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Publié par Mak

Ingérence. La France continue de donner du crédit à Déby
Jeudi, 7 Février, 2019

L’intervention militaire française, dimanche au Tchad, pose encore la question de l’attitude de Paris dans un pays épuisé par vingt-neuf ans de dictature.

Cette fois-ci, l’armée française n’aura pas attendu, comme en février 2008, que les hommes de l’Union des forces de la résistance (UFR) atteignent le centre de Ndjamena. Dimanche dernier, des Mirage 2000 ont en effet « dispersé » des pick-up appartenant à un groupe armé de l’UFR provenant de Libye. « Depuis deux jours, ces véhicules évitaient soigneusement tous les points de contrôle et l’armée tchadienne avait tenté de les détruire », justifie une source proche de l’état-major français. Au total, quatre bombes seront larguées qui permettront « d’entraver cette progression hostile et de disperser la colonne qui avait parcouru 400 kilomètres dans le territoire tchadien », reprend la même source confirmée quelques heures plus tard par Ndjamena : « La colonne de mercenaires et terroristes » a été « neutralisée et mise hors d’état de nuire par nos forces aériennes appuyées par les forces “Barkhane” », a indiqué le colonel Azem Bermendoa Agouna, porte-parole de l’armée tchadienne.

Le choix de Paris soulève un problème tant moral qu’éthique

Dans les deux pays, le scénario ne manque pas de faire réagir. En France, Roland Marchal, chercheur au CNRS, et spécialiste de la région, pointe dans l’intervention armée de Paris un problème tant moral qu’éthique. « Une telle intervention pose quand même une question politique majeure : est-ce que la France doit intervenir chaque fois qu’un chef d’État lui propose d’aller bombarder une colonne d’opposants ? Sachant par ailleurs que “Barkhane” n’est qu’une opération destinée à l’entraînement et, éventuellement, à l’action aux côtés de forces africaines quand il s’agit de groupes djihadistes. » Un pedigree islamo-terroriste encore éloigné de ce que représente aujourd’hui l’UFR, née il y a une dizaine d’années, et – il est vrai – soutenue un temps par le président soudanais, Omar Al Bachir.

Pour Mohamed Ibni Oumar, directeur de l’ONG tchadienne Action humanitaire africaine (AHA), l’intervention de l’armée française ne rentre pas non plus dans le cadre des accords signés en 1976 entre Paris et Ndjamena. « Ce texte permettait à la France d’intervenir de manière implicite au Tchad en cas d’agression d’un pays tiers, mais en aucun cas dans les affaires internes du pays », confie le militant des droits de l’homme. « Le peuple tchadien est épuisé de ces vingt-neuf années au pouvoir d’Idriss Déby. Nous attendons de la France, qui est un pays ami, qu’elle amène des solutions démocratiques, et pousse les Tchadiens à s’asseoir autour de la table des négociations plutôt que de les aider à s’entre-tuer », conclut celui qui est aussi le fils de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, enlevé au Tchad le 3 février 2008 et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Ce jour-là, la capitale tchadienne, qui vient d’être la cible d’une attaque de 2 000 rebelles appuyés par le Soudan et donc repoussée par l’armée française, est le théâtre de rafles d’opposants dont certains n’ont jamais réapparu. Cette date sanglante est restée inscrite dans la chair des Tchadiens et deviendra le nom d’un mouvement politique d’opposition éponyme : le Mouvement du 3 février (M3F). Interrogé par l’Humanité, son porte-parole, Abdel Aziz Yussuf, ne cache pas son étonnement. « Je croyais que Paris aidait les mouvements “révolutionnaires” comme au Venezuela, ironise-t-il. Je suis donc surpris d’une telle intervention militaire dans un tel contexte. Cela demande réponse. » Dans les prochaines heures, l’opposition tchadienne devrait à l’oral comme à l’écrit soumettre la question au Parlement tchadien. Côté français, en revanche, le sujet n’est pas encore remonté au Sénat ou à l’Assemblée nationale.

Stéphane Aubouard