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Alerte Info: Au Tchad, 41 partis politiques signataires d'une lettre ouverte qui interpelle Idriss Deby sur le processus électoral et le climat politique délètère dans le pays //

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Publié par Mak

Emmanuel Macron s’est rendu les 22 et 23 décembre au Tchad, où il a rencontré le dictateur Idriss Déby et réaffirmé que « aucun retour n’est prévu dans l’immédiat » Paris Match , 26/12) au sujet de l’opération Barkhane, célébrée également dans l’émission « Noël avec nos soldats » (France 2, 26/12). Quelques jours plus tôt, nous avions reçu cette tribune d’un lecteur tchadien.

Depuis la contestée de M. Idriss Déby Itno, en avril 2016 pour un nouveau mandat à la tête du Tchad, le pays vit dans la léthargie la plus totale, tandis que l’homme fort de N’Djamena bénéficie comme toujours du soutien inconditionnel de la France. D’abord, il a abaissé de façon unilatérale le salaire des fonctionnaires qui gagnent environ 400 euros mensuellement. Prétextant d’une crise financière, qui est mondiale en effet, le gouvernement tchadien a cru bon de ponctionner le salaire de ses fonctionnaires pour, dixit les gouvernants de ce pays enclavé et désertique d’Afrique centrale, «  faire des économies afin de juguler la crise économique ».
Ensuite, la répression s’est abattue sur les opposants et les organisations de la société civile, notamment les jeunes de la plateforme Iyina, qui signifie en arabe dialectal tchadien « Nous sommes fatigués ! ». La police politique, agissant sous les ordres de M. Déby et ne rendant compte qu’à lui seul, la très redoutable agence nationale de sécurité (en abrégé ANS), traque, arrête, emprisonne et torture impunément. Plusieurs disparitions sont fréquemment signalées et des enlèvements se font souvent nuitamment. Aucune voix discordante n’est tolérée. La répression vise toutes les couches sociales de la société tchadienne, et en particulier la communauté musulmane à laquelle M. Déby appartient.

Du vieux pour faire du neuf

Enfin, contre toute attente et fort de ses nouveaux pouvoirs, le dictateur tchadien a décidé, lors d’un simulacre de Forum, forum prétendument inclusif, de mener des « réformes politiques ». Celles-ci ont conduit à la modification de la Constitution de la 3ème République. Les travaux, d’ailleurs boycottés par une partie de l’opposition politique et la grande majorité de la société civile, ont consacré une 4ème République ! On a pris du vieux pour faire du neuf : la seule nouveauté réside dans le fait que les autorités politiques devront désormais prêter serment avant de prendre fonction. C’est le « serment confessionnel ». Cette pratique cristallise déjà les passions : les chrétiens dans leur grande majorité (catholiques et protestants compris) ont dénoncé une volonté d’écarter certains Tchadiens de la gestion des affaires publiques. Ils arguent notamment que leur foi ne leur permet pas de prêter serment au nom de leur Dieu. Jurer au nom de Dieu serait, d’après leur argumentaire, s’exposer à des sanctions après la mort. Mais là n’est pas véritablement le problème du Tchad.

Déby et le soutien français

Le problème du Tchad est la pérennisation de M. Idriss Déby Itno au pouvoir, aidé en cela par la France. En 1990, quand il accédait au pouvoir, je n’avais que 8 ans. Malgré mon jeune âge, je percevais l’espoir que le départ de M. Hissein Habré suscitait sur le visage des adultes qui nous entouraient. Il y avait comme un soulagement, la fin d’une époque sombre, l’espoir de voir enfin le Tchad prendre le chemin de la liberté. Mais que nenni ! Cet espoir-là allait être déçu un ou deux ans plus tard quand les combattants de Déby commencèrent à assassiner, à violer, à torturer, à massacrer et à piller impunément. La première victime populaire fut l’avocat Joseph Behidi. D’autres malheureusement suivront plus tard à l’instar du professeur Ibni Oumar Mahamat-Saleh, en février 2008. De 1990 à aujourd’hui, la situation n’a guère changé. Les mêmes pratiques de l’ancien régime du dictateur Hissein Habré continuent sous le régime d’un autre dictateur tout aussi mégalomane et paranoïaque que le précédent.
En plus de 28 ans de pouvoir sans partage, le clan Déby a su asseoir au Tchad un pouvoir prédateur, corrompu, répressif, clientéliste, despotique et j’en passe ! Là où le bât blesse, c’est que cette dictature est portée à bout de bras par les gouvernements successifs français qu’ils soient de gauche ou de droite, depuis François Mitterrand. Certaines officines françaises voudraient nous faire croire que ce soutien apporté par la France à l’un des despotes les plus sanguinaires du 21ème siècle l’est au nom de la stabilité du Sahel, au nom de la lutte contre le terrorisme : ce jeu de dupes, nous jeunes Tchadiens, le dénonçons !
A l’heure où j’écris ces lignes, ce dictateur, ami de la France, refuse de payer les salaires des fonctionnaires ; il continue de faire enlever des activistes, des opposants mais le soutien de la France demeure intact, sur le plan politique et militaire. La France joue à un jeu très dangereux pour les relations futures entre elle et le peuple tchadien. Nous savons en effet qu’elle est au courant de toutes les exactions commises par ce régime immonde puisqu’elle soutient et conseille la police politique de M. Déby ! Mais nous ne demandons pas à la France d’agir en notre place ni de chasser M. Déby de son palais : nous exigeons de la France qu’elle ne soutienne plus des dictatures abjectes et prédatrices comme celle de M. Déby.

Gardienne des frontières

Les jeunes du Tchad sont aujourd’hui désabusés. Ils n’ont plus de repères et leurs rêves de bâtir leurs vies s’évanouissent à cause d’un tyran soutenu par la France. Face à la désillusion, ils n’auront qu’une seule alternative : partir coûte que coûte ! Bien entendu, cet exode, je ne le souhaite pas et ne l’encourage pas non plus ! Seulement, le Tchad actuel n’offre plus de garanties et très peu d’alternatives pour les jeunes. Les universités tchadiennes ne forment plus comme il le faut. Le chômage va galopant et le manque de travail encourage l’alcoolisme, le grand banditisme et la perte des valeurs simplement humaines comme le respect, l’honnêteté et la solidarité.
Pour l’instant, il y a très peu de jeunes Tchadiens parmi les Africains qui choisissent de traverser la Méditerranée pour se rendre en Europe. D’ici quelques années, ils pourraient être de plus en plus nombreux à tenter leur chance, et la France sera sans doute leur principale destination. Et en réponse, la France et l’Union européenne voudraient que cette dictature qui nous poussera à fuir, serve à retenir les candidats à la migration sur place ? Qu’elle devienne la gardienne des frontières extérieures de l’Europe ? Cette politique va droit dans le mur. C’est un cri d’alarme et un coup de gueule !
Al-Khatib Noor