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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

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Nocky Djedanoum   Koulsy Lamko

Ils sont deux: l'un, agitateur culturel et auteur, l'autre globe-trotter infatigable et écrivain respecté. L'un est un passionné de grandes causes qui concernent l'Afrique, l'autre est un révolutionnaire dans l'âme, grand défenseur de l'héritage de Thomas Sankara. Nocky Djedanoum et Koulsy Lamko - puisque c'est d'eux qu'il s'agit - sont, parmi les personnalités culturelles de la diaspora africaine, les plus consensuelles.  S'ils sont appréciés, c'est parce que leurs engagements et leurs actions dépassent largement les limites de leur pays. D'ailleurs, c'est à partir de l'étranger ou de leurs terres d'adoption qu'ils se sont fait connaître. 

 

Mais chose curieuse, à moins que je me trompe, il y a un fait auquel je ne comprends presque rien: la quasi indifférence de ces écrivains à la situation explosive de leur pays. Car, si les deux hommes sont sensibles aux déchirements qui meurtrissent l'Afrique, ils semblent moins engagés lorsqu'il s'agit du Tchad. 

Un Tchad incendié, depuis quarante ans, par des politiciens peu scrupuleux, des leaders mal inspirés, des chefs de guerre rapace. Depuis que j'ai découvert ce pays sur la carte de l'Afrique, je n'ai de lui que des bruits de botte et des explosions d'armes à feu. Des bruits de Toyota 4 x4 remplis de rebelles et des détonations de bazooka. Et cela, depuis Tombalbaye, Maloum, Goukouni et autre Habré. Des noms et des visages dont la mémoire et les actes semblent se conjuguer avec des coulées de sang et des déflagrations interminables. Comme si la seule culture qui existe là-bas, la seule musique à laquelle les enfants de ce pays nous ont habituée, se limitait aux transes guerrières, aux meurtres politiques et aux putschs sanglants. 

On disait, au début des années quatre-vingt dix, avec la démocratisation en cours dans les pays africains, que le Tchad allait se réveiller de ce triste feuilleton. Que le successeur de Hissein Habré allait développer une stratégie de gestion du pouvoir beaucoup moins sectaire, qu’au contraire de ses prédécesseurs, l'intelligence allait lui commander d'associer ses adversaires aux affaires de la cité. Car, il sait, mieux que le diable, que l'extermination des opposants n'est jamais un gage de sécurité et de stabilité pour un régime si dur soit-il. Mais c'est compter qu'un chef de guerre reste, ici, un chef de guerre et qu'à beau raser le chien, il lui poussera toujours sur le corps les mêmes poils naturels. Les Bambaras ont finalement raison “le séjour du tronc d'arbre dans l'eau ne le transformera jamais en caïman”. 

Alors, devant la défaillance des hommes politiques, devant le bégaiement malheureux et absurde de l'histoire, je me suis laissé tenté par une utopie: et si les écrivains, les intellectuels, les artistes, ceux qui ont une parole à proposer, ceux qui ont réussi à devenir des personnalités crédibles et consensuelles, ceux dont le discours a encore un sens, pourquoi ceux-là ne peuvent-ils pas descendre dans l'arène et reprendre l'initiative? Pourquoi Nocky Djadanoum, l'initiateur de Fest'Africa, pourquoi Koulsy Lamko, qui a dirigé la Caravane Internationale sur Sankara, ne peuvent-ils pas risquer une initiative contre la guerre totale à laquelle Deby et ses opposants soumettent en ce moment le peuple tchadien? Pourquoi se terrent-ils dans un tel silence? Craindraient-ils par hasard d'être pris aussi à partie par l'un ou l'autre camp? 

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   Nimrod                 Haroun

Et que disent les autres auteurs ? Qu'en pensent le poète Nimrod, grand admirateur de Senghor, le cinéaste Mahammet Haroun et le romancier Noël Ndjekery? Qu'ont-ils fait de leurs paroles? Doivent-ils se contenter seulement d'être des esthètes de mots et de l'image, c'est-à-dire des artistes dont la parole se limite aux pages des livres et aux images du grand écran ? 

Wole Soyinka, notre aîné à tous, nous a enseigné qu'être écrivain ne suffit pour être intellectuel. La situation de l'écrivain est comparable au statut de l'avocat, du médecin, du journaliste et de toute autre personnalité dont la profession, parce qu'elle le rend visible, lui permet de se positionner, donc de prendre la parole et de la porter loin, au-delà de son domaine d'activité. Mes chers amis Nocky et Koulsy, mes collègues admirés Nimrod et Ndjekery ont-ils décidé de se faire brûler dans l'incendie qu'ont allumé rebelles et militaires actuellement à Ndjaména? 

A Nocky, cette question : attendrais-tu par hasard la fin de la tragédie, après mille victimes, pour nous appeler à réfléchir sur le drame qui se déroule en ce moment? Nimrod, toi qui as la fibre senghorienne, ton icône n'a-t-elle pas dit et répété que la poésie est action?  Je ne veux pas croire, chers amis, que l'histoire retiendra qu'il vous a manqué l'élan du juste pour utiliser la force du mot contre la barbarie. Je ne veux pas croire qu’il vous a manqué le souffle et le regard du citoyen pour affirmer votre refus de la tragédie en cours. Vous n’aurez pas de justification à y opposer. Vous êtes les producteurs de rêves. Donc, forcément, les ouvriers de l’espoir. 

Soure: http://couao64.unblog.fr