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Publié par Mak

Lettre n°2 à Kemi SEBA
  
 
  
 
 Comme tu le sais, je t'ai informé de mon absence de la marche contre franc CFA du 16 septembre 2017. Par la suite, j'ai visionné la vidéo de ton discours à cette date.

Lorsque tu t'adresses aux chefs d’États africains : « Chefs d'Etats africains, nous ne voulons pas vous humilier, vous ridiculiser. Vous êtes des pères et des mères, nous vous aimons. Mais le rôle d'un enfant lorsqu’il voit son père ou sa mère se comporter comme une prostituée, le rôle d'un enfant est de lui dire papa t'es entrain de faire un mauvais chemin ... ». 

Dans une vidéo, Alpha Blondy, dont tu n'es en aucun cas responsable des propos même s'ils sont en ta faveur, lance un appel pour ta libération suite à ton incarcération pour avoir brûlé un billet de franc CFA. Il dit : « Nous avons le devoir donc de briser ces chaînes, de nous libérer et de libérer nos chefs d’État, victimes du chantage des propriétaires véritables du CFA ». Il rajoute plus loin qu'eux aussi « sont enchaînés », ils sont « des cibles faciles » et il finit par « protégeons les pour qu'ils puissent bien nous aider ». 

Interviewé par les médias français RFI, TV5 Monde, et le quotidien Le Monde en juin 2017, le président tchadien fait une étonnante déclaration. Il affirme : 
“J’aurais souhaité m’arrêter en 2006 après mon second mandat. J’aurais alors cédé le pouvoir. Mais la guerre a éclaté. Des mercenaires ont attaqué N’Djamena. Et alors que je ne le voulais pas, la France est intervenue pour changer la Constitution. Il y a un constitutionnaliste dont je ne connais même pas le nom qui est venu ici. J’ai dit que je ne voulais pas changer la Constitution mais ils sont passés par leurs arcanes et ont changé la Constitution.“ 

Pour résumer de manière assez simpliste, la France prostitue les chefs d’État africains en les enchaînant et en les maintenant au pouvoir contre leur gré au grand dam de leur population. 

A cet instant, je me suis demandé de quel chef d’État africain tu parles. Sur les 14 pays africains ayant en partage le franc CFA, nous pouvons supposer, sans certitude toutefois, que les présidents Ouattara et Sall ne sont pas concernés par cette déclaration d'amour. 
Alors, sur une base de douze sur quatorze (12/14), dis-moi exactement à quels chefs d’État africains tu affirmes en notre nom (les afro-descendants) : « Nous vous aimons ». 
Mon frère, il y a des thèmes sur lesquels, il n'y a pas débat. Ainsi, ton combat contre le franc CFA est légitime. Mais lorsque tu t'exprimes en notre nom, utilises les termes et expression adéquats. Car, certains mots peuvent créer de la confusion surtout chez les plus jeunes. Tu oses dire à ces chefs d’État: « Nous ne voulons pas vous humilier, vous ridiculiser ... », face à la jeunesse la plus humiliée, la plus ridiculisée sur cette planète. Celle-là même qu’on voit quitter sa terre ancestrale par milliers, dans des embarcations de fortune, avec parfois comme financement l'économie de toute une famille qui voit en elle un brin d'espoir en lui permettant d'échapper à la misère dont la majeure partie des responsables sont ceux à qui tu dis : « Nous vous aimons ». 
Alors même qu'il y a délibérément mise en danger d'autrui. C’est la preuve que tu n’as pas vécu en Afrique dans les mêmes conditions que nous. Car, si c’était le cas, jamais de la vie tu n’aurais dit cela.

C’est vrai que tu as de la rhétorique et du courage mon frère. Mais c’est au nom de cette jeunesse que tu t'exprimes, alors pèses tes mots quelle que soit la légitimité de ton combat. Le débat sur le franc CFA est un débat de raison et non d'émotion. Ton discours en tant qu'orateur doit être mesuré face à ton public. Ne l'entraîne pas sur un terrain alambiqué parfois douteux. 

Dans la même phrase où « Nous vous aimons », tu les supplies de pas se comporter comme une « prostituée ». Or, la prostituée est souvent une victime dans un système économique et social impitoyable. 
Pour reprendre tes termes et sans pousser à la vulgarité, dans notre cas, la prostituée est devenue elle-même proxénète et copropriétaire du bordel. Et dans ce monde globalisé, les clients affluent de partout : BRICS, UE, USA etc. Elle organise des partouzes à la chaîne sur nous, s'en met plein les poches et part en vacances dans ses appartements de Neuilly-sur-Seine Seine, Dubaï ou Monaco, les valises pleines de francs CFA convertis en devises. La salope ! Elle n'est donc pas à plaindre. Bien au contraire. 

J'irai même plus loin, avec un exemple que tu prends souvent. Celui de l’esclave qui a fuit sa situation dans les champs pour se rebeller contrairement à celui qui est resté docile dans la maison de son maître. Figure-toi, qu'il y a un troisième esclave qui existe. Celui-là est un affranchi. Il a pris en partie le contrôle de la plantation avec l'aide du maître et aujourd’hui c'est lui l’esclavagiste en chef. L'enfoiré ! Il n'est donc pas à plaindre. Bien au contraire. 

Nous devons donc montrer sans ambiguïté qui sont les bourreaux et qui sont les victimes. L'amalgame dans certains discours peut prêter à confusion. 
C'est vouloir nous faire croire que la France est responsable de tous nos maux et finir par essayer de faire passer certains de ces chefs d’État africains en victimes, c’est le monde à l’envers.
C’est vouloir nous faire croire que la France les obligent fusils sous la tempe à détourner les deniers publics pour s’acheter des Hôtels particuliers dans les beaux quartiers parisiens, des immeubles à Montréal, des Penthouses à Singapour etc. 
C'est vouloir nous faire croire, toujours de manière subliminale, qu’ils ont été obligés par la France à devenir des multi milliardaires en franc CFA ainsi que bon nombre des membres de leur famille car toutes ces centaines de milliards de franc CFA spoliés n’auraient servi à aucun développement national.

Je ne connais pas quel est ton degré d’intimé avec certains chefs d’État ou les membres de leur entourage, mais de là à leur faire de telles déclarations, j’en suis choqué. 
C’est un peu simpliste comme résonnement ironique mais frangin, à s’y méprendre c’est vers quoi on s’oriente avec de tels propos subliminaux.

Je ne viens pas casser l’icône que tu es devenu. C’est juste une remise au point. Vois-tu mon frère, je n'écris pas pour le simple plaisir de le faire. Mais parce que je me sens obligé compte tenu de la situation. 
Je ne viens pas contester ton combat sur la sortie du franc CFA. Cependant, tu as une parole qui a une portée de plus en plus grande, avec les conséquences que cela te coûte (prison). C'est le risque que tu as choisi de prendre pour l'amour d'une cause qui te semble juste. Mais tu dois accepter les critiques et non pas forcement les voir comme un trouble qui desservirait ta cause. Car, tu risques de t'enfermer dans une bulle où tu verras tout ce qui est différent de ton paradigme venant d’un frère comme un « Diviser pour mieux régner ». 
Un adage dit : « C’est au sommet de la montagne que l’on se sent le plus seul ». Alors, avant ton ascension puis ton isolement complet, je me permets de t’apporter quelques conseils de ma petite hauteur de vue. 

Tu emploies souvent des termes forts dans tes discours ponctués de « n’ayons pas peur de le dire » alors c’est à moi de te demander de ne pas avoir peur de le dire mon frère : « certains chefs d’État africains sont responsables d’un véritable GÉNOCIDE Économique dans leur propre pays ». Dis le haut et fort frangin : « Ils doivent être jugés pour cela, car ils ne méritent aucune estime ni aucun amour de notre part ». 
Car, une fois que ces dirigeants auront accédé officiellement au grade de victimes au moyen de la perche qui leur est tendue ; adoubés comme tels par des représentants de la jeunesse, par des mouvements tels que le tien, par le monde de la culture et de la musique, par la société civile, nous n’en viendrons plus à leur demander des comptes. 
Ils se placeront au-devant de la lutte contre l’impérialisme et plus jamais ils n'auront donc à justifier de ces trois décennies, voire plus, de malheur dont ils sont responsables. Au lieu de cela, nous devrons leur confier la responsabilité de la mise en place d’une nouvelle monnaie.

Tu l’as dit dans ton discours du 16 septembre 2017 que certains en Afrique ont « quinze voitures » dans leur garage. Alors qu’il n’y a pratiquement pas d’ambulances ou de centres de secours incendie digne de ce nom dans la plupart des capitales africaines. Pour pouvoir avancer avec nous, ils doivent nous rendre des comptes sur la mission actuelle dont ils sont en charge. Dès lors, comment leur confier une autre mission en partant du principe qu’ils ont lamentablement échoué à celle-ci ?

Malheureusement c’est souvent le même discours avec le franc CFA : les banquiers, les esclavagistes, la France, les blancs, etc. Mais bien au-delà des mots, des manifestations et des injures, certaines questions doivent avoir des réponses précises. 
Qui viendra évoquer les milliers de milliards de francs CFA détournés ? Comment rembourser les peuples spoliés ? Comment organiser techniquement le rapatriement des biens du peuple ? Y aura t-il des procès ? Y aura t-il un organe juridique transnational chargé des questions de crimes et délits financiers ? Quel sera son statut ? Quelle sera sa marge de manœuvre ? Où sera son siège ? Peut-être auprès de l’Union Africaine dont l’actuel président de la Commission est le cousin du chef d’État tchadien ? 

Si mon hypothèse se confirme, c’est non seulement le plus beau « foutage de gueule » de toute l’Histoire africaine. Mais aussi, le plus beau casse de toute l'histoire de l'Humanité. Même Hollywood n'aurait pas imaginé un tel scénario : des braqueurs font sauter une banque, la pillent, la brûlent puis en refondent une autre sur les cendres de la précédente. Ils demandent ensuite aux habitants de la ville de venir y déposer leurs économies. Elle est pas belle la vie ?

Cette hypothèse est un peu imagée mais jusqu' à preuve du contraire c'est vers cette direction que l'on se dirige. C'est pourquoi, il est impératif que l'on nous donne des gages sur le rôle précis des actuels dirigeants africains dans la mise en place de la future monnaie africaine. 
Allons nous faire table rase de tout sujet concernant le franc CFA et l’effacer de nos consciences ? C'est maintenant qu'il faut se poser les bonnes questions mon frère. Après il sera trop tard. 

Il est dit d’un État qu’il accède au rang de puissance lorsqu’il maîtrise quatre domaine-clés : militaire, économique, technologique et culturel. Dans technologique il y a spatial, nucléaire, informatique. 
Dis-moi très sincèrement frangin, parmi tous les pays africains qui ont leur propre monnaie, lequel rempli pleinement ces critères ? Au bout de combien d’années d’indépendance monétaire ? 
Tu vois donc que le problème est ailleurs même si l’indépendance monétaire est une nécessité. 

En Corée du Sud, l’ex-présidente Park Geun-hye a été destituée puis inculpée pour corruption. Penses-tu que nos États puissent franchir le pas en engageant des procès de ce genre à nos dirigeants ?

J’espère juste que derrière, derrière, derrière toi, il n’y a pas une main invisible qui en profite et t’envoie au casse-pipe pour des intérêts qui te dépassent. 

Si cette correspondance devait s’arrêter là, je pense avoir rempli mon devoir auprès de toi en te posant certaines questions pertinentes qui te permettront de clarifier ta position.


Prends soin de toi frangin. 


Sahibi


N'Djamena, le 20 septembre 2017.

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