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Publié par Mak

Victimes de Habré non indémnisées : un économiste tchadien à la BAD interpelle les Ministres des Finances et de la Justice du Tchad

LETTRE OUVERTE AUX MINISTRES DES FINANCES ET DE LA JUSTICE

Objet : indemnisation des victimes de la dictature de la période 1982-1990

Excellences Messieurs les Ministres,

C’est avec quelques tressaillements que je prends la plume ce jour pour vous interpeller au sujet de la complainte des victimes de la dictature que notre pays a connu sur la période 1992-1990. J’aimerais que vous preniez quelques minutes de votre précieux temps pour écouter les pleurs de ces femmes et de ces hommes qui, sous le soleil depuis quatre mois, cherchent à alerter sur leur situation de statu quo depuis la conclusion du proces contre Hissein Habré ayant abouti à l’emprisonnement de ce dernier mais aussi à la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la souffrance qu’elles ont enduré.

Je n’ai pas pu retenir mon émotion devant tant de tristesses dans ces pleurs et ces sifflements. En décidant de prendre la plume, j’ai formulé un secret espoir que l’indemnisation n’est ni une affaire politique, ni une affaire de justice, parce que par la sentence de ses juges, le peuple Tchadien s’est prononcé pour que les victimes du régime dictatorial puisent être indemnisées.

En prenant la plume, j’ai l’intime conviction qu’il y a encore de l’intelligence, de la cohérence et de la sagesse dans vos services respectifs pour comprendre que l’objet de toutes nos actions c’est l’homme, c’est les plus faibles et les plus démunis qui devraient recevoir en premier les dividendes de nos efforts en matière de croissance et de reformes. J’ai formulé le secret espoir que des solutions techniques existent dans de tels cas….

En prenant la plume, Messieurs les Ministres, j’aimerais attirer votre attention sur le risque d’injustice que l’État Tchadien ferait s’il ne se soumet pas à la décision de justice, s’il faisait que la justice ne se résumait qu’à la justice contre un individu et non pas aussi une justice réparatrice. Certes, Hissein Habré est en cage, mais l’État Tchadien recherchait-il seulement à le voir en cage lorsqu’il a contribué à son jugement ? L’État est-il seulement prompt à contribuer à faire condamner un individu et insensible aux pleurs de ses victimes, de ces veuves et orphelins ?

Messieurs les Ministres,
Le passif du régime dictatorial ne pourrait être apuré entièrement que si le pardon et la paix reviennent dans le cœur de ces familles de victimes. Je ne les connais pas tous, il y a certainement d’innocents, de victimes collatérales tout comme ceux qui, comme les hommes de l’action du 1er avril 1989, n’ont pas accepté de continuer à cautionner et ont essayé de barrer la route à ce régime.

Je ne vais pas vous évoquer leur passé, je ne le connais, mais formuler une hypothèse sur leur espérance pour l’avenir. Et dans ce cadre, j’aimerais illustrer mon propos par l’exemple de Clément Abaifouta que j’ai rencontré pour la première fois en 1997 lors d’une colonie de vacances organisée par l’Association Jeunesse Anti-Clivage (AJAC), et qui nous a fait passer des messages d’amour, du vivre ensemble, malgré qu’il n’arrivait pas encore à oublier tous ces corps qu’il était obligé d’enterrer. En recherchant la justice, Clément et ses camarades d’infortune n’ont pas cherché seulement à se venger sur Hissein Habré, ni à rechercher une compensation par rapport à ce qu’ils ont subi. En recherchant la justice, ils ont d’abord cherché à ce que cette période sombre de l’histoire du pays ne se reproduise, que plus jamais un régime politique ne s’octroie le droit d’enlever des vies, de faire souffrir. En leur rendant justice, notre peuple, l’Afrique et toutes les organisations internationales de droits humains ont voulu définitivement tourner la page en acceptant qu’ils soient indemnisés, qu’un musée soit construit pour nous permettre de commémorer ces atrocités, que plus jamais des agents de l’État s’autorisent à obéir à un homme au lieu d’obéir aux lois. En continuant à faire la sourde oreille face aux pleurs de ces personnes de troisième âge, à ces héros, le régime actuel n’est-il pas en train de poursuivre le travail d’injustice du régime précédent ? Bien plus, ne pas exécuter cette sentence, ne pas faire le premier pas pour alimenter le fonds d’indemnisation, n’est-ce pas commettre encore des crimes sur ces victimes?

En vous écrivant, Excellences, j’aimerais humblement attirer votre attention ainsi que l’attention de tous ceux qui ont contribué à mettre Hissein Habré en prison, que le travail de justice que le peuple attend, ce n’est pas que la justice contre Hissein Habré, mais c’est aussi la justice pour les victimes et le rétablissement de l’état de droit en faisant que tous ceux qui ont contribué à l’œuvre macabre de son régime soit punis conformément à la loi.
En le faisant, Monsieur le Ministre, nous contribuons à faire de notre État et de nos ressources, les instruments pour un monde plus vertueux, plus équitable et plus juste. Prenez garde que l’État soit injuste en ne faisant condamner qu’Hissein Habré..

Djoret,
Un citoyen épris de paix et de justice