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Publié par Mak

TABLE-RONDE DES BAILLEURS DE FONDS: De l’amateurisme au désenchantement (partie 2)

 

 

 

De quoi le Gouvernement entend parler au cours de la table-ronde de mobilisation des ressources pour sauver le soldat Déby?

 

 

Pour répondre à cette question, la bonne question est: qui sont les convives du Gouvernement dans cet exercice périlleux de convaincre les bailleurs de fonds internationaux, privés, multilatéraux et bilatéraux?

 

Il convient tout d’abord de relever la forte présence des responsables des institutions régionales dirigées par les supports inconditionnels comme le Gouverneur de la BEAC et le Président de l’Union africaine, les neveux Abbas Tolli et cousin lointain Moussa Faki Mahamat. A cette première couche, il faut rajouter les non-moins brumeux responsables des institutions de la CEMAC dont les critères de nomination sont propres à la CEMAC: il faut être du cercle du pouvoir (cousin, ami et connaissance du Président, de la première dame ou des enfants du couple pour être responsabilisé dans ces institutions). Dans ce registre il faut citer entre autre la BDEAC.

 

 

A cette première couche, le Gouvernement a cru bon d’ajouter les ambassadeurs et institutions présents au Tchad, les administrateurs des pays africains au FMI et à la Banque Mondiale, toutes ces hautes personnalités qui sont quotidiennement confrontées aux déficits de gouvernance et à l’absence de vision politique.

 

 

Là où le Gouvernement a fait fort, c’est d’appeler à la rescousse les Autorités françaises qui ont dépêché la crème des crèmes des penseurs de la Françafrique pour donner du crédit à cette rencontre surréel de mobilisation de ressources quand on sait les faramineuses ressources pétrolières qui ont été dilapidées au cours de ces dix dernières années. Pr Patrick Guillaumot, Président du FERDI, Pr GREGOIRE ROTA GRAZIOSI, Président du FERDI, etc. Les agences de financement du développement, autre bras armés de la françafrique ne se font pas prier, on notera la présence des hauts responsables de l’AFD, de PROPARCO, du MEDEF, etc.

 

 

Cependant, il n’aura pas le plaisir d’avoir le Premier Ministre français Edouard Philippe (pompeusement annoncé dans un précédent programme) ni aucune autorité politique français.

 

 

A cette liste de soutiens inconditionnels qui auront pour mission principale d’encenser le Soldat-Président, fournisseur de chair à canot dans les causes commanditées ou soutenues par la France, viendront s’ajouter en rang dispersé les institutions de développement comme la BAD, la BID, la Banque Mondiale, la SFI, le FMI, etc. Cependant, la mobilisation est bien timide. On note l’absence remarquée des agences de notation qui devraient démontrer des progrès (s’il y en avait ) enregistrés et qui permettraient de redonner confiance aux investisseurs. On note également l’absence des acteurs des pays émergents et des pays angloxaons. Le seul représentant chinois, le DG d’EXIBANK convié, semble avoir décliné l’invitation. On annonce également que Christine Lagarde, le Président de la BADEA, les représentants du Système des Nations-Unies et de la Banque Mondiale seront aux abonnés absents à cette rencontre des dupes. On le comprend bien: les Nations-Unies ont demandé au gouvernement la tenue d’un dialogue inclusif, ce que Déby a refusé en voulant mettre au devant un forum vide de sens. Pour la Banque Mondiale, point besoin de rappeler la tumultueuse affaire du financement du projet pétrolier Tchad - Cameroun et la suppression du fonds pour les générations futures au profit de la gabegie financière qui a mis aujourd’hui le Tchad à genou.

 

 

En terme de contenu, aucun mot sur les problématiques liées au climat des affaires, à la gouvernance politique et économique, aux nécessaires reformes de la justice, thématiques sur lesquels la communauté internationale attendait de nouvelles orientations, de nouveaux projets. Mais, la table-ronde de Paris n’est pas fait pour convaincre la communauté internationale sur une nouvelle vision, sur un changement de paradigme. Car, la crise politique et économique actuelles est le fruit d’une absence de vision politique, d’une mauvaise gouvernance et non pas d’insuffisance de ressources. Cette crise aurait du amener les Autorités en place à démontrer leur volonté de mieux faire. L’occasion de convaincre est encore ratée, a été relégué au second rang au profit de la recherche effrénée de l’argent frais, d’une aide budgétaire, au détriment de l’aide projet…

 

 

L’absence de vision politique se manifeste clairement à la lecture des changements majeurs intervenus dans le programme de la table-ronde. Contrairement au premier programme sorti il y a seulement jours, des changements majeurs interviennent dans le programme. On rajoute à la dernière minute des thématiques telles que la promotion de l’habitat, la réforme du système éducatif et de la formation professionnelle, les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Et pour comble, l’Agence Nationale des Investissements et des Exportations (ANIE), qui devrait être à l’avant-garde de cette table-ronde devant aider à mobiliser les bailleurs de fonds internationaux a été repêchée dans le programme, achevant de confirmer ce que les Tchadiens disent chaque jour: cette table-ronde est organisée pour rechercher de l’argent frais pour sauver le régime, pour mobiliser la liquidité pour entretenir l’armée-mercenaire et non pas pour financer le développement durable, pour atteindre les ODD. Après la suppression du Fonds pour les Générations Futures, on entend reporter sur cette même génération future, les conséquences de la mauvaise foi des Autorités actuelles en terme de dette colossale.

 

 

Mais comme l’argument des interventions au Sahel (Mali, Niger) semble lasser déjà l’ensemble des interlocuteurs, il fallait se fabriquer un nouvel alibi, il fallait brandir un ennemi qui soit également l’ennemi de la communauté internationale: on brandit alors le Qatar, « bailleur de fonds des extrémistes/mercenaires tchadiens », qui est sur le banc des accusés depuis quelques mois. Cet argument qui fait sourire les tchadiens de l’intérieur et les politico-militaires arriverait-il à convaincre la communauté internationale?

 

Le Gouvernement arriverait-il à parler d’une seule voix convaincante quand il s’ébruite le rififi en son sein, quand certains départements sont écartés au profit d’autres, quand le comité d’organisation n’arrive pas à donner un programme solde et un contenu cohérent à toutes les communications?

 

Anonyme