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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila


Photo: David Hecht/IRIN
Amilcar Contreras, chirurgien en chef de l'équipe médicale de secours du CICR arrivée au Tchad le 2 décembre

NDJAMENA , 20 décembre 2007 (IRIN) - En raison du nombre très élevé des victimes des récents combats entre forces gouvernementales et rebelles dans l’est, une deuxième équipe médicale a dû être envoyée de Genève pour venir prêter main-forte à l’équipe chirurgicale du Comité international de la Croix-Rouge (CIRC) déjà présente au Tchad.

« Dès que je suis arrivé [le 2 décembre], on m’a présenté de nombreux blessés », a expliqué à IRIN Amilcar Contreras, le chirurgien de l’équipe de secours, alors qui prenait une pause après une intervention chirurgicale à l’hôpital La Liberté de N’Djamena. « Certain patients étaient là depuis près d’une semaine, attendant d’être opérés, tandis que d’autres venaient juste d’arriver ».

Il a fallu rapidement mettre en place un système de triage pour traiter en priorité les cas les plus urgents, a indiqué M. Contreras.

« J’ai été confronté à des cas très graves, comme celui d’un jeune homme qui avait reçu un éclat d’obus dans l’œil », a raconté M. Contreras. « La seule solution était d’enlever l’œil complètement ; il faillait le faire rapidement pour éviter que l’infection ne se propage et qu’il ne perde la vue avec le deuxième œil.

Au préalable, M. Contreras a dû avoir le consentement du patient pour pratiquer cette opération, mais cela n’a pas été facile.
« Il m’a dit qu’’il préférait plutôt avoir recours à la médecine traditionnelle. J’ai dû alors le convaincre que personne ne pouvait sauver son œil et que si je ne le lui ôtais pas son état de santé s’aggraverait ».

Selon M. Contreras, la plupart des blessures survenues au cours des combats étaient des blessures par balles ou par éclats d’obus.
« En fait, il est parfois difficile de faire la différence, surtout lorsqu’une balle transperce un organe, puis atteint un autre », a-t-il souligné. « La balle a traversé tant de structures osseuses et de tissus qu’elle finit par être complètement déformée et ressembler à un éclat d’obus ».

Les chirurgiens de guerre n’ont pas besoin d’être des experts en balistique pour faire leur travail, a-t-il ajouté. « Qu’il s’agisse de balles à pointe chemisée ou de balles à pointe creuse, peu importe. Ce qui m préoccupe ce sont les dégâts causés au corps par le métal », a-t-il indiqué.

Films de guerre

Lorsqu’un morceau de métal se loge dans une partie du corps qui n’est pas un organe vital, les chirurgiens de guerre le laissent et ne se soucient pas de l’extraire.
« Dans les films de guerre on voit toujours des chirurgiens occupés à extraire des balles du corps d’un blessé, mais dans la réalité, cela ne se passe pas comme cela », a-t-il affirmé. « Une balle fait un petit trou lorsqu’elle pénètre dans le corps et pour l’en extraire, il faut faire un trou plus grand. On finit en fin de compte à faire plus de dégâts que la balle ».

Les films de guerre montrent aussi souvent des scènes où on voit un chirurgien poser des points de suture à des soldats blessés sur le champ de bataille, a-t-il ajouté.
« Le problème avec les champs de bataille est que ce sont des endroits insalubres ; donc dans bien des cas, c’est une erreur de suturer une plaie dans de telles conditions car la plaie n’est pas nettoyée et il est impossible de soigner l’infection qui s’en suit ».

C’est une erreur que commet souvent le personnel médical mal formé à la chirurgie de guerre, a-t-il fait remarquer.

En réalité, les blessés de guerre subissent deux opérations, a indiqué M. Contreras. La première consiste à ouvrir le tissu touché par la balle et à nettoyer la plaie ; la deuxième, qui a lieu généralement deux jours après, consiste à refermer la plaie.

Des moyens pour soigner les civils

Alors que les hôpitaux de N’Djamena par les soldats blessés, dans les jours qui ont suivi le début des combats en fin novembre, le CICR devait également continuer d’assurer la charge habituelle des opérations des patients civils.

« Nous nous assurons toujours que nous avons une capacité de réserver pour soigner les civils », a dit M. Contreras. « C’est un principe du CICR qui veut que quand une personne est blessée d’un accident de voiture ou dans d’autres circonstances, elle ne doit être soignée ».

Le CICR doit trouver en juste équilibre entre ce principe et le droit humanitaire international concernant les victimes de guerre, a indiqué Thomas Merkelbach, le chef de la délégation du CICR à N'Djamena.
« Les personnes blessées ne participant plus aux combats ont droit à un traitement médical immédiat », a-t-il souligné.

Trois objectifs principaux

En fait, les médecins du CIRC pratiquant des interventions chirurgicales sur des soldats blessés ont trois objectifs principaux : d’abord sauver la vie du combattant, ensuite sauver ses membres, puis sauver les fonctions des membres et des organes. « C’est ce que nous devons toujours faire », a-t-il indiqué.

Mais parfois, ces trois objectifs entre en conflit les uns avec les autres.
« Certaines personnes veulent toujours que nous leur sauvions un membre même lorsque nous leur expliquons que leur vie est en danger », a expliqué M. Contreras. « Et peu leur importe quand nous leur disons qu’ils ne pourront plus avoir l’usage de ce membre ».

Choisir de pratiquer une amputation est une décision difficile à prendre, a-t-il ajouté. « Cette semaine, j’avais un jeune homme de 26 ans dont une jambe était si déchiquetée que je n’ai eu d’autre choix que de l’amputer ».

« C’était vraiment triste, mais que pouvais-je faire ? », a-t-il déploré. « C’est la guerre pour vous ».

Cela ne veut pas dire que les chirurgiens de guerre sont insensibles à la souffrance des soldats blessés, a-t-il poursuivi. Il n’est pas bon non plus de faire preuve de trop d’empathie, sinon vous êtes vite épuisés. Il faut trouver le bon équilibre pour s’en sortir », a-t-il affirmé.

L’un des meilleurs souvenirs de M. Contreras, au cours des 10 jours passés à opérer des blessés, a été les soins apportés à un combattant qui avait un trou de balle dans la poitrine.
« La balle l’a transpercé et est sortie par le dos. Il n’a eu que cinq côtes cassées », a-t-il précisé. « Aucun organe vital n’a été touché ce qui signifie que nous n’avons même pas eu à l’opérer », a-t-il dit. 

Source: IRIN