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Alerte Info: Au Tchad, 41 partis politiques signataires d'une lettre ouverte qui interpelle Idriss Deby sur le processus électoral et le climat politique délètère dans le pays //

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Publié par Mak

Le mouvement Citoyen Iyina interpelle Idriss Deby sur la situation tragique des droits de l'homme au Tchad

 

                                                                                                                 A

 

                                Monsieur le Président de la République du Tchad

 

Objet : Situation des Droits de l’Homme au Tchad

              Excellence,

Depuis  votre prise de pouvoir le 1er décembre 1990, les peuples du Tchad, et particulièrement la jeunesse tchadienne, ont rêvé et nourri l’espoir de voir éclore une ère de démocratie après des années de dictature et d’errements politiques. En effet, nous reconnaissons, certes, que depuis l’avènement de  cet ère rêvée de démocratie dans notre pays, nous avons connu des progrès dans nos institutions et, dans une certaine mesure, quelques avancées en matières des libertés publiques.  Cependant, force est de constater, que trois décennies après, notre pays est plongé dans un marasme économique malgré l’exploitation de l’or noir entamée en 2003 et surtout qu’il a régressé en matières des libertés publiques, notamment les libertés individuelles et collectives : libertés d’association et de manifestation, de presse, d’expression et d’opinion, de conscience et de libre circulation.  Pourtant, les résolutions de la Conférence Nationale Souveraine de 1993, ce forum national qui a vu la participation de toutes les forces vives de la nation tchadienne,   ont jeté les bases d’une perspective de paix sociale et de démocratisation, gage de  développement durable de notre pays. Cette conférence nationale était l’aboutissement  naturel  d’un processus de maturation socio-historique.

Monsieur le Président, tout en saluant les efforts que vous ne cessez de déployer, au quotidien, dans le sens de l’apaisement du climat social délétère que nous vivons et de consolidation des acquis de notre jeune démocratie, nous ne pouvons taire la recrudescence des actes anti-démocratiques marqués par le harcèlement des acteurs de la société civile, des opposants politiques et des objecteurs de conscience.

Nous en voulons pour preuve la disparition des personnes dans notre pays  dans des circonstances  encore non élucidés ou celles détenues de façon arbitraire sans jugement, laissant leurs familles dans le désarroi. Le cas le plus emblématique étant celui du Professeur IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH, disparu lors des évènements du février 2008, et dont le dossier est classé sans suite.

 Au regard de tous ces faits et forts de la légitimité que nous garantit la Constitution de la République du Tchad, notamment dans son préambule qui nous confère le droit de nous opposer à tout exercice d’un pouvoir arbitraire, notre organisation vous interpelle, en tant que protecteur de cette même Constitution  et en vertu des  prérogatives que celle-ci vous confère, de protéger  les citoyens Tchadiens et  de leur assurer   l’égalité de droit devant la justice de notre pays. Excellence, nous vous demandons  de prendre vos responsabilités  afin d’éviter tout  cas de disparition arbitraire au Tchad.

Excellence, en cette  journée internationale des victimes des disparitions forcées nous nous permettons de vous interpeller aussi   sur la promulgation du « décret 069 /Pr/2017 portant création des Délégations régionales de l’Agence Nationale de Sécurité », qui renforce le pouvoir de cette institution, qui s’est déjà illustrée, dans un passé récent, par des arrestations et détentions arbitraires des tchadiens, dont les membres de notre organisation

En effet Monsieur le Président, à l’instar des autres pays, le Tchad a aussi besoin d’une institution d’espionnage et de contre-espionnage afin de défendre les institutions de l’Etat contre des actions subversives. Cependant, ces actions doivent s’inscrire dans un cadre légal. C’est pourquoi, nous vous demandons de garantir le droit d’accès des parents, avocats et médecins aux personnes suspectées des actes subversifs ou autres. Nous avons cru comprendre que l’aliéna 2 de l’article 8 de ce même décret allait garantir ce droit d’accès aux prévenus  mais malheureusement, les  pratiques de cette agence   nous démontrent, au quotidien, tout le contraire.

Excellence, au moment où nous vous écrivons cette lettre, nous observons que beaucoup de jeunes Africains quittent  massivement leurs pays pour l’Europe au péril de leur vie  à la recherche de plus de liberté d’expression et d’opinion ou encore  pour des raisons économiques. Nous, jeunes du Mouvement Citoyen IYINA, avons pris la résolution de ne pas prendre ce chemin périlleux pour gagner notre survie mais avons préféré vous interpeller directement et vous mettre face à vos responsabilités du père de la nation et protecteur des jeunes.

Dans l’espoir que notre cri de détresse exprimé à travers cette lettre ouverte vous  émeuve, nous vous prions, Excellence Monsieur le Président, de recevoir nos salutations distinguées et patriotiques.

 

 

                                                                 Fait à Ndjamena le 30 Aout 2018