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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

Le rôle de Rama Yade dans la défense des droits de l’homme est controversé. Où est sa place dans un gouvernement dont la diplomatie, par la voix de Nicolas Sarkozy, cajole les despotes, de Ben Ali à Kadhafi ?

Menées en catimini ou au grand jour, les initiatives de la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’homme ne soulèvent pas vraiment l’enthousiasme.

Propulsée, dès la trentaine entamée, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’homme du gouvernement Fillon, Rama Yade a enchaîné les péchés de jeunesse.

Son escapade de soutien aux sans-papiers squattant les trottoirs en banlieue de la République ? Le Premier ministre sermonne la brebis égarée, qui rentre au bercail.

Son indignation contre la présence du colonel libyen sur le sol français, qui n’est pas "un paillasson" sur lequel on "s’essuie les pieds du sang de ses forfaits" ? C’est au tour du Président de la rappeler à l’ordre, et elle se coule à nouveau dans le moule ministériel.

"Faire des esclandres, c’est inefficace", dit-elle désormais. Mais alors comment, concrètement, concilie-t-elle convictions et responsabilités inhérentes à sa fonction ?

"A ma nomination au Quai d’Orsay, je n’avais tout d’abord retenu que les Affaires étrangères. Personne n’en parle, mais je signe aussi des contrats commerciaux. C’est de l’extérieur que s’est imposé ensuite le volet droits de l’homme du secrétariat d’Etat. Je trouve que les critiques de mon action sont dures et injustes.

"Les ONG savent que je suis leur allié naturel.

Avez-vous jamais entendu les acteurs de terrain, Amnesty international, Reporters sans frontières (RSF) ou la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, me critiquer ? Pascal Bruckner, Bernard Henri-Lévy et André Glucksmann, que je rencontre aussi pour mettre en place des initiatives ne le font pas non plus.

"Les ONG savent que je suis leur allié naturel. Avec elles, j’effectue un travail ingrat, dans l’ombre, en mobilisant mes conseillers pour faire avancer des dossiers. C’est aussi en les finançant que nous les soutenons. Toutefois, je ne suis pas une ONG. Je ne peux pas, comme RSF, monter en haut de la Tour Eiffel pour manifester. Ma mission gouvernementale conjugue les droits de l’homme avec la diplomatie : je suis ma propre limite.

"Mais j’ai aussi la chance d’avoir la confiance du Président. Ce qui me motive, c’est qu’au terme du mandat, le bilan du quinquennat compte des avancées en matière de droits humains. D’ailleurs, les Français tiennent aux droits de l’homme, qui font partie de leur identité profonde. Ne pas les porter haut et fort, ce serait décevoir aussi les militants à l’étranger, pour qui les mots liberté, égalité, fraternité ont un sens. Si nous laissons tomber les valeurs dont nous nous targuons, eux seuls les porteront. Se taire serait régressif pour l’image de la France."

Sarkozy "dit ce qu’il dit, et moi, je fais ce que je fais".

La secrétaire d’Etat parvient-elle à convaincre le chef de l’Etat, par exemple sur le dossier chinois et la polémique autour de l’idée de boycotter, ou pas, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Pékin ?

"Il n’a pas encore pris de décision au sujet de la Chine. Mais sur cette question ou sur d’autres, il ne faut pas nous opposer, nos actions se complètent. A plusieurs reprises, il a parlé de mon ’rôle’ au gouvernement.

S’il estime par exemple que les libertés progressent en Tunisie, mon rôle est de m’occuper de ce qui ne progresse pas. Lui, il dit ce qu’il dit, et moi, je fais ce que je fais. Je n’ignore pas que je suis attendue au tournant, notamment du fait de mes spécificités, comme on dit. Mais je suis mue par mon courage, un mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion à mon égard. Je trace mon sillon, avec du cœur et de l’engagement. Le reste n’est que caricature."

Sa formule de différenciation par rapport à Sarkozy rappelle, le malaise de son auteur en moins, le "Lui c’est lui, moi c’est moi" de Laurent Fabius, ce plus jeune Premier ministre que François Mitterrand avait "donné" à la France.

"A quoi sert Rama Yade ?"

Mais comme l’a prouvé son récent voyage avec le Président en Tunisie, la secrétaire d’Etat reste, elle-aussi, dans le giron de l’Elysée. Fin avril, Nicolas Sarkozy a en effet fait l’éloge de Zine Ben Ali. Le silence de la secrétaire d’Etat sur la question des droits humains, foulés au pied dans ce pays, lui a valu dans la presse autant de "A quoi sert Rama Yade ?" que de "Où est passée Rama Yade ?". Elle s’en explique :

"Le Président est le porte-parole de la France. Il n’appartient pas aux ministres de le contredire. En particulier lors d’une visite d’Etat où nous sommes des invités. Faire le contraire serait agresser nos hôtes.

En revanche, j’ai pu rencontrer le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Mokhtar Trifi. Du point de vue de la position officielle française, ce n’était pas évident. Lors des préparatifs, il a fallu batailler pour inscrire cette rencontre sur l’agenda. Au final, j’ai discuté avec le représentant de la plus ancienne des ligues du monde arabe, qui est aussi la plus en difficulté : elle n’a même pas accès à son siège social.

"Au plan gouvernemental, devant trois ministres, pendant des entretiens durant chaque fois une heure, j’ai également soulevé les points qui fâchent : la torture, la censure de la presse, les raisons des grèves de la faim de journalistes. Et je prévois de demander, lors de prochaines réunions bilatérales, ce qu’il en est advenu."

Au pays-phare de l’émancipation des femmes arabo-musulmanes, dont les droits ont, en pratique, régressé sous le régime du successeur de Bourguiba, Rama Yade a annulé, à la dernière minute, un rendez-vous avec la présidente de l’association tunisienne des femmes démocrates. A l’en croire, c’est superfétatoire :

"Ce rendez-vous n’était pas prévu au départ. C’est moi-même qui l’avais rajouté à mon programme particulier, au côté de celui, déjà chargé, de la visite d’Etat. Suite à ce malentendu, mon secrétariat a proposé une autre date d’entrevue, le lendemain. Mais Khadija Chérif s’est déclarée indisponible.

A Paris, ma porte lui demeure cependant ouverte. J’ajoute que, ni lors des discussions préparatoires de cette visite en Tunisie, ni dans les médias français, la question de cette association féministe n’avait été soulevée, pas même par la ligue tunisienne des droits de l’homme. C’est sur celle-ci que la pression est maximale."

Enfin, la dernière initiative en date de Rama Yade, son annonce, lors de la journée internationale contre l’homophobie, le 17 mai, d’une impulsion de la France pour une action européenne à l’échelle mondiale en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité, a suscité peu d’intérêt. La parole de l’ancienne indisciplinée du gouvernement a-t-elle fini par se démonétiser ?

Source Rue 89 - Wicem Souissi