Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Alerte Info: Médias au Tchad- Reporters Sans Frontière (RSF) est préoccupé par le risque élévé qui pése sur les journaux tchadiens indépendants menacés de fermeture. L'Organisation a appellé la HAMA à renoncer à ces sanctions qui ne se justifient pas // La candidature à la présidentielle 2021 du Maréchal Idriss Deby contestée dans un mémorandum signé par plusieurs partis d'opposition au Tchad qui appellent ce dernier à renoncer à se présenter //

Archives

Publié par Mak

Tchad: le MCPLC interpelle la HAMA et Dieudonné Djonabaye

 

MOUVEMENT CITOYEN POUR LA PRÉSERVATION

DES LIBERTÉS (MCPL)
Quartier Habbéna-avenue du 10 octobre
BP 4296 N’Djamena – Tchad ; Tél. (+235) 66 37 71 05
Compte bancaire UBA n° 6000805701-70103100018-54
N’Djaména, le 15 octobre 2020
A
Monsieur le Président de la Haute Autorité des Media et de l’Audiovisuel (HAMA)
Objet : Protestation
Monsieur le Président,
Je vous écris pour exprimer mon inquiétude profonde face à la régression de notre jeune démocratie, au regard des menaces sérieuses qui pèsent sur la presse indépendante privée.
Point n’est besoin de vous rappeler que l’un des baromètres de la démocratie est la liberté de presse.
Or, ce qui se passe ces derniers temps au Tchad donne une douche froide ; en un court laps de
temps, le journal Abba Garde est suspendu pour 12 mois ainsi que son directeur de
publication interdit d’exercer pour une période de douze (12) mois également. Une peine
maximale jamais enregistrée dans l’histoire de la presse tchadienne. Le 7 septembre 2020, par
décision N°26/HAMA/SG/2020, la Haute Autorité des Media et de l’Audiovisuel(HAMA)
suspend douze (12) journaux pour trois (03) mois au motif de non-conformité à la loi. Il s’agit
de : Le Haut-Parleur, Le Baromètre, La Suggestion, Tchad Alyom, Lalekoum, Al Nahda, Chabab Tchad, Atihad, Le Potentiel, Al Khabar, Al Ayam et Al Haya.
 
Vous citez à loisir l’article 17 de la Loi N°31/PR/2018 du 3 décembre 2018 portant ratification de l’Ordonnance N°025/PR/2018 du 29 juin 2018 relative au Régime de la Presse écrite et des Media électroniques au Tchad qui dispose que « Tout organe ou périodique doit avoir un Directeur de Publication et un Rédacteur en Chef, tous deux formés en journalisme avec Bac+3 au moins », et l’article 123 de la même loi et même ordonnance : «
Les organes ou périodiques de presse écrite, en ligne ou blog existants à la date d’entrée en vigueur de la présente loi ont un délai de six (06) mois pour se conformer aux nouvelles dispositions. » Ces dispositions sont simplement une aberration puisque la loi ne dispose que pour l’avenir. Le principe de la non-rétroactivité de la loi (article 2 du Code civil français de 1958 dont le Tchad continue à faire usage), un principe élémentaire en droit, signifie qu’une loi nouvelle ne peut s’appliquer qu’à des faits ou actes juridiques qui se sont passés après qu’elle ait acquise force obligatoire. Car il s’agit des droits acquis. Ce qui se passe actuellement, c’est exactement comme si l’on se retrouve dans un pays où l’on vote une loi pour punir les voleurs de canards, et l’on procède illico presto à la recherche de tous les voleurs de canards il y a vingt, trente ans. Demander à un directeur d’un journal un diplôme en journalisme, c’est méconnaître les talents de Pius Njawé, le fondateur et directeur de publication du journal camerounais Le Messager, qui n’a que le Certificat d’Etudes Primaires
Elémentaires, ou Laurent Sadoux, de triste mémoire, présentateur vedette de RFI il n’ya pas longtemps, Saint Beuve Mery, fondateur du célèbre journal français Le Monde ou encore Victor Hugo, fondateur de L’Evénement. En suspendant 12 titres de la presse écrite en septembre pour défaut de mise en conformité à la loi, vous avez montré à la face du monde l’étendue de votre acharnement contre les promoteurs des organes de presse privée qui, pour la plupart, ne sont pas passés par l’école de journalisme. D’ailleurs, le pays n’en dispose pas.
 
L’autorité de régulation doit plutôt encourager les promoteurs des journaux à être de véritables entreprises de presse. Un diplôme est une présomption de connaissances ; avoir un diplôme en journalisme ou un diplôme de second cycle de l’université ne garantit pas que l’on est meilleur et que l’on ne commettrait pas des fautes préjudiciables à autrui.
 
Monsieur le Président,
 
En date du 18 septembre 2020, vous avez adressé des lettres qui tiennent lieu de mise en demeure à quelques journaux dont N’Djaména Hebdo, Le Citoyen, La Voix, Eclairages
invoquant toujours les dispositions de la loi sus-citée. « La HAMA, après vérification de niveau de formation et des diplômes des Directeurs de Publication et Rédacteurs en Chef des différents organes et périodiques exerçant en République du Tchad constate que ... » tel n’a pas la qualité d’occuper le poste. Alors, la Hama est-elle devenue l’ONECS (Office national des examens et concours du supérieur) pour vérifier les diplômes ? C’est l’institution qui attribue le titre et la fonction aux gens ? Cela ressemble à un abus de pouvoir et d’autorité. C’est un acharnement qui ne s’explique pas.
La liberté de presse est un principe universel et constitutionnel consacré. Le Tchad a ratifié de nombreuses conventions qui font une part belle à la liberté de presse. Il doit aménager sa législation en conséquence.
En réponse à tout cela, nous envisageons organiser une série d’actions, de concert avec les Directeurs de Publication, les activistes et les militants des droits de l’homme.
Nous demandons de cesser tout harcèlement contre la presse privée. D’ailleurs nous appelons de tous nos vœux à retoquer la loi en question qui est liberticide, une sorte de répression
permanente mieux une épée de Damoclès qui pèse sur les organes de la presse privée. Car, au lieu de s’en tenir au rôle de régulateur des médias, vous vous affichez comme le censeur des
médias avec pour cible principale la presse privée. Que de manquements énormes liés au professionnalisme au niveau de la presse publique, jamais une mise en demeure ! Et c’est
cela la République