les produits français, ils ne l’ont jamais fait. En 2005, il y a eu de grandes campagnes de menace de boycott des produits japonais ; des centaines de Chinois étaient dans la rue. Jamais, il n’y a eu de produit japonais réellement boycotté. Ça s’appelle de la propagande chinoise !

Est-ce que vous prévoyez d’autres manifestations spectaculaires le jour de l’ouverture des Jeux ?

Je ne sais pas… Et même si je le savais, je ne vous le dirais pas. Je ne dirais rien à personne. Disons qu’on réfléchit à ce qu’on fera.

Quelles conditions poseriez-vous à ce jour à la Chine pour la soutenir dans l’organisation des Jeux ?

Attendez… Nous on parle toutes les semaines avec les autorités chinoises ; ils discutent avec nous. Qu’est-ce que vous croyez ? Il y a ces grandes discussions et campagnes contre RSF sur le dossier chinois. Et, en même temps, nous on discute avec les autorités chinoises au plus haut niveau de l’Etat, et on ne cesse de leur dire qu’on ne s’occupe pas des questions politiques. Ce qu’on demande depuis des années, c’est la libération d’un certain nombre de gens.

On vient de leur soumettre une liste d’une dizaine de journalistes et d’autres personnes en disant : « Il faut les libérez ! » J’ai moi-même dis aux autorités chinoises : « Libérer ces gens n’est pas un signe de faiblesse de votre part ; c’est plutôt un signe de force. » Quand un pays est fort, quand un pays a du poids sur la scène internationale, qu’est-ce que ça lui coûte de libérer une dizaine de journalistes ? Vous croyez que ça va mettre en danger les autorités chinoises ? Bien entendu que non… Le problème, c’est qu’ils ont géré cette crise en dehors du bon sens ; et ils en ont tiré les conséquences. La preuve : regardez comment ils gèrent le tremblement de terre en termes d’image ! Complètement différemment…

On a commencé à discuter avec eux il y a un an et demi ; je suis allé à Pékin, à l’invitation des autorités chinoises. Si depuis ce temps, elles avaient fait un certain nombre de gestes en disant : « C’est l’esprit olympique, on va libérer un certain nombre de gens… », je suis sûr que tout ce serait bien passé. Mais une partie du parti communiste chinois a choisi de jouer la carte de l’absurdité, du tout ou rien, et regardez ce qui s’est passé…

La responsabilité internationale de la Chine reste au cœur du génocide qui se vit actuellement au Darfour. Qu’elle est la position de votre organisation sur ce dossier ?

En effet… Les autorités chinoises, non contentes de bafouer les libertés de leur propre peuple, soutiennent dans le monde les pires régimes. D’après vous, est-ce que la Birmanie résisterait comme elle le fait à la pression internationale s’il n’y avait pas les autorités chinoises pour être derrière elle ? Qu’est-ce qui explique la solidité d’un régime comme la Corée-du-Nord, qui est un des pires régimes au monde, si ce n’est la solidarité du régime chinois ? Au Soudan, quel est le meilleur soutien des autorités de Khartoum ? Ce sont encore les autorités chinoises ! En Afrique, où Pékin investit en ce moment, la Chine ne pose jamais aucune condition sur les progrès démocratiques. Jamais elle ne demande, en échange de ses investissements, des progrès sur les droits de l’Homme.

Une question d’actualité : la candidature de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Pensez-vous que la France ou d’autres pays d’Europe soient aujourd’hui prêts à élire un Noir à leur tête ?

Ce que je sais, c’est qu’on critique beaucoup, ici en Europe, les Etats-Unis, qui sont souvent, dans la bouche d’un certain nombre, un monstre, l’empire etc. Mais pour dire les choses sincèrement, est-ce que vous connaissez, en Europe, un pays qui accepterait d’élire un Noir à sa tête ? Vous croyez qu’il y en a un seul ? Obama, c’est une révolution. On verra, après, ce qu’il fera sur le terrain des droits de l’Homme et toutes ces questions. Mais déjà, en termes d’image, qu’un Noir puisse être président des Etats-Unis, c’est une belle leçon. C’est ce visage là qu’on aime des Etats-Unis. Il y a le visage détestable des Etats-Unis : celui que l’on a en Irak, en Afghanistan… Et puis, il y a le visage salvateur de ce grand pays, de cette très grande démocratie, quoi qu’on en dise. Et ce beau visage, c’est Obama.