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Alerte Info: Au Tchad, 41 partis politiques signataires d'une lettre ouverte qui interpelle Idriss Deby sur le processus électoral et le climat politique délètère dans le pays //

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Publié par Mak

Conférence de presse de Saleh Kebzabo, président national de l’UNDR (Union nationale pour le développement et le Rénouveau)


Mesdames et Messieurs les journalistes,
Je vous remercie pour l’intérêt que vous avez apporté à l’exposé de Me Olivier Gouara qui se veut didactique dans un domaine que vous ne maîtrisez peut-être pas très bien. Beaucoup de choses ont été dites, fausses ou biaisées, parfois volontairement pour alimenter une polémique stérile. L’objet de cet exposé est de recadrer le débat juridique, c’est fait brillamment.

Je vais tenter de faire un recadrage politique. J’ai porté la lourde tâche de chef de l‘opposition politique, puis démocratique pendant sept ans, sans aucun soutien du gouvernement qui s’est contenté de nous suivre avec mépris. Nullement découragé, je me suis mis aux côtés de mes collègues pour animer de nombreuses réunions ponctuelles, pour prendre des positions communes sur de grandes questions d’intérêt national, ou pour des revendications politiques ou matérielles. Notre voix a souvent été entendue et parfois pris en compte, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Le sérieux de nos démarches entreprises dans un cadre solidaire a toujours été à la base de nos succès. Mais force est de reconnaitre que tout n’a pas toujours été rose entre nous. Nous avons vécu des malentendus et des désaccords que je peux qualifier de passagers, mais surtout marginaux, mais qui n’ont jamais remis en cause de façon grave le statut du Chef de l’opposition. Il faut dire que j’ai toujours dit à mes collègues qui peuvent en témoigner, que ma fonction consistait à animer l’opposition qu’à la caporaliser pour la faire marcher à la trique.
Le Chef de l’opposition que je suis, a eu beaucoup plus de considération des partenaires étrangers que des autorités nationales. Ce paradoxe peut se résumer dans ces deux rencontres, à ma demande, avec le Chef de l’Etat, qui n’a jamais su, ou voulu, donner de la valeur à cette institution voulue par les acteurs politiques en 2008, à l’issue du Dialogue national qui a enfanté l’Accord politique en vue du renforcement du processus démocratique du 7 août 2007. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis dix ans que la loi portant statut de l’opposition a été adoptée par l’Assemblée nationale puis promulguée par le Président de la République le 30 août 2018.
L’idée, il y a une dizaine d’années, était de donner à l’opposition des espaces de travail pour lui permettre de se mouvoir librement. Il lui fallait donc un bâtiment, du matériel et du personnel. Rien de cela, évidemment, ne se fit. Après mûre réflexion et constat, je peux dire que c’est la tête du Chef de l’opposition sorti des urnes en 2002 qui ne convenait pas au président Déby. C’est ce qui explique le refus d’un dialogue régulier prescrit par la Loi et, surtout le refus de donner à l’opposition les moyens de mise en œuvre de sa légitimité.
Les évènements récents ne sont donc qu’une conséquence directe de cela. Dans la perspective, proche, des élections législatives, communales et présidentielles en 2020 et 2021, il fallait faire un nettoyage général pour mettre en place le dispositif de fraude. Tout ce que nous observons depuis 2018 s’inscrit dans cette logique : briser les ailes d’une opposition forte afin de la soumettre au pouvoir. Depuis l’élection présidentielle du 10 avril 2016 qui a permis aux Tchadiens d’exprimer leur rejet et leur dégoût pour le système Déby, et, surtout, depuis le fameux forum national qui a mis en place et consacré un pouvoir illégitime et patrimonial, les dérives dictatoriales ne se comptent pas : arrestations arbitraires d’acteurs politiques et sociaux, restrictions graves des libertés publiques individuelles et collectives, interdiction aux partis politiques et aux associations d’organiser des rassemblements ou des marches pacifiques, contrôle accru sur la presse indépendante et exclusion de l’opposition dans le traitement de l’information des médias publics. Pouvait-on imaginer qu’au Tchad, après plus de vingt années de démocratie, même fictive, l’on pouvait interdire à un parti, l’UNDR, de tenir son congrès, et à un autre, Les Transformateurs, d’organiser sa première réunion de naissance ? Non, cela est inadmissible.
Dans le même temps, tout est mis en œuvre pour casser l’opposition, comme on le voit au CNDP qui est réduit à une portion congrue pour redevenir la coquille vide qu’elle était dans sa première version. Dans ces conditions, pourquoi faut-il garder un organe budgétivore qui n’a aucune capacité de se mettre au-dessus de la mêlée pour jouer un rôle national ? De la même façon, le décret 216, illégal parce qu’il comprend des membres inéligibles, reste en vigueur malgré la levée des boucliers de tous les acteurs politiques.
Ainsi, tout est mis en œuvre, dès à présent, pour que les prochaines élections soient remportées automatiquement par le MPS. On pourrait l’illustrer par : la multitude des chefs de cantons qui seront appelés à faire voter pour les candidats du MPS, un découpage administratif qui favorise le parti au pouvoir, une administration territoriale truffée d’incompétents et soumis au MPS, un Code électoral non consensuel qui favorise le MPS. L’armada est bien plus grande et sera étalée à l’approche des élections.
Mesdames et Messieurs,
La situation de notre pays est très grave et tout le monde le sait. Il est criminel de faire semblant que tout va très bien dans le meilleur des mondes, alors que le Tchad est au fond du gouffre. Les événements de février qui ont amené notre gouvernement à quémander une intervention militaire étrangère prouve à suffisance que le Tchad est d’une fragilité que personne ne soupçonnait. Faisant fi de la souveraineté d’un Etat indépendant et 50 ans après la première intervention militaire au Tchad, ne voilà-t-il pas que la même France est encore revenue aux côtés de notre gouvernement pour le sauver. Cela nous interpelle surtout sur la situation réelle de notre armée, réputée être l’une des meilleures du continent. En réalité, ce n’est pas la qualité de notre armée et de nos soldats qui est en cause, mais c’est la nature d’une armée tribale, clanique et quasi familiale qui est en cause. Nous espérons que nos dirigeants profiteront de cette alerte pour entreprendre, sans délai, l’indispensable réforme de notre armée pour en faire une armée véritablement nationale, un creuset où fraterniseront toutes les ethnies tchadiennes, une armée professionnelle au service d’une nation et non d’un individu, garante d’un Etat réellement souverain, c’est-à-dire ne dépendant plus de l’ancienne puissance colonisatrice.
Les conflits à répétition que nous vivons sont aussi un sujet d’inquiétude. Le pays s’est installé dans les conflits éleveurs-agriculteurs instrumentalisés par les tenants du pouvoir devenus eux-mêmes des éleveurs qui ont mis l’Etat à leur service exclusif. L’Etat a laissé faire et accompagné ce phénomène depuis le régime précédent, et il se trouve maintenant débordé de toutes parts. Voilà pourquoi il brandit le spectre de la loi martiale de sinistre mémoire, qui est en fait une preuve de faiblesse. Nous sommes contre la cour martiale, car toute juridiction d’exception est une arme incontrôlée que le gouvernement manipule à sa guise. En vérité, le gouvernement de la IVème République n’est plus en mesure d’assurer la sécurité dans le pays et il se propose de recourir à la cour martiale. De la même façon, après avoir laissé la Charia s’appliquer à tort et à travers, il se réveille enfin pour nous en proposer une relecture. La Charia a commis trop de dégâts au Tchad, au point de toucher aux fondements d’une nation fragilisée en proie à la division.
Alors, que faire, me direz-vous ? Si nous étions dans une vraie démocratie, nous exigerions des élections anticipées pour redonner la parole au peuple. Mais dans un pays où la démocratie est confisquée comme cela est le cas, est-ce utile ?C’est ici que nous allons parler des élections à venir, législatives, communales et présidentielles.
Le président du CNDP, celui de la CENI et le président de la République ont défilé il y a deux semaines pour entonner le même air : 2019 est une année électorale. Le dernier cité est disqualifié pour annoncer une élection, car depuis l’année dernière, il ne fait que se tromper, et à ce niveau, cela n’est pas admissible. La vérité est que les élections ne peuvent pas avoir lieu cette année, et tous le savent ! Mais comme ils se sont entendus pour tromper les partenaires qui ont promis de délier la bourse pour financer les élections, ils leur font les yeux doux par le mensonge ! Ce sont déjà des prémices de fraude.
J’espère que les partenaires internationaux qui connaissent parfaitement la situation dans notre pays ne se laisseront pas tromper et exigeront des élections parfaites. C’est pour cela qu’il faut rappeler que la CENI dans sa composition actuelle ne répond pas aux standards, parce qu’elle viole la Loi avec des membres qui ne sont pas éligibles. Tant que cela ne sera pas modifié, la CENI ne convaincra personne sur sa capacité d’organiser des élections libres. Nous insistons donc pour que le gouvernement modifie son décret pour remplacer les membres d’origine douteuse par ceux qui sont légitimés par la loi. Pour notre part, nous tenons à une CENI enfin transparente, et nous demandons à son présidium de refuser de répondre aux convocations du président du CNDP ainsi qu’aux rencontres incestueuses avec le président de la République. Une CENI indépendante doit rester éloignée de tout organe politique, si elle veut gagner en crédibilité.
En ce qui le concerne, soumis à des turbulences internes depuis sa mise en place il y a un an, le CNDP a achevé son mandat depuis le 15 juin. Il ne peut pas garder le silence et continuer si de rien n’est. Une assemblée générale s’impose pour que les acteurs politiques en décident. Se comporter autrement serait violer la loi, une fois encore. C’est dans ce contexte que des missions du CNDP sont déployées actuellement dans le pays pour la mise en place des démembrements de la CENI. Cette opération politique ne doit pas consister uniquement à assouvir des intérêts personnels des membres du CNDP. Il ne s’agit pas de se glisser dans les démembrements de la CENI pour y installer ses parents et amis, mais de mettre en place des militants de partis politiques effectivement installés dans la région.
Comme vous le savez, le gouvernement a pris toutes les dispositions institutionnelles pour gagner les prochaines élections. La Cour suprême, chargée de gérer le contentieux électoral, est d’une docilité inqualifiable. La HAMA qui doit veiller au pluralisme de la presse et à son indépendance veille plutôt à sa soumission. L’administration territoriale, truffée de personnes notoirement incompétentes et de militaires, est chargée de veiller au bon déroulement de la fraude. Le découpage administratif au bistouri n’a rien laissé au hasard, les régions septentrionales notoirement sous-peuplées disposent d’un réservoir, non pas de voix, mais de députés pour combler la différence d’avec les régions méridionales très peuplées, voire surpeuplées. Enfin, le vote des militaires et celui de la diaspora sont une garantie supplémentaire pour le succès du parti au pouvoir.
C’est le lieu de rappeler que le Bureau Permanent des Elections (BPE) a été créé pour gérer le fichier électoral. Or, il est devenu un organe de fraude dans le traitement des résultats, comme nous l’avons constaté lors de la présidentielle de 2016. Vous avez suivi les nominations à la tête de cet organe sans concertation avec les acteurs politiques, comme cela se faisait précédemment. La direction actuelle du BPE n’inspire donc pas confiance. Nous devons donc rester vigilants et exiger un audit indépendant du BPE avant le déroulement des prochaines élections.
Voilà l’arsenal du MPS pour aller aux élections qui seront, comme toujours, truquées. Nous invitons le président Déby et son parti à bien reconsidérer les choses car le Tchad 2020 n’est plus celui de 2000. Pour notre part, ensemble avec nos alliés, nous allons prendre des dispositions pratiques, dans chaque bureau de vote, pour que les anciennes pratiques cessent. Nous allons appeler nos militants à plus de vigilance et de responsabilité dans les bureaux de vote, pour répondre à toutes les menaces et intimidations de façon concrète. Nous répondrons coup pour coup pour que l’élection se déroule normalement, car trop c’est trop.
Nous répétons que les partenaires au développement doivent jouer leur jeu, sans aucune complaisance, et financer des élections dont ils se seront assuré qu’elles seront inclusives et sincères. C’est seulement à ce prix qu’ils aideront le Tchad à sortir du gouffre et de l’obscurantisme pour qu’il s’inscrive, enfin, dans le concert des nations désireuses de se développer réellement.
M’adressant aux partis politiques de l’opposition, je leur dis que l’heure de l’unité d’action a encore sonné. Oui, camarades, cessons de nous tromper et de répéter toujours les mêmes erreurs. Lors de la dernière présidentielle, nous avons vu qui a trahi les autres en se précipitant dans les bras de Déby pour légitimer les résultats tronqués. L’élection du 10 avril 2016 a été une vaste fumisterie politique et le peuple tchadien, faute de désigner le vainqueur, sait au moins pour qui il n’a pas voté : Idriss Déby Itno. Reconnaître la victoire de Déby en 2016 est un acte d’une haute trahison.

Tirant donc toutes les leçons du passé, j’invite tous les vrais opposants à se mettre ensemble pour y aller ensemble. Qu’importe leur nombre : moins nombreux ils seront, mieux ils se battront et plus facilement ils battront le MPS. La victoire lors des prochaines législatives, ainsi que celles des communales concomitantes, est à portée de main. Nous en discuterons la tactique le moment opportun. Pour l’heure, le cor de l’unité a sonné. Dussions-nous être 2, 3, 4 ou 5, peu importe, c’est l’engagement qui importe.
Les dissensions que l’on observe actuellement dans les rangs de l’opposition ne nous honorent pas. Nous sommes opposés entre nous au CNDP et à la CENI, pour des questions bassement matérielles, parce que ceux qui tirent les ficelles y ont accroché des ossements dont beaucoup se suffisent. Incapables de s’organiser sur le terrain, ils se sont vendus à bas prix pour briser l’élan de l’opposition et compromettre les élections à venir. Après avoir infecté le CNDP, ils sont à pied d’œuvre pour empester l’atmosphère à la CENI. Fort heureusement, ces imposteurs sont connus et seront nommément dénoncés, le moment venu.
Je vous appelle donc, camarades de l’opposition, à la vigilance pour une vraie solidarité active. Le faux débat sur la décision de la Cour suprême du 11 avril qui démet le chef de l’opposition et en nomme un autre est une forfaiture grave commise par la plus haute autorité judiciaire du Tchad. J’avais promis de m’y opposer, j’y renonce. J’ai ainsi décidé de ne plus poursuivre les actions en nullité, car le débat est politique. Je garde ainsi ma hauteur et ma dignité, qui sont celles de l’opposition, pour dire haut et fort que nous ne serons jamais une opposition convenue. Nous laissons ceux qui s’y plaisent à s’y livrer.

Le vrai débat est en train d’être occulté. On veut amuser la galerie et nous distraire pour occuper le terrain des prochaines élections. Pour ma part, j’ai déjà pris la mesure de l’enjeu et j’invite mes militants et sympathisants à en faire autant. J’invite les leaders de la vraie opposition à ne pas se tromper de combat et à se mettre en ordre de bataille pour livrer l’une des plus grandes, peut-être la plus grande bataille dans les semaines et mois qui viennent. Pour ma part, je vais m’y consacrer entièrement et vous le constaterez bientôt.

Je vous remercie.