Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Makaila

red-brody.jpgIl y a deux ans, à Dakar, M.Reed Brody,juriste avocat de l’organisation américaine Human Rights Watch nous avait accordé une interview sur un contentieux juridico-politique qui oppose M.Hissène Habré et des ressortissants Tchadiens pour des cas de violations des droits de l’homme lors de son exercice au pouvoir.

Aujourd’hui, basé à Bruxelles,(Belgique) Reed Brody est le conseiller juridique et porte-parole de son organisation pour toute l’Europe.Il revient sur cette affaire en  déplorant la lenteur du dossier au niveau du Sénégal. Il affirme que tant la machine judiciaire n’est pas lancée, il ne peut se prononcer sur un procès.

Concernant les violations des droits humains au Tchad, le juriste conseiller de HRW dit que son organisation n’est pas complaisante avec le régime de Ndjaména et avance à titre d’exemple, le rapport sur les enfants soldats enrôlés dans l’armée tchadienne.

Pour lui, Robert Mugabé n’est  malheureusement pas le seul dirigeant infréquentable du continent. Il aurait plutôt aimé que le sommet UE/Afrique fasse une différence avec  ce qui se passe en Somalie où les civiles croupissent sous les bombes, dénonçant au passage l’immigration suicidaire des jeunes africains vers l’Europe.

Interview à lire…..

 1.Tribunecoum: Bonjour M. Reed Brody! Depuis quelques années, vous êtes l’avocat des victimes de M.Hissène Habré. La justice sénégalaise  s’était déclarée incompétente en 2005 puis a rejeté la demande d’extradition vers la Belgique de l’ancien Président Tchadien. Lors du sommet de l’Union africaine de Banjul,  le Sénégal s’est vu attribuer la responsabilité d’organiser le procès de M. Hissène Habré, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Reed Brody :
Apres avoir refusé de juger puis d’extrader M. Habré, le Sénégal a saisi l’Union africaine qui s’est prononcée, un an plus tard à Banjul en 2006, pour demander à Dakar « de faire juger, au nom de l’Afrique M. Hissène Habré ». Les victimes se sont donc retrouvées à la case départ…six ans après avoir initialement déposé plainte à Dakar. Aujourd’hui, encore 17 mois ce sont écoulés depuis la décision des chefs d’Etat africains, on constate que la justice du Sénégal n’a toujours pas commencé son travail. C’est regrettable, d’autant plus que la mort, elle, n’a pas perdu de temps : plusieurs victimes qui avaient déposé une plainte sont décédées depuis.

Nous avons félicité le Sénégal qui a adopté en février 2007 une loi qui permet de juger M. Habré, mais depuis nous attendons toujours que les autorités lancent la machine judiciaire. Rien ne s’oppose à ce qu’un juge soit nommé et débute son enquête.

Aujourd’hui, nous déplorons l’inertie des autorités sénégalaises…et nous ne sommes pas les seuls : il y a quelques semaines, le Comité des Nations unies contre la torture a rappelé au Sénégal qu’il n’a toujours pas appliqué ses recommandations de juger Habré faites en mars 2006. L’Union africaine a nommé Robert Dossou, ancien ministre béninois des Affaires étrangères et de la Justice comme envoyé spécial de l’UA pour suivre les démarches du Sénégal. Interrogé par la presse si la procédure progressait trop lentement, Dossou a répondu: "C'est pour cela que l'UA a décidé de nommer un représentant."

2.Tribunecoum : Un procès équitable de Hissène Habré mobiliserait un fonds. Le Sénégal avait proposé un budget jugé  élevé puis révisé par le Président Me Abdoulaye Wade.  Y a –t-il des pays prêts à financer  l’organisation de ce procès  qui demande un réelle implication de la communauté internationale ?

Reed Brody : Il est certain que le Sénégal soit soutenu dans l’organisation de ce procès qui comporte de nombreux défis. L’affaire Habré est une opportunité historique pour le continent africain de démontrer la force de sa justice et sa capacité de lutter contre l’impunité, la communauté internationale doit s’impliquer. Nous avons réalisé un travail important de lobbying international pour mobiliser tous les donateurs potentiels dans ce dossier. L’Union européenne, la France, la Belgique, les Pays-Bays, le Canada et la Suisse, aideront le Sénégal à organiser le procès. L’UE enverra bientôt une mission à Dakar.

 Notre priorité est qu’Habré soit jugé avec toutes les garanties d’un procès équitable.

 Et l’un des plus grands défis serait d’assurer l’accessibilité du procès au peuple tchadien qui a souffert sous le régime Habré . A notre avis, un programme de sensibilisation significatif, comme celui qui a été appliqué par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, est nécessaire. Les donateurs doivent s’assurer que le procès à Dakar soit accessible aux Tchadiens, compris par eux et stimule leur propre compréhension du passé et la recherche de la justice.

 3.Tribunceoum : Votre organisation Human Rights Watch et la Belgique semblent posséder déjà un dossier d’enquête alors que  les autorités Sénégalaises envisagent  reprendre à zéro la procédure. Qu’en pensez-vous ? 

 Reed Brody : Le travail de la justice belge est colossal dans ce dossier. Saisi par les victimes, un juge a enquêté des années durant : il s’est rendu au Tchad, il a recueilli de nombreux témoignages de victimes et a procédé à de nombreuses expertises juridiques. Des années de travail minutieux seraient perdues si les autorités sénégalaises décidaient d’ignorer le dossier belge. Il ne s’agit pas pour le Sénégal de faire un « copier-coller » du dossier belge, mais d’intégrer des éléments matériels à l’enquête sénégalaise.

Le Sénégal économiserait du temps et de l’argent. Il en va aussi du respect des victimes dont certaines sont décédées depuis leur témoignage devant le juge belge. Pour ce qui est de l’implication de Human Rights Watch dans cette affaire, j’aimerais souligner qu’il s’agit d’une continuité de notre travail après le précédent Pinochet qui nous a permis de développer des outils de justice internationale novateurs.

Depuis que nous nous sommes rendus au Tchad à l’appel des victimes en 1999, nous avons travaillé sans relâche avec l’association des victimes de crimes et répressions politiques au Tchad (AVCRP) avec qui nous avons découvert les archives de la police politique de Habré. Ces archives retracent par le détail la façon dont Hissène Habré a planifié et organisé des campagnes de nettoyage ethnique contre les Zaghawas en 1989, Hadjerais en 1987, et contre les cadres sudistes en 1983 et en 1984. Une première analyse de ces documents retrace le nom de 12’321 victimes dont 1’208 sont décédées en détention.

Les crimes dont M. Habré est accusé sont graves et les preuves sont très solides. Nous souhaitons qu’il puisse s’en expliquer rapidement devant un tribunal.