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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

 

Liquidation de l’opposition : Où est Ngarléjy Yorongar !?

 

Au départ, il ne devait rester que quelques jours. Le temps pour lui de régler des "problèmes familiaux". Au final, Irénée Moudalbaye, Français d'origine tchadienne retourné au pays le 25 janvier, a vécu l'un des pires week-ends que N'Djamena ait connu.

 

Un long week-end qui débute mercredi dernier. Ce jour là, les médias nationaux signalent que les rebelles, qui ont entamé leur percée éclair depuis l'Est du pays, se trouvent à 500 km de la capitale. Leur objectif est clair: renverser le président Idriss Déby, arrivé au pouvoir en 1990. La menace se précise dès le lendemain, explique Irénée:

"Ce n'est que tard dans la nuit que nous avons compris que la situation était grave: tous les téléphones portables ont été coupés."

 

Mesure classique, prise par le gouvernement à chaque crise.. Vendredi 2 février, nouveau signal d'alerte. La radio nationale a interrompu ses programmes. Elle diffuse en boucle de la musique militaire:

"Ils nous ont déjà fait le coup le 13 avril 1975, lors du coup d'Etat contre Tombalbaye (premier président du pays, ndlr). Au Tchad, quand on entend des marches militaires à la radio, ce n'est jamais bon signe!"

 

Les premières détonations retentissent samedi matin, vers 8h00. Les rebelles sont aux portes de N'Djamena:

"J'ai quitté la maison en catastrophe. J'ai dû traverser toute la ville pour atteindre la cité Béguinage, l'un des trois points de regroupements pour les ressortissants français en cas de crise."

 

Pendant toute la journée, il se barricade dans la villa avec les autres ressortissants, se précipitant au sol quand les rafales sifflent d'un peu trop près.

 

"La tension n'est jamais retombée"

 

La nuit commence, difficile. Malick Diagne, envoyé d'une ONG au Tchad, se trouve lui aussi dans la résidence:

"La tension n'est jamais retombée. Vers une heure du matin, le blindé français qui devait nous évacuer est arrivé, une roue crevée par un tir de roquette. Après, on a quand même essayé de dormir. Mais il est difficile de fermer l'oeil quand les hélicos et les avions de chasse tournent dans le ciel au dessus de vous!"

 

Dimanche, les ressortissants sont enfin évacués en blindé vers la base aérienne Adji Kossei, où stationnent les 1100 soldats français du dispositif Epervier. En chemin, ils découvrent un paysage de cauchemar:

"Des cadavres jonchaient le trottoir, raconte Irénée Moudalbaye. Tout au long de l'avenue Charles de Gaulle, les magasins avaient été mis à sac par des habitants du quartier."

"Il veut profiter de la crise pour liquider l'opposition"

 

La bataille sanglante qu'ont vécu Irénée et Malick n'est qu'une des composantes de la crise tchadienne. Le président Idriss Déby est accusé d'avoir profité du chaos pour régler leur sort aux opposants politiques.

 

Moiban, Tchadien installé en France depuis cinq ans, n'était pas à N'Djamena. Il accuse cependant le régime en place d'avoir enlevé son père, Ngarléjy Yorongar, député du FAR (Fédération action pour la République). Selon lui, des véhicules de la garde républicaine sont arrivés devant le domicile du député dimanche 3 février en fin d'après-midi:

 

D'autres élus ont visiblement subi le même sort que son père. La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho) affirme qu'au moins sept responsbles politiques tchadiens (parmi lesquels Yorongar) ont été arrêtés depuis dimanche. Pour Moiban, les intentions du Président sont limpides:

"Il veut profiter de la crise pour liquider l'opposition. Le dernier SMS que j'ai reçu de mon père, samedi à 12h18 est celui d'un homme angoissé. Un obus venait de s'écraser à quelques mètres de sa maison, comme s'il était une cilbe."

 

Aujourd'hui, devant l'absence de nouvelles concernant son père, il craint le pire:

 

Moiban Yorongar somme l'Elysée de faire pression sur N'Djamena pour que la vérité éclate:

"Qu'on nous montre les corps des disparus. Mieux vaut pleurer un mort que rester dans l'ignorance."

 

A N'djamena, ce week-end sanglant aurait fait un millier de blessés selon la Croix rouge. Le nombre de morts, lui, reste un mystère.

 

Par Cyprien Boganda