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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

Coordination des Partis politiques

pour la Défense de la Constitution

                  (CPDC)

 

                                                                              A

 

                                L’Attention de la Délégation conduite par

                               Son Excellence Monsieur le Président de la

                                        République Française à N’Djamena

 

 

Les partis politiques membres de la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) adressent leurs salutations les plus cordiales et les plus respectueuses aux illustres membres de cette mission.

 

Nous vous remercions, Excellences, de l’honneur que vous nous faites en acceptant de nous recevoir pour échanger avec nous sur la situation chaotique dans laquelle est plongé notre pays.

 

Nous espérons que cette visite ne sera pas vaine, qu’elle permettra à la classe politique tchadienne de retrouver le chemin du dialogue, du consensus afin que la paix revienne dans le pays, et que nous puissions nous atteler à la construction d’un Etat de droit, d’une société débarrassée des stigmates de la violence et de la haine, d’une société engagée dans la voie d’un développement durable.

 

 

Excellences, Mesdames, Messieurs,

 

Depuis le déclenchement de ce nième rebondissement de la crise dans laquelle s’enlise notre pays les 2 et 3 février courant, nous nous sommes adressé à l’ensemble de la communauté internationale pour faire part de nos préoccupations, de nos attentes et de la direction susceptible d’en sortir de façon pérenne. Des correspondances ont été adressées notamment à :

 

-         Son Excellence Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République Française ;

 

-         Son Excellence Monsieur Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire ;

 

-         Son  Excellence Monsieur le Président Abdou DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ;

 

-         Son Excellence Monsieur Bernard KOUCHNER, Ministre français des Affaires Etrangères et Européennes.

 

La CPDC n’a de cesse rappelé que le Tchad fait face à une crise multidimensionnelle profonde due essentiellement à un déficit criard de culture démocratique des dirigeants, du non respect des principes de gestion de sociétés et d’Etats modernes, de la propension à la corruption, à la prédation,…

 

Nous n’avons jamais manqué une seule occasion pour demander - quasiment implorer-  que la communauté internationale amène les acteurs tchadiens à s’engager dans la voie de la paix et du renforcement  du processus démocratique.

 

Nous avons dû constater que ceux à qui nous nous adressions avaient des schémas propres à eux, des solutions à eux, faisant fi ! des préoccupations des Tchadiens qui vivent quotidiennement, dans leurs chairs et dans leurs âmes les effets de cette crise. Et ces schémas, il fallait les faire passer coûte que coûte, vaille que vaille !

 

La CPDC a bataillé et encore bataillé  pour obtenir que l’Accord politique du 13 août 2007 en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad, soit un tant soit peu pertinent, qu’il jette les bases de la solution des problèmes structurels qui mettent à mal la société et l’Etat tchadiens.

 

Cet Accord, dans son esprit et dans son contenu, a été obtenu contre l’avis du gouvernement et des caciques du pouvoir, soutenus par certains membres de la communauté internationale. Et ces mêmes adversaires de l’Accord ont tout fait pour que celui-ci ne soit pas mis en œuvre de façon optimale :

 

-         tout faire pour que le Comité de Suivi et d’Appui n’ait pas un statut irréfragable, avec pour corollaire le manque de soutien  en matériel, en personnel d’appui et financier de l’Etat ;

 

-         refuser l’implication des signataires aux règlements des conflits intercommunautaires et armés par la négociation et le dialogue ;

 

-         refuser l’implication des signataires dans la gestion des affaires publiques ;

 

-         réduire l’Accord au toilettage ou à l’élaboration des textes électoraux ;

 

-         réduire à néant les réformes structurelles prévues (mise en œuvre des états généraux de l’armée, des états généraux de la justice, dépolitisation et démilitarisation de l’administration territoriale, etc.).

 

L’Adresse du Président Lol Mahamat Choua à M. Louis Michel lors de sa visite au Comité de Suivi et d’Appui relève clairement les entraves auxquelles l’application de l’Accord était confrontée. Il disait même que si ces entraves n’étaient levées au plus vite, nous risquerions de nous retrouver dans une situation intenable.

 

Cette volonté fermement affichée de ne pas mettre en œuvre les différents accords, de toujours chercher à manœuvrer, a conduit au chaos actuel.

 

La communauté internationale, partenaire essentiel de l’Accord politique du 13 août 2007, devrait se rendre à l’évidence : le Tchad est gravement malade. Il y a une grave crise de légitimité qu’on ne saurait occulter par des propos et arguties langue de bois.

 

Le soutien militaire et diplomatique apporté à un camp contre les autres ne peut être que contre-productif, tout comme les références à la légalité, une légalité somme toute au bout des canons.

 

La gestion de l’état d’urgence  démontre, si besoin en était que nous sommes dans une situation de dérive autocratique et totalitaire, d’une aggravation de la négation de l’Etat de droit, d’une aggravation de la prédation sur les ressources économiques et financières du pays.

 

En effet, le Président de la République, à travers sa compréhension de l’état d’urgence a purement et simplement confisqué le pouvoir législatif. L’Assemblée nationale, qui devait siéger de plein droit aux termes de l’article 87 de la Constitution, a été dessaisie des textes qui lui sont soumis, tels que la Loi des finances 2008, la loi relative au découpage administratif, … Bien plus, des textes encore en examen au Comité de Suivi et d’Appui sont promulgués, manu militari en quelque sorte.

 

Nombre d’activités des services publics sont  gelées. La suspension des textes relatifs à la passation des marchés publics n’est ni plus ni moins qu’une volonté affirmée de s’approprier toutes les recettes publiques, pétrole y compris. Comme si figurer au rang des pays les plus corrompus du monde était une gloire, si les surfacturations de toutes les commandes de l’Etat de plus 50% ne suffisaient pas. C’est maintenant le pillage à ciel ouvert.

 

Ce coup de force - c’est d’un coup de force qu’il s’agit - se traduit par ailleurs par la confiscation des libertés publiques et le règne de la terreur : les responsables de la société civile et de la presse privée traqués se terrent ou s’exilent.

 

Les fouilles musclées perpétrées par l’Agence Nationale de Sécurité, émule de la triste DDS, la Garde présidentielle, les éléments de cette même garde envoyés en RCA dans le cadre de la MONUC et les Toroboros ( rebelles soudanais du MJE et du MLS) sont une occasion de mettre à sac les domiciles des citoyens, de piller tout sur le passage : engins roulants, postes radio, téléviseurs, appareils électroménagers, même usagés sous prétexte qu’il faut des factures ( d’ailleurs détruits par ces agents une fois présentées).

 

De plus, ordre a été donné à la mairie de procéder à des déguerpissements forcés et à grande échelle. Ainsi, des dizaines de milliers d’habitants de N’Djamena sont contraints d’abandonner leurs domiciles, sans ménagement et sans compensation.

 

Tout ceci se déroule dans une ambiance de psychose généralisée, aggravée par la construction de tranchées et d’édifices en béton autour de la capitale, de coupes illégales d’arbres, comme si une attaque rebelle est imminente et que toute la population doit servir de bouclier.

 

 

Excellences,

 

Comme vous le savez, trois de nos collègues ont été enlevés de leurs domiciles par la Garde présidentielle. Le seul tort des Chefs de parti de la CPDC est de se démarquer des deux camps qui tiennent à en découdre par les armes. Nos positions sont connues, tout comme nos suggestions. La Déclaration Finale de notre Journée de Réflexion du 22 octobre 2005 en a donné la ligne directrice.

 

Les explications et déclarations du gouvernement, aussi confuses que contradictoires, sur le sort de ces personnalités, cachent mal la véritable intention qui est d’éliminer physiquement tous ceux qui osent avoir des opinions différentes de celles du pouvoir.

 

La situation que vit le Tchad est grave. Elle appelle des tchadiens et des partenaires au développement une approche plus volontariste.

 

Toujours soucieuse de la paix et de la stabilité aux fins de développement, la CPDC exhorte la communauté internationale, plus particulièrement la France et les institutions que vous représentez, à œuvrer pour ramener la confiance entre acteurs tchadiens et préserver la logique de l’Accord politique du 13 août 2007.

 

Pour ce faire, il nous paraît indispensable que :

 

1-    Les personnalités enlevées par la Garde présidentielle dans la soirée du dimanche 03 février 2008, au vu et au su des habitants de leurs quartiers, devant leurs épouses et enfants, recouvrent leurs libertés sans délais et sans conditions.

 

      Il ne saurait y avoir de procédure judiciaire à l’encontre des personnes victimes de

      kidnapping et qui doivent réclamer réparations. La France et la communauté

      internationale ne sauraient cautionner des rapts, fussent-ils d’Etat.

 

2-    Ceux des leaders politiques contraints à l’exil ou à la clandestinité puissent regagner le pays et leurs familles sans risque d’être inquiétés.

 

3-    La communauté internationale assure la sécurité des acteurs politiques et ceux de la société civile et veille à ce que les libertés (d’expression, d’aller et de venir, et de réunion) cessent d’être bâillonnées.

 

4-    Le dialogue politique s’engage entre tous les acteurs de la crise, à savoir le pouvoir, l’opposition démocratique, l’opposition armée et la société civile représentative, afin de mettre un terme à ces rebondissements apocalyptiques.

 

       Tant est-il qu’il est illusoire de prétendre sortir de cette crise sans avoir résolu la

             question de la paix et de la sécurité, ainsi que celle des fondements d’un Etat de

             droit s’appuyant sur une démocratie forte et dynamique.

 

Les drames humanitaires aujourd’hui à grande échelle nous interpellent. La CPDC réitère une fois de plus sa totale disponibilité à contribuer avec foi et détermination à la restauration de la paix et de la stabilité au Tchad et dans la sous région.

 

La CPDC, co-partenaire de l’Accord du 13 août 2007 ne voudrait pas être co-organisatrice d’une tragique supercherie. Elle a décidé de suspendre la participation de ses représentants aux activités du Comité de Suivi et d’Appui. Il ne s’agit pas de rompre l’Accord. Il s’agit de rechercher les conditions d’une véritable dynamique de paix pour une mise en œuvre optimale des réformes fondatrices d’un Etat en phase avec les exigences de notre époque.

 

Nous nous mettons à la disposition de la communauté internationale, et en particulier du Commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire de l’Union européenne, Son Excellence Monsieur Louis Michel, pour examiner toutes les voies pertinentes vers la relance d’un dialogue constructif en vue d’une synergie efficiente de tous les engagements pris dans les différents accords conclus sous les auspices de tous les partenaires du Tchad.

 

Le peuple tchadien compte beaucoup sur vous pour sortir de ce chaos cauchemardesque. Il s’agit du Tchad éternel, et non du Tchad des régimes, qu’il faut sauver.

 

 

                                                 Fait à N’Djamena, le 27 février 2008

 

 

Documents joints :

 

-         Correspondance du 13 février 2008 ;

-         Communiqués de presse de la CPDC N° 03, 04, 05 et 06 ;

-         Communiqué de presse des députés de l’opposition ;

-         Adresse du Président Lol Mahamat Choua à M. Louis Michel ;

-         Déclaration Finale de la Journée de Réflexion de la CPDC du 22 oct. 2005