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Alerte Info: Au Tchad, 41 partis politiques signataires d'une lettre ouverte qui interpelle Idriss Deby sur le processus électoral et le climat politique délètère dans le pays //

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Publié par Mak

Tchad: lettre ouverte à Mme Henda Deby

LETTRE OUVERTE

A MADAME LA PREMIERE DAME DE LA REPUBLIQUE,
PRESIDENTE DE LA FONDATION GRAND CŒUR

MADAME LA PREMIERE DAME,
La province du Borkou fait face à d’énormes difficultés tant sécuritaire, sanitaire qu’environnementale. Ces difficultés sont un frein à son développement économique, social et politique et constituent un obstacle pour la paix au niveau national. Les pouvoirs publics et les ONGs nationales (excepté l’ONG HDS et l’association de dar Djourab) et internationales ont déserté cette région et ne financent pratiquement aucune activité aussi minimes soit-elle. C’est une situation alarmante et grave car la province du Borkou est riche et possède d’énormes potentialités inexplorées et inexploitées. Il n’y a pas de raison que dans l’échiquier national, le Borkou n’est pas sa place. Dans un pays, toutes les composantes sociales ont leur place et méritent l’attention du gouvernement et des partenaires de la société civile et du privé. C’est à ce titre que je vous écris et souhaite attirer l’attention de votre organisation sur la situation sociale au Borkou, en particulier sur trois (03) problèmes majeurs qui touchent actuellement le Borkou. Je sais que la Fondation Grand Cœur œuvre inlassablement pour la prise en charge des couches sociales vulnérables et ne cesse d’apporter son soutien là où le besoin se fait sentir. Actuellement, le Borkou doit faire face à 3 grandes contraintes :
1. La pénurie d’eau : Ce n’est pas une situation nouvelle. Cette pénurie est récurrente à Faya Largeau et dans ses bourgades (Djourab, Kouba Olanga et Soullo ou souliate). L’eau manque pour le cheptel camelin, les puits sont peu par rapport aux besoins du cheptel. Même si les populations locales tirent leur épingle du jeu, le bétail souffre. Quand on connait la quantité du cheptel camelin, le manque d’eau peut être dévastateur. Par ailleurs, les camelins décèdent faute de prise en charge médical (vaccins, médicaments, soins).

2. Le déboisement et la perte des rares oasis : au début des indépendances, Faya était fière de ses nombreuses oasis et des diverses cultures maraîchères qui s’y pratiquaient (raisins, tomates, melons, oignons, ail, salades, carottes, concombres, piments, poivrons etc.). Hélas, ce que je viens d’écrire appartient au passé. Le désert a pris le pas sur le verdoyant espace vert qu’était Faya avec ses oasis. Aujourd’hui, quand ce n’est pas le sable qui menace, c’est le feu qui dévaste. Les oasis brûlent fréquemment. L’urgence est donc signalée.

3. L’absence d’enseignants, de fournitures scolaires et de salles de classe : A ce niveau, que dire de plus ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les fonctionnaires affectés refusent de rejoindre leur poste, les écoles et les salles de classes sont vétustes et délabrées et servent de domicile aux araignées, hirondelles et autres chauves-souris. Il n’y a pas de fournitures scolaires et les élèves font avec les moyens du bord. En bons et dignes fils Borkou, les populations locales ont su s’adapter aux conditions scolaires précaires de leurs progénitures.

Madame,
Face à toutes ses contraintes et malgré les nombreuses demandes et appels à l’aide que je n’ai cesser de lancer soit à titre individuel soit à titre collectif et qui sont restés sans suite, je viens par la présente lettre ouverte relancer un dernier appel de détresse.
La belle région du Borkou mérite l’attention nationale car ses contraintes sont nombreuses et sa précarité de plus en plus criarde. Il faut oser prendre urgemment des mesures idoines pour atténuer ces contraintes. Ce sont des initiatives simples mais très attendues Madame la Première Dame !
L’humanitaire ne se trouve pas uniquement dans les grandes villes et dans la capitale. Il est destiné prioritairement aux populations locales et rurales. Aucune stratégie nationale de réduction de la pauvreté destinée au Borkou ne peut se faire sans une participation active des populations locales et une implication des acteurs locaux. Aussi, si pour des raisons politiques, il est facile de se déplacer et de mobiliser les autorités nationales, pourquoi quand il s’agit d’humanitaire, personne n’intervient et les pouvoirs publics désertent-ils ?
En espérant que ce dernier appel à détresse retienne votre attention et mobilise les acteurs publics concernés, je vous prie d’agréer Madame la Première Dame, Présidente de la Fondation Grand Cœur, l’expression de ma très haute considération.

Saleh Sougoudi Kellemi
Citoyen Tchadien, ressortissant du Borkou