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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Makaila

Dans sa réponse aux voeux du Comité Islamique à l'occasion de l'Eid al Adha (Tabaski), le Président Idriss Deby Itno dit : "Trop de liberté tue la liberté. Avec trop de libertés, nous retombons dans le désordre. Trop de démocratie détruit la société. Quand je dis que trop de liberté tue la liberté cela veut dire que, vous tuez la liberté de l’autre en exagérant de votre liberté. Le moment est venu pour que chacun reconnaisse le droit et travaille dans le respect de l’autre, dans le respect de la loi. Et qu’avec la démocratie dans cette limite permise, chacun travaille et s’exprime."

On serait tenté d'applaudir ces remarques du Président Tchadien, si seulement la démocratie avait pris racine au Tchad comme cette déclaration le fait croire. La réalité est tout autre. Le Tchad est un pays qui se cherche. Certes plus de 80 partis politiques sont enregistrés et légalisés mais comme le faisait remarquer il n'y a pas longtemps l'ancien Premier Ministre Alingué Bawoyeu, la plupart de ces partis sont dirigés par des tchadiens de la zone méridionale. Cette situation pose déjà un problème qui trouve son pendant dans le recours aux armes des compatriotes du Nord qui, eux, sont privés de cette liberté de créer des partis politiques qui pourraient concurrencer le Mouvement Patriotique du Salut.

Dans un tel contexte, peut-on parler de démocratie et de liberté? Certainement non et pour cause. La démocratie, si elle existe, doit être l'affaire de l'ensemble de la communauté nationale sans distinction. Il suffit de se référer à la définition de ce mot grec : "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple." Si une partie du peuple est exclu du processus, on peut aisément conclure qu'il y a vice de forme.

Quant à la liberté, elle est un droit fondamental de l'homme. Evidemment, elle s'exerce dans le cadre de la loi et comme on le dit assez souvent, "ma liberté s'arrête là où commence celle des autres." Encore faudra-t-il que cette liberté soit respectée! Ce qui n'est pas souvent le cas au Tchad où certains tchadiens ont plus de droits que d'autres ou, en d'autres termes, certains se considèrent plus tchadiens que d'autres. Nous vivons cela tous les jours.

Si un journaliste écrit un article qui prête à caution, dans un pays normal, on n'envoie pas les policiers l'enlever de chez lui et on ne ferme pas son journal. Les règles démocratiques exigent que les personnes visées portent plainte et que le journaliste soit entendu selon la loi. En allant enlever le journaliste chez lui et en décidant de la fermeture de son hebdomadaire, les autorités donnent une fois encore la preuve que le Tchad est encore loin de la démocratie.

Par ailleurs, si les tchadiens de toutes conditions sociales étaient libres, si le Tchad était déjà une démocratie, les querelles ne déboucheraient certainement pas sur la lutte armée. C'est parce que les mécanismes de dialogue ne fonctionnent pas que les compatriotes sont obligés de recourir aux armes surtout que le système politique qui devrait permettre l'alternance des hommes à la direction du pays est bloqué. On constate, et c'est un constat et donc pas une critique, que le pouvoir d'Etat est confisqué au profit d'un homme.

Dans ces conditions, il y a lieu de faire un examen retrospectif pour prendre un nouveau départ. Sans une telle approche, la guerre civile que le Président Idriss Deby Itno dit vouloir éviter au pays en allant lui-même diriger les combats à l'est ne sera pas évitée. C'est en ayant cela à l'esprit que nous appelons au dialogue inclusif de paix.

Ce dialogue de paix devra être l'occasion pour les participants de dire pourquoi le Tchad ne connait pas de paix de plus de 40 ans. Une fois les causes identifiées et avec l'aide des organisations internationales et régionales et des pays amis, les tchadiens devront pouvoir penser autrement leur pays pour vivre, ensemble, dans la paix et la concorde nationales. Il ne s'agit pas là d'une simple vue de l'esprit. Les nombreuses voix qui s'élèvent pour appeler à ce dialogue ne sont pas que celles des opposants au Président Idriss Deby Itno et à son régime.

Dans ce chapitre, le message de Noël des évêques du Tchad pose très bien le problème et nous offre aussi des voies de solution. Nous devons non seulement prier pour la paix mais la vouloir au plus profond de nous-mêmes. Parler de paix en se donnant des baisers de Judas n'apportera pas la paix. Nous en avons suffisamment vécu des exemples pour le savoir.

Et lorsqu'on aime son pays, on doit être prêt à tous les sacrifices, non pas seulement en allant faire la guerre, mais aussi en prenant les décisions les plus courageuses, y compris l'abandon d'une partie des prérogatives présidentielles qui posent le problème de l'exercice abusif du pouvoir. C'est aussi cela l'abnégation et le renoncement de soi si c'est ce qu'il faut pour que le pays connaisse enfin une paix durable

http://boulandi.blogspot.com