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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

 

Par PIERRE CONESSA

La crise « moderne » a commencé dès 1963, trois ans après l'indépendance, et n'a jamais durablement cessé depuis, fonctionnant depuis quarante ans selon une mécanique cyclique :

- Un pouvoir dictatorial à base clanique s'installe. Par exemple, celui du président Tombalbaye qui, dès 1962, interdit les partis d'opposition, et dès 1963, par les exactions de ses agents, suscite des rebellions. Il en a été de même avec les régimes de Hissein Habré, ou aujourd'hui d'Idriss Déby : les avantages du pouvoir sont réservés aux membres du clan présidentiel ; les ressources de l'État systématiquement pillées.



- L'État perd rapidement ses moyens, puisque les fonctionnaires ne sont plus payés et vivent de la corruption et de l'exaction. Parfois, le régime n'a même plus les moyens de payer ses mercenaires, qui doivent vivre sur le pays. La répression frappe les ethnies insoumises (aujourd'hui, les Saras du Sud).

- Peu à peu, la révolte gagne le pays, autour des ethnies insoumises et de celles qui s'estiment simplement défavorisées. Déby, alors chef d'état-major de Habré, avait organisé la révolte des Bideyat et des Zaghawas, qui avaient pourtant soutenu le chef de l'État lors de sa prise du pouvoir en 1979.

- La base sociale du régime rétrécit et l'oblige à utiliser la répression. Les populations civiles subissent les pertes les plus nombreuses : de l'ordre de 40 000 morts sous Habré.

- Le mouvement d'insurrection s'amplifie et finalement prend le pouvoir, en général sans combats significatifs, tant les forces du régime sont affaiblies. Ainsi, Déby mène son expédition sur la capitale avec 500 hommes au départ et 2 000 combattants à la fin. Youssouf Togoïmi, un ancien ministre, qui conduit actuellement une rébellion dans le Nord, contrôlant le massif du Tibesti, rêve d'en faire autant.

- Le nouveau pouvoir, qui tire sa légitimité de sa victoire militaire, promet la « réconciliation nationale ». Un gouvernement « d'union » est créé et un texte « définitif » de l'impossible unité est adopté (Charte fondamentale en 1978, Acte fondamental en 1982, Charte nationale en 1991...).

- Progressivement, la fiction consensuelle se fissure avec l'autoritarisme croissant du chef de l'État, qui refuse de se dessaisir des avantages qu'il tire du pouvoir (exemple : le différend entre Déby et son ministre des Finances sur les ressources de la Cotontchad...) ou qui garantissent sa prééminence et celle de son ethnie. L'assassinat d'opposants devient un mode de gestion politique.

- L'internationalisation de cette guerre clanique peut se produire à n'importe quel stade, chacune des factions allant chercher appui à l'étranger, en fonction de ses liens ethniques traditionnels, de ses besoins d'argent ou d'armes, de solidarités religieuses ou politiques, de sa capacité de propagande ou de ses objectifs affichés... Chaque pays allié (dont la France, mais aussi la Libye) se voit sollicité pour payer les salaires des fonctionnaires, former des cadres, mettre en place de nouvelles structures militaires et régler les soldes...

Source: Jeune Afrique