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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila






« Idriss Déby ne respecte jamais la parole donnée »

A Dakar, dans le cadre du festival des arts et de la Culture Pulaar, les 27, 28, 29 et 30 mars derniers, Mansour Abbas, le chargé de communication de l’opposition armée du Tchad en France s’est confié longuement à Ferloo.com. Dans cette première partie de son interview, il a remonté le déluge de la situation politique difficile de son pays, marquée une guerre entre le pouvoir et l’opposition. Entretien.


M. Mansour Abbas, vous êtes un opposant tchadien vivant en France. Au-delà de cela, nos lecteurs ne vous connaissent pas. Voulez-vous vous présenter à eux ?

Merci. Je m’appelle Abbas Mansour. Je suis un tchadien vivant en France où je représente l’Union des Forces démocratiques et le développement (Ufdd). C’est le principal mouvement de l’opposition armée et je fais partie de ceux qui ont été jusqu’à Ndjaména, mais qui, malheureusement, ont rebroussé chemin à cause de l’intervention française que tout le monde connaît et que toute l’Afrique décrie.

N’est-ce pas une contradiction pour vous opposant qui luttez contre le Président tchadien que la France vienne à son secours et que vous soyez en France ? Vous ne trouverez pas cela paradoxal ?

En France, nous ne détenons pas des armes. Nous sommes des civils. Nous respectons les lois françaises. Et la France, elle-même est tenue de les respecter de même que les conventions internationales. Donc, c’est tout à fait normal qu’on puisse être là pour faire les porte-paroles de ceux qui sont sur le terrain. Nous ne prenons pas des armes en France et n’agressons personne. Nous sommes des pacifistes. Notre arme, c’est notre bouche et notre stylo. Cela, le peuple français le comprend aisément. Et il n’y a pas de problème à ce niveau.

M. Abass, pourquoi recourir aux armes pour accéder au pouvoir quand on sait que c’est une pratique qui est bannie par la communauté internationale et par l’Union africaine.

C’est parce que la lutte armée est imposée aux Tchadiens. Sinon, il n’y a aucun être humain au monde qui aime la violence. Tout le monde aime la paix. Et nous avons essayé par tous les moyens cette paix, mais en vain. Il y a eu une conférence souveraine en 1993 qui a réuni tous les Tchadiens, malheureusement, les résolutions de ces assises ont été bafouées par Idrisse Déby Itno. Les gens sont humiliés, le pays est à terre, les partis politiques, les syndicats sont baillonnés, les libertés, dans le vrai sens du terme, n’existent pas. Les richesses du pays sont gaspillées. Le comble, en 2006, la constitution adoptée par tous et qui prévoyait deux mandats de cinq ans, a été modifiée par Idrisse Déby afin de rester au pouvoir à vie. Nous comprenons que l’Ua condamne la prise du pouvoir par les armes, mais elle doit aller plus loin pour refuser aussi, la confiscation du pouvoir par les armes. S’il (Deby) avait gardé le pouvoir à travers les élections, il n’aurait pas du tout de rébellion. C’est parce qu’il a confisqué le pouvoir par les armes contre la volonté populaire que cette situation est arrivée. Et, à partir de ce moment, la lutte armée devient, non seulement, un droit, mais aussi une obligation pour chaque citoyen tchadien. Nous sommes donc, devant le cas d’une légitime défense.

Justement, lui, en venant au pouvoir le 1er décembre 1990, il avait dit 2 jours après, aux Tchadiens : « Je ne vous ai apportés ni or, ni argent, mais la liberté ». Voulez-vous dire qu’il n’ y a pas de liberté ?

Non seulement, il n’y a pas de liberté, mais c’est aujourd’hui qu’on comprend parfaitement ce qu’il a voulu dire il y a 18 ans.

Qu’est-ce qu’il voulait dire ?

Il voulait dire qu’on n’aurait ni argent, ni or, parce que c’est pour lui. Il y a, peut-être, des gens qui ont été naïfs et qui l’ont cru au début, mais aujourd’hui, on se rend compte qu’il n’a apporté ni or, ni argent, encore moins la liberté. Il a tout confisqué. Et les caisses de l’Etat se confondent aux poches de Idrisse Déby et sa famille. C’est dans cet esprit qu’il s’est adressé aux Tchadiens. Mais ce message a été décodé trop tard.

En tirant sur sa famille et sur les Zagawas, est-ce que vous n’êtes pas en train de réunir tous les ingrédients pour une guerre civile ?

Il faut préciser et cela est très important pour moi que les Zagawas sont des Tchadiens à par entière. Nous, nous tirons sur des responsables. Et parmi ceux qui sont avec Déby, il y en a qui ne sont pas de cette ethnie. Ils participent tous au pillage du pays et au musellement de la presse. Déby est certes, un Zagawa mais il a un clan de pilleurs autour de lui qui n’est pas forcément de cette ethnie. Ceux qui sont en lutte ne s’en prennent pas du tout aux Zagawas. Autre précision de taille, il y a des Zagawas qui sont dans le maquis en train de combattre Débi. Et parmi eux il y’ a même d’anciens éléments issus de la garde présidentielle. C’est dire ce n’est pas un problème entre les Zagawas et les autres tchadiens, mais contre un système. Il n’ y a pas de bonne gouvernance. Il s’agit de mettre de l’ordre dans la maison tchadienne.

Est-ce que, pour votre cas, vous avez été sous les couleurs pour, ensuite, aller dans le maquis ?

Non. A cause de mes activités et mes préoccupations je n’ai pas eu l’occasion d’aller faire un service militaire. D’autant plus que les textes n’obligent pas de le faire quand on exerce un certain type d’activités Et ce n’est pas indispensable d’aller sous les drapeaux pour pouvoir se défendre. Dans la résistance, tchadienne, il y a des militaires de carrière, mais aussi de simples citoyens qui se sont révoltés tout simplement. Chaque citoyen, lorsqu’il est humilié, acculé, lorsqu’il n’a pas le choix, il va apprendre à se défendre. Ce ne sont pas les militaires seulement qui savent se défendre.

Contrairement à ce que vous dites, le Tchad et son président prétendent y aboir instauré la paix, la démocratie et la liberté. Parce que depuis 1992, ils ont permis, disent-ils, à la presse d’être libre et ont favorisé le multipartisme.

Cela donne tout simple l’envie de rire. Est-ce qu’il y a un pays en Afrique aujourd’hui, où il n’il n’ y a de multipartisme et beaucoup d’organes de presse ? Dans n’importe quel pays en Afrique, il y a mille et un journaux. Ce n’est pas le nombre d’existence d’organes de presse qui montre qu’il y a une démocratie. On peut avoir mille et un journaux et avoir des centaines de partis politiques et être un dictateur. C’est le cas au Tchad. Il faut savoir que c’est le contexte international qui a fait que Déby a accepté qu’il y ait plusieurs journaux et plusieurs partis politiques au Tchad. C’est vraiment du simulâcre qu’on est en train d’assister.

Comment expliquez-vous que des leaders partis politiques qui se sont longtemps battus pour la démocratie, je veux nommer Saleh Kebzabo, le Général Kamougué, décident de mettre un peu d’eau dans leur vin pour s’allier avec Idrisse Déby. Ne pensez-vous pas aussi que vous avez trop tiré sur la corde, quand on sait que la politique c’est le réel et non l’idéal ?

Je voudrais profiter de l’occasion pour dire la grande admiration qu’on a pour ceux qui battent à l’intérieur du pays. Quand on sait que leur travail n’est pas n’est pas facile ; contrairement à d’autres compatriotes qui pensent qu’ils ne font rien. Je pense qu’ils se trompent. Car, ils sont devant une dictature, un régime implacable. Ils sont menacés avec leurs familles. Vous avez tout récemment le cas de Kebzabo qui a failli être tué, heureusement qu’il se trouvait au Mali. Le jour des faits, les militaires ont tiré sur son frère et cassé une de ses jambes. C’est vous dire que ce sont des gens qui souffrent dans leur chair. Nous avons besoin de l’opposition armée et vice-versa. L’objectif est le même : instauration d’un Etat démocratique. Je comprends qu’à un moment donné, le peuple tchadien soit déçu que quelques leaders tchadiens aient collaboré avec le régime. Mais je crois qu’on peut leur pardonner cela par rapport à tout ce qu’ils font comme efforts pour l’instauration d’un régime démocratique. Cela a été tout simplement un moment d’égarement. Si je puis ainsi dire. Globalement, ce sont des gens qui se battent et qui continuent de le faire. D’ailleurs, M. Kebzabo dont vous faites allusion, est en ce moment, au Cameroun comme réfugié. C’est le cas pour plusieurs syndicalistes, des responsables de la ligue tchadienne des droits de l’Homme qui sont, pour la plupart en Europe. Ils ont tous cru qu’à un moment donné qu’avec un gouvernement de coalition, ils peuvent changer des choses. Mais, ils se sont vite rendus comptes que ce n’est pas faisable. Bon cette participation dans le gouvernement d’Idriss Déby est une vieille histoire. Ils sont tous maintenant dans l’opposition.

Avez-vous vécu de près ou de loin le dernier assaut qui s’est soldé par l’arrestation de certains leaders comme Yorongar (qui s’est finalement retrouvé au Cameroun, puis en France et Lol Mahamat Choua. Que deviennent tous ces leaders ?

A la suite du repli des Fores de résistance (puisque je n’aime pas le terme rebelle. Rebelle par rapport à quoi ou à qui ?), la milice de Déby est venue investir le quartier. C’est ainsi que beaucoup de Tchadiens ont été arrêtés. Les trois dont on parle souvent, c’est parce qu’ils sont des leaders, mais d’autres auraient pu être arrêtés comme Kebzabo qui était déjà à l’étranger ou comme Kamougué qui a pu fuir au Cameroun. D’autres se sont réfugiés à l’intérieur du Tchad. Car ils ne sont pas des gens armés, mais des leaders politiques qui ont accompagné Idriss Déby dans toutes les élections. En principe, ils devraient se sentir en sécurité. L’on aurait compris s’il s’agissait des responsables politiques de l’opposition armée. Ce sont des gens qui ont toujours condamné la prise du pouvoir par les armes et la confiscation du pouvoir par les armes. Ils n’ont jamais été avec nous comme ils n’ont jamais accepté la dictature de Déby pour qui, l’adversaire politique est un ennemi. S’il n’y avait pas la pression internationale, tous ces trois seraient dans leurs tombes. Dieu merci, ils sont tous vivants en France, malgré des traumatismes. Cependant, depuis deux mois, personne n’a les nouvelles de Saleh Ibn Mahamat, le coordonnateur de la CPDC, un regroupement de tous les partis politiques qui avait signé avec Déby, un accord de paix sous l’égide de l’Union européenne. Ni son épouse, ni ses enfants, personne ne sait où il est et dans quelles conditions. Le plus cocasse Déby ; lui-même nie de l’avoir arrêter et ne sait il où il se trouve. Pourtant, Saleh est un pur politique qui n’a jamais pris des armes.

Quels sont vos liens avec les Forces armées pour la République fédérale (Farf) de Laouking Bandé ou de Frolimat-Fap de Goukouny Oueddeye ?

L’Ufdd travaille avec toutes les organisations politico-militaires. Les Farf n’existent plus. Bandé a été assassiné par Déby. Pourtant, il était rentré au Tchad après avoir signé un accord avec ce dernier. Plus d’une dizaine de gens qui ont signé ces types d’accord avec Déby sont dans leur tombe. C’est pourquoi, il y a un véritable problème de confiance, aujourd’hui. Car, la parole donnée n’existe pas chez Déby. Celui qui signe un accord devant le Guide Libyen et qui, le lendemain, assassine celui qui a osé rentré au pays. Le dernier, c’est en 2006 quand Mahamat Nour AbdelKerim, président du Fuc, un des mouvements tchadiens qui a failli prendre Ndjaména et qui a signé un accord de paix devant le Guide Libyen et qui a été nommé ministre de la Défense, à la suite de cet accord, mais qui a eu la vie sauve pour avoir fui, pour se réfugier dans l’Ambassade de Libye pendant des mois avant de se retrouver à l’étranger (certains parlent de Dubaï) après avoir trompé la vigilance des gardes. Ce scénario a lieu, alors qu’il est encore ministre. Il n’a été limogé qu’après sa fuite. Peut-être, il reviendra un jour, puisqu’il était rentré après ledit accord avec 3000 hommes. Quand on voit des faits comme ceux-là, comment peut on discuter avec un tel individu qui ne respecte jamais la parole donnée ? Or, le respect de la parole donnée est très important, surtout pour un Chef d’Etat. Ce qui n’est pas le cas chez Déby.

Que pensez vous alors du dernier accord intervenu entre Déby et El Béchir à Dakar, à l’occasion du 11ème sommet de l’Oci ?

C’est un accord entre deux gouvernements. En principe, il ne nous concerne pas. Ce qui est sûr, c’est que le problème Tchadien reste entier.

Vous avez parlé du respect de la parole donnée, pensez-vous que Déby ne respectera l’accord de Dakar ?

C’est le 6ème comme l’a si bien précisé le Président El Béchir lui-même. Le 4ème ou le 5ème, je ne sais plus, ils l’ont paraphé à la Mecque. Tous deux, étant musulmans se sont pris la main, sont entrés dans la Kabba, ont prié et ont promis de respecter cet engagement. Ils ne l’ont pas fait. Ce n’est pas celui de Dakar qu’ils vont respecter. En tout cas, nous ne croyons pas à cela. Et même s’il devrait être ainsi, il ne résout pas les problèmes tchadiens où 1500 hommes armés sont face à Déby et face à la rébellion soudanaise que Déby a créée de toute pièce. Souvent, j’entends les gens parler de Darfour, des blancs, des noirs… Je dis qu’ils se trompent. Car, ce n’est pas Bush qui va avoir des soucis qu’on massacre des noirs au Darfour. Aux Usa, il y a des noirs auxquels, il ne s’est jamais soucié. Je pense qu’il est temps que les africains comprennent que ce qui intéresse Bush et les va-t-en guerres, c’est le pétrole. Mais que la situation des noirs c’est son dernier souci.

Donc, la guerre au Tchad, c’est le pétrole ?

Absolument. En Angola, au Congo, … partout où il y a le pétrole, il y a malheureusement la guerre. Comme on le dit souvent : « Le pétrole est maudit ». Mais au Tchad, c’est la position de la France qu’on ne comprend pas. On ne sait pas ce qu’elle veut. Puisqu’elle n’a jamais cru au pétrole tchadien. Ce sont les américains qui investissent. Mais les Français ont fait partir Tombalbaye et les autres, avant de se retirer eux-mêmes. Malgré que Déby les a accordés 25% du pétrole tchadien qu’ils jugent, d’ailleurs, de mauvaise qualité. Mais voilà qu’ils veulent revenir, puisque d’autres puits ont été découverts. Ceci, pour barrer les autres comme les Chinois. Je crois que certains dirigeants français se trompent parce qu’aucun dirigeant tchadien ne viendra arrêter les relations avec la France, en tant premier fournisseur et premier partenaire. Nous parlons français. Tout ce que je suis en train de dire actuellement, je pouvais le dire en Poular. Mais je ne peux pas, parce que je m’exprime en français. C’est pour vous montrer à quel point, nous avons des liens avec la France. Des Tchadiens ont été à côté de la France contre Hitler ? Beaucoup d’entre eux ont perdu leur vie pour ce pays. C’est pour cela que j’ai dit que la France se trompe, en soutenant un homme contre un peuple. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a un sentiment anti-français qui se développe dans toutes les régions du Tchad. Nous penserons que tout cela s’arrêtera avant que l’irréparable ne se produise. Vous avez dû suivre la grâce présidentielle accordée par Idriss Déby, il y a deux jours (l’entretien s’est réalisé le mardi) aux bandits de l’Arche de Zoé ? C’est une humiliation pour le Tchad, pour la justice tchadienne et pour l’Afrique.

D’autant plus que le Président Sarkozy avait dit qu’il allait les prendre au Tchad ?

Evidement, parce qu’il y a des aspects qu’on ne dit pas dans cette affaire.

Lesquels ?

Un gros porteur qui atterrit à Ndjaména, puis à Abéché pour prendre un groupe d’enfants. Un avion n’est pas un petit véhicule, ou un âne. Il ne peut pas passer inaperçu surtout dans un régime policier comme celui de Débi ou mêmes les ébats amoureux sont enregistrés. Pour qu’un avion atterrisse, il faut l’autorisation de l’aviation civile qui lui indique, d’ailleurs, le parking A ou B… C’est un coup très bien préparé. Les autorités tchadiennes savaient ce qui allait se passer. C’est en dernière minute qu’elles ont voulu instrumentaliser. Mais là où le bât blesse, c’est quand on a « jugé » les 6 bandits de l’Arche de Zoé un jour de dimanche, jour férié au Tchad, parce que tout simplement, Sarkozy devait venir un lundi au Tchad. Quelle humiliation ? On aurait pu proposer à Sarkozy de voyager un mardi afin d’organiser le jugement le lundi. Au moins, pour sauver la face. Mieux, les voilà aujourd’hui, libérés comme s’ils n’ont jamais rien fait. Vous imaginez prendre des enfants français pour les amener quelque part sans qu’on ne vous taxe d’être un Bob Dénard. Pourtant, ces français sont lavés de tout soupçon.

Le député Yorangar a, un moment cité le nom du Dr Docteur François Sarkozy, frère du Président français dans cette affaire. En savez-vous un mot ?

J’ai lu les écris du frère Yorongar, mais j’avoue que je n’ai pas d’éléments supplémentaires par rapport à ce qu’il a dit. (A suivre) Réalisé par AD/FC et AT/FC