Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Alerte Info: Département de la Tandjilé- le ministre de l'administration du territoire, Mahamat Ismail Chaïbo a relevé de ses fonctions le préfet nommé par un décret pour le remplacer par un autre qu'il nomme par un message radio //

Archives

Géo-localisation

Publié par Mak

Où est passée l’agence BEAC d’Ebolowa ?

Lancé depuis 2018, le processus d’attribution du marché de construction de cette agence n’a jamais abouti.

 

Par son envergure infrastruc­turelle et économique, ce n’est pas encore un éléphant blanc. Mais c’est déjà, sans conteste, un éléphanteau blanc. Depuis plusieurs années mainte­nant, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), a décidé de construire une agence à Ebolowa, chef-lieu de la région du Sud. Lorsque cette décision avait été prise, des élites de cette région, en particulier celles qui assument de hautes responsabilités au sein de la Banque centrale des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) que sont le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République Centrafricaine et la Guinée Équatoriale, avaient publiquement mani­festé des velléités d’en faire une récupération politique : la région du Sud, celle dont l’actuel chef de l’Etat Paul Biya est natif, fait l’objet, depuis plus de 10 ans main­tenant, l’objet d’un flux mas­sif d’investissements publics : routes, barrages, centrales, port, adduction d’eau…, l’Etat du Cameroun semble ne plus compter les ressources qu’il y injecte pour améliorer les conditions et la qualité de vie des populations locales, mais surtout, pour faire de cette région, l’un des centres névralgiques du système éco­nomique national.

 Il fallait dès lors, pour faire bonne mesure, la doter d’une agence de la Beac pour garantir la disponibilité et la régulation optimales des liquidités qui y affluent dans le cadre de cette stratégie. Sauf que jusqu’au moment où ces lignes sont écrites, ce 24 avril 2020, pas une pierre n’est sortie de terre dans le cadre de ce projet. Pire, le processus d’adjudication du marché relatif à la construc­tion de l’immeuble devant abriter les services de cette agence, lancé le 18 juillet 2018, n’a pas encore été clos, près de deux ans après.

>>Lire aussi-Coronavirus: la Beac gravement infectée

Favoritisme

Que l’on s’en souvienne. Courant février 2020, Ama­dou Ahmadou, Directeur général de DNB International Sarl, une entreprise came­rounaise spécialisée dans les prestations de services, le commerce général, les tra­vaux publics et les bâtiments, écrivait au président de la République du Cameroun, Paul Biya, pour dénoncer les conditions d’attribution de ce marché à la société Africa Corporation Tchad (Afcorp).

Pour documenter sa dénon­ciation, Amadou Ahmadou mobilisait deux arguments : le premier rang obtenue par son entreprise selon lui, au terme de l’évaluation des offres financières des entreprises soumissionnaires ; le fait que le marché ait finalement été attribué à une entreprise bat­tant pavillon tchadien, plus-disant (Afcorp avait gagné le marché pour un montant de 12,4 milliards Fcfa) que la sienne, « alors qu’on se serait attendu (au nom de la préférence nationale) à ce marché fût attribué à (une) entreprise nationale qui avait la meilleure offre technique suivant l’évaluation du maître d’oeuvre, et le prix le moins élevé». Informé de ce que Africa Corporation Tchad est au surplus dirigé par Daoussa Itno Deby, frère aîné du chef de l’Etat tchadien, Idriss Deby Itno, à qui le gouverneur de la Beac, Abbas Mahamat Tolli, doit toute sa carrière et dont il est l’un des intimes, Amadou Ahmadou n’a pas hésité à y voir du « favoritisme ».

Portée sur la place publique par EcoMatin dans son édi­tion du 20 mars 2019, l’affaire a immédiatement valu à votre journal un droit de réponse de la Beac que cette dernière a soigneusement évité de lui adresser. Dans ce document porté à quelques confrères, la Beac y livre sa version des faits : DNB International n’a jamais été classée première à l’issue de l’examen des offres financières des entreprises soumissionnaires; le choix de Africa Corporation Tchad, décidé par le gouvernement de Beac et non par le gouver­neur de l’institution, s’est fait en stricte conformité avec les procédures de la banque cen­trale.

>>Lire aussi- La Beac autorisée à injecter plus de 500 milliards dans la sous-région

Plaidoyer

N’ayant rien à se reprocher, la Beac aurait dû tout logique­ment poursuivre le processus d’attribution du marché. Mais selon des sources concor­dantes à la Beac, le gouver­neur de la banque, Abbas Mahamat Tolli, n’a jamais signé la lettre de notification de l’attribution de ce marché à l’entreprise adjudicatrice, Africa Corporation Tchad.

 « Le gouverneur, qui sait que des pressions sont venues de ses collaborateurs pour que le marché soit attribué à DNB International Sarl et que la lettre de dénonciation du DG de cette entreprise qui a fait si mal à sa réputation et à son image, a été inspirée de l’inté­rieur, estime avoir été très mal récompensé pour avoir décidé de dépoussiérer un dossier qui était resté jusque-là dans les tiroirs. La mauvaise publi­cité organisée autour de cette affaire et les accusations dont il a fait l’objet l’ont amené à remettre le dossier dans les mêmes tiroirs », assure un responsable de l’institution. « Aujourd’hui, tout ce que l’on veut, c’est que cette agence soit construite. Quelle que soit l’entreprise qui la construit, la région du Sud et le Cameroun ont besoin de cette agence », plaide un cadre de la Beac, originaire de la région du Sud.