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Alerte Info: Au Tchad, 41 partis politiques signataires d'une lettre ouverte qui interpelle Idriss Deby sur le processus électoral et le climat politique délètère dans le pays //

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Publié par Mak

NI LA PESTE DES UNS, NI LE CHOLERA DES AUTRES !  LIBERONS-NOUS NOUS-MÊMES PAR NOS PROPRES LUTTES !

 

 

            A part la grève des agents de la fonction publique, qui vient d'être reconduite de façon illimitée, deux autres faits caractérisent la situation politique du pays : d'un côté, les prochaines élections législatives et communales que le pouvoir cherche à organiser et, de l'autre, les bruits de bottes et autres fracas d'armes dans le septentrional, où les troupes d'un mouvement armé appelé CCMSR (Conseil de Commandement Militaire pour le Salut de la République) ont maille à partir avec les forces gouvernementales.

 

            Dans le contexte actuel, marqué par la faillite de l'Etat, il est difficile de parier que les élections auront affectivement lieu. Quémandant auprès de ceux que le jargon gouvernemental désigne comme des « partenaires financiers », tel un mendiant en quête de charité, Idriss Déby Itno a, certes, fait appel à leur bonne volonté pour l'aider à organiser ces élections. Mais, pour l'heure, rien n'indique que celles-ci se tiendront. Cependant, depuis leur annonce, on assiste déjà à un branle bas des partis politiques, tant de la mouvance présidentielle que de l'opposition, qui fourbissent leurs armes pour en découdre, du moins en apparence, mais surtout pour nous faire des promesses mensongères, qui ne seront jamais tenues, et nous vendre, à moindre frais, des rêves sans lendemain !

 

            Comme l'ont montré les expériences passées, même si ses « partenaires financiers » viennent au secours d'Idriss Déby Itno et l'aident à organiser les élections, cela ne changera rien dans les conditions de vie des masses populaires ! Car, ce type d'élections, le pays en a connu, de toutes sortes, depuis vingt-huit ans que dure le régime actuel. Mais, à quoi ont-elles servi ? Ont-elles contribué à améliorer un tant soit peu les conditions de vie de la majorité pauvre du pays ? Aucunement pas ! Bien au contraire, celles-ci n'ont pas cessé de se dégrader de plus en plus, pour en arriver à la situation actuelle marquée par une généralisation de la misère et des maladies, alors que la société n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui !

 

            Par ailleurs, toutes tes élections antérieures ont été utilisées comme un alibi, une aubaine, par les tenants du pouvoir pour légitimer leur dictature au moyen de fraudes, des bourrages des urnes, de falsifications des résultats ou, au besoin, l'usage de la force brutale de l'armée, comme lors des présidentielles de 2016. Par conséquent, si elles se tiennent, les prochaines élections serviront essentiellement à renforcer politiquement le régime actuel, à consolider les bases des nouvelles institutions nées de l'imposture de la 4e république, qu'Idriss Déby Itno s'est offertes dans le but d'abuser l'opinion en prétendant faire du neuf avec du vieux : la même politique qu'il applique depuis vingt-huit ans, avec pratiquement les mêmes gens, qu'il traite lui-même de voleurs, le tout sous un nouvel habillage institutionnel ! Elles permettront ainsi, une fois de plus, aux responsables du MPS de continuer à avoir leur mainmise sur l'Etat et ses différentes structures, plus les avantages sociaux qui vont avec : salaires mirobolants, détournements, pillages, des fonds publics, commissions illicites, surfacturations des marchés publics, etc.

 

            Parallèlement, ces élections offriront également aux politiciens de l'opposition l'opportunité de conserver leurs postes de députés, de maires, de conseillers, de membres de diverses commissions ou d'accéder à  ces responsabilités. Grâce à des marchandages, des tractations, y compris avec les responsables du MPS, ils feront des pieds et des mains pour avoir ces  statuts qui, autant que les politiciens du pouvoir, feront d'eux les membres du cercle restreint des privilégiés de l'ordre social actuel, comme l'illustre déjà  le train de vie de certains d'entre eux. Le pitoyable spectacle auquel ils se sont livrés devant Idriss Déby Itno, lors des discussions sur la composition du CNDP (Cadre National du Dialogue Politique), comme les dissensions qui les opposent les uns aux autres, depuis lors, nous offrent un avant-goût des manœuvres occultes, des coups bas et autres arrangements qu'ils commettront juste pour préserver leur chance de faire partie des notables et autres valets de l'impérialisme français.

 

            Enfin, au-dessus de tous ces politiciens, marionnettes du théâtre politique local, les principaux bénéficiaires des prochaines élections seront les représentants de la bourgeoisie mondiale, les trusts et autres institutions internationales, qui les financeront. Pour continuer à avoir leur mainmise sur l'économie du pays, comme hier, ceux-ci  fermeront les yeux sur les les fraudes et autres forfaitures dont se servira le MPS pour gagner, parce que, pour eux, peu importe que la dictature se renforce, qu'elle impose la misère à la majorité pauvre du pays : l'essentiel est qu'Idriss Déby Itno maintienne l'ordre dont ils ont besoin, sous le talon de fer de son pouvoir, afin que les affaires marchent, que leurs profits augmentent, qu'ils s'enrichissent de plus en plus, moyennant quelques miettes qu'ils laissent au passage à notre classe politique !

 

            Par contre, ceux dont les conditions de vie ne changeront pas du tout, à coup sûr, quels que soient les résultats des élections à venir, sont les travailleurs et l'ensemble des opprimés du pays. Pour ces derniers, ce sera toujours la misère, les maladies, les privations de toutes sortes et la chape de plomb de la dictature étouffant jusqu'aux libertés les plus élémentaires ! Comme les élections antérieures qui n'ont servi qu'à renforcer le pouvoir et à enrichir une minorité de parasites aux dépens des masses opprimées, celles de demain en feront de même! Voilà pourquoi nous n'avons aucune raison d'en attendre quoi que ce soit de bon, car, même si elles se tiennent, elles ne mettront pas fin à la spirale de la dégradation constante de nos conditions de vie, mais serviront plutôt à les aggraver !

 

            Nous aurions tort également d'avoir des illusions par rapport aux combats que mènent les troupes du CCMSR dans le nord du pays. D'abord, contrairement à ce que certains racontent, allant jusqu'à parer ce mouvement armé d'intentions qui ne sont même pas les siennes, l'irruption de celui-ci sur la scène politique n'est pas quelque chose d'inédit dans l'histoire du pays : il y a longtemps que celui-ci est transformé en une arène où s'affrontent une multitude de bandes armées ! Les bruits de bottes sont devenus des faits coutumiers dans notre paysage politique. Ensuite, les attaques menées par les troupes de cette organisation militaire contre celles du pouvoir n'annoncent pas forcément des lendemains meilleurs, comme le laissent croire quelques illusions suscitées ici et là !

 

            Certes, nul ne peut jeter la pierre à quiconque qui se bat contre la dictature de N'Djaména, quels que soient les moyens qu'il utilise, y compris des armes ! Cependant, notre histoire récente, qui devrait nous servir d'école, a plusieurs fois démontré que les armes, elles seules, aussi importantes soient-elles, ne suffisent pas à tracer le chemin qui conduit vers un avenir meilleur pour les masses opprimées!

 

            En effet, il n'y a pas longtemps, par vagues successives, beaucoup d'entre nous se sont engagés, les armes à la main, derrière des chefs de guerre, des politiciens démagogues et autres charlatans. Cependant, qu'en a-t-i il résulté ? Leur engagement derrière des dirigeants ne représentant pas leurs intérêts, a-t-il servi à entraîner des changement notables au profit des couches populaires ? Leurs sacrifices, souvent énormes, parfois au prix de leurs vies, ont-ils servi à améliorer les conditions de vie de celles-ci, à leur permettre d'accéder aux libertés essentielles ? Aucunement pas ! Les différents responsables, les Goukouny, les Habré, les Kamougué, les Déby, etc, derrière lesquels ils s'étaient battus se sont juste servis d'eux comme chair à canon ou marchepieds  pour accéder au pouvoir afin de jouir de ses avantages, tout en nous imposant, chacun à sa manière, les différentes dictatures qui se sont succédé les unes aux autres jusqu'à celle d'aujourd'hui ! Quelle garantie avons-nous alors pour que les dirigeants du CCMSR ne fassent pas la même chose ? Aucune !

 

            Ceux qui se font des illusions par rapport aux bandes armées en général prétendent que c'est par les armes seules  qu'on pourrait en finir avec le régime actuel. Mais là n'est pas le problème, parce que les armes ne sont qu'un moyen : elles ne déterminent pas une politique ! La question essentielle n'est pas de prendre des armes, mais plutôt quelles sont les mains qui les tiennent ! Prendre des armes ? Oui, mais, pour quelle politique ? Quels objectifs ? Or, à ces questions-là, les dirigeants du CCMSR ont, eux-mêmes, répondu d'une façon claire, sans ambiguïté : en effet, juste après leurs premières attaques contre les troupes gouvernementales, ils ont lancé un appel aux officiers de l'armée d'Idriss Déby Itno, les appelant à se joindre à eux. Ensuite, dans une autre déclaration, ils ont offert leur service à l'impérialisme français, à qui ils ont fait allégeance. C'est tout un programme, qui montre exactement leur politique et l'objectif ! Ce qu'ils visent, en réalité, c'est juste un remake de ce qu'Idriss Déby Itno a fait il y a vingt-huit ans avec Hissein Habré : remplacer le dictateur en place avec l'aide de l 'impérialisme français pour faire la même politique que lui !

 

Par conséquent, quelle que soit l’issue des prochaines élections, - si elles se tiennent-, ou  des bruits de bottes dans le septentrional, nous n'avons rien à en attendre ! Nous n'avons aucun intérêt à avoir des illusions sur les luttes que se mènent Idris Déby Itno et les dirigeants de son opposition, parlementaire ou armée ! Rigoureusement, anciens sous-fifres de la dictature d'Hissein Habré ou du pouvoir actuel, ils défendent tous les mêmes intérêts, ceux des riches, des bourgeois et privilégiés tchadiens et, au-dessus de ces derniers, ceux de l’impérialisme français. Le fait que les uns sont à ta tête du régime dictatorial, alors que les autres dirigent une opposition contre celui-ci , ne doit pas nous tromper : ils n’ont cure des aspirations des masses à une vie meilleure. On le voit non seulement dans la politique d'austérité que nous impose le pouvoir, mais aussi dans l'attitude de ses opposants : ils regardent en spectateurs les luttes que mènent les travailleurs et d'autres opprimés contre Idriss Déby Itno et ses partisans.

 

En effet, si, au moment où grondent des multiples colères dans le pays, avec comme point culminant la grève des fonctionnaires contre la politique d'austérité du gouvernement, qui étrangle des pans entiers des couches populaires, nos opposants, toutes tendances confondues, ne manifestent aucune solidarité envers ces luttes, préfèrent se focaliser sur des élections, dont on sait qu'elles ne résoudront aucun problème, ou cherchent des arrangements avec les officiers de l'armée et font des yeux doux à l'impérialisme français, ce comportement n’a rien de fortuit : il s’agit plutôt d’un choix politique, significatif du fait que, même s’ils prétendent combattre Déby, ils ont, eux aussi, du mépris à l’égard des aspirations des masses opprimées et une peur bleue de la colère populaire, autant que le MPS, le parti de la dictature. Quoiqu’ils parlent abondamment du « peuple », qu’ils s’autoproclament même « direction » de celui-ci, au point, pour certains d’entre eux, de prendre les armes en son nom, en réalité, ils craignent tous notre exaspération et nos luttes. Ils ne veulent et ne voudront jamais que nous, les travailleurs et les couches opprimées, prenions notre destin en main, dirigions nous-mêmes nos propres combats et imposions les changements nécessaires conformes à  nos intérêts ! La seule chose qui les intéresse, c'est le pouvoir, dans le but de jouir des prérogatives qu’il confère, tout en veillant sur l’ordre social actuel fondé sur l’exploitation des masses laborieuses. Certains d'entre eux, notamment les principaux, l'ont déjà largement démontré par le passé.

 

Aussi le combat actuel entre Idriss Déby Itno et son opposition, armée ou parlementaire, n’est-il pas le nôtre ! C’est un combat entre les enfants d’une même famille, celle des politiciens bourgeois du pays qui se disputent le pouvoir. Quelle qu’en soit l’issue, que, demain, certains de ces politiciens remplacent d’autres ou qu’ils s’entendent pour se partager les responsabilités à la tête de l’Etat, pour nous, rien de fondamental ne changera. Il n’y aura ni amélioration de nos conditions de vie, ni plus de liberté qu’avant : ce sera toujours la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, les mêmes injustices, les mêmes abus et exactions, la même dictature, mais aussi, en plus, la menace des guerres ethniques, fratricides, et le fossé de sang permanent, dont nous sommes et resterons les principales victimes, quelles que soient notre région, notre religion ou notre culture. Les vingt-huit ans de règne du MPS, consécutifs au coup de force militaire du 1er décembre 1990, le prouvent amplement : un dictateur est tombé, mais un autre a pris sa place pour continuer la même politique !

 

Nous ne devrions donc avoir des illusions pour personne. Nous n'avons besoin ni de la peste des uns, ni du choléra des autres ! Pour l'amélioration de nos conditions de vie et l'accession aux libertés essentielles, nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes et sur nos propres luttes !

 

Seule la perspective d'une riposte collective, d'un mouvement d'ensemble de toutes les organisations syndicales, mais aussi des différentes associations de la société civile pourrait nous donner les moyens d'imposer au pouvoir nos propres revendications communes, sociales et politiques. Plus que jamais donc, il est vital que nous profitions des circonstances actuelles pour intervenir dans les événements afin de défendre collectivement notre droit à la vie. Quelles que soient nos organisations syndicales, politiques, associatives, notre ethnie, notre région, notre religion, il est d’une nécessité vitale que nous nous unissions pour faire valoir nos intérêts! Indépendamment de nos chapelles syndicales ou origines culturelles, nous constituons une classe à part, parce que nous subissons la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, la même dictature. Par-delà nos diversités ethniques ou religieuses, nous avons donc les mêmes intérêts, diamétralement opposés à ceux des bourgeois et privilégiés du pays, dont ceux de  notre propre région et confession, qui vivent, eux aussi, sur notre dos et de notre sang, comme des parasites. Aussi devrions-nous nous défendre collectivement, ne faire confiance qu’en nos propres combats, en nous rassemblant sur la bases de nos intérêts spécifiques.

 

Par ailleurs, notre mobilisation pour défendre collectivement notre droit à la vie est également le seul moyen de garantir les intérêts de l'avenir ! En effet, ce faisant, nous exprimerons notre défiance vis-à-vis des dirigeants du MPS, bien sûr, mais aussi de leurs opposants, quels qu’ils soient. Par notre mobilisation, nous ferons reculer la dictature, mais nous signifierons également aux politiciens de l’opposition, toutes tendances confondues, que nous ne leur faisons pas confiance non plus. Ce sera notre façon de dire aux uns et aux autres que n’attendons rien d’eux, que nous avons marre des souffrances qu’ils nous  font endurer des années durant ; nous avons marre d’être pris en otages par leurs bandes armées, aussi bien celles dites officielles, gouvernementales, que les autres ; nous avons  marre de voir nos enfants, nos frères, nos sœurs, nos époux, nos filles se sacrifier, mourir inutilement derrière des politiciens de leur engeance, en mal de gloriole, qui exploitent notre colère et  notre aspiration à un monde meilleur uniquement pour leur réussite personnelle ! Mieux, en nous emparant de la perspective du « tous ensemble », en la transformant une vaste et profonde mobilisation populaire de taille à faire reculer la dictature et le patronat, nous signifierons clairement à Idriss Déby Itno et ses opposants que, dorénavant, nous ne laisserons personne décider de notre sort à  notre place : puisque le capitalisme, dont ils sont tous les serviteurs, ne nous offre pas d’autre choix que de nous battre pour la moindre amélioration de nos conditions de vie, eh bien, nous nous battrons, mais ce sera pour nous-mêmes, pour nos familles, nos enfants ; nous nous prendrons nous-mêmes en charge et imposerons, par nos propres luttes, les changements que nous jugeons nécessaires, dignes de nos attentes et aspirations, tant sur le plan démocratique que social.

 

Notre émancipation de l'exploitation, de la servitude, de la misère et de la dictature sera notre propre œuvre ou ne sera pas ! Alors, travailleurs et opprimés, de toutes les régions, de toutes les religions, de toutes les ethnies, unissons-nous pour nous libérer nous-mêmes par nos propres luttes !

 

                                                           Ali Mohamed Abali Marangabi