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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

Il est des nouvelles dont les journalistes aimeraient se passer. Celle-là nous a foudroyés vendredi 25 avril en début de soirée, au cœur de ce bouclage hebdomadaire qui, sans lui, n’aura plus jamais la même saveur. Elimane est mort, à l’âge de 53 ans, au service de réanimation de l’hôpital Bichat, à Paris, des suites d’un cancer foudroyant.

Celui que nous appelions tous « Papa » parce que l’affection qui nous unissait à lui avait quelque chose de familial, était un professionnel comme on n’en fait plus, ou presque : amoureux des mots, attentif aux autres, paternel avec les jeunes confrères, imprégné jusqu’à la moelle de cette Afrique subsaharienne dont il sentait jour et nuit les pulsions et les soubresauts, les rumeurs du maquis et les coulisses des palais.

Natif de Nioro du Rip, non loin de Kaolack, au Sénégal, au cœur de la région arachidière, le 12 février 1955, élève au lycée Gaston-Berger, Elimane Fall obtient en 1974 la bourse d’études que l’ambassade de France à Dakar délivre aux lauréats du Concours général. Inscrit en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il se destine à l’École normale supérieure mais change d’avis au bout de trois ans. Il ne sera pas professeur de philosophie, même si de cette première tentation lui est restée un don inné de pédagogue – et une propension à la rêverie.

Diplômé du Centre de formation des journalistes de Paris, au sein d’une promotion (1981) dans laquelle figure, outre quelques noms connus du paysage médiatique français, un certain Cheikh Tidiane Gadio, actuel ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Elimane Fall commence sa carrière de journaliste par la radio. À Europe N° 1, il trie les dépêches et rédige des notes au fond du « backoffice ». Mais le démon de l’écriture, la vraie, est trop fort, tout comme la passion du continent qui est le sien.

En 1983, il entre à Jeune Afrique, dont il ne s’éloignera plus – si ce n’est pour une excursion de quelques années. Rédacteur en chef adjoint, il avait en charge la section Afrique subsaharienne de l’hebdomadaire, fonction qu’il exerçait avec compétence, minutie et dévouement.

Il y a un peu plus d’un mois, lorsqu’il avait appris le cancer qui le frappait, Elimane avait confié son désarroi à son grand ami Cherif Elvalide Sèye, cofondateur du groupe Sud Communication et ancien conseiller de presse d’Abdoulaye Wade : « Ce n’est pas de mourir dont j’ai peur, puisque seul Dieu en décidera ; j’ai peur de ne plus pouvoir travailler. » Cette phrase, finalement, le décrit tout entier. À sa veuve Assita et à ses quatre fils, le groupe Jeune Afrique présente ses plus sincères condoléances. Adieu Papa wolof. Là-haut t’attendent Sennen Andriamirado, Siradiou Diallo et François Poli, auprès de qui tu as appris ce noble et dur métier de journaliste. Que la terre de tes ancêtres, là-bas du côté de Nioro où le Saloum flirte avec la Gambie, à moins que ce ne soit à Diourbel où plongent les racines de ta famille, que cette terre du Sénégal te soit légère…


François Soudan