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Publié par Mak

Les éléphants blancs du Tibesti, partie II
Les éléphants blancs du Tibesti, partie II

Les éléphants blancs du Tibesti, partie II
Cas du département de Tibesti Ouest, ville Zouar.

En rédigeant la deuxième partie de cette investigation, je ne sais pas le sentiment qui m’anime exactement ; entre colère, étonnement et rires, tant la situation est à la fois ubuesque et dramatique. Je me suis surtout posé cette question : Que c’est qui pousse, de gré ou de force, une personne à honorer ses engagements, engagements vis-à-vis de l’Etat et de la société ? Il y a quatre choses fondamentales : Dieu le Tout-puissant, à travers l’enseignement de toutes les religions, qui obligent les Hommes à tenir parole et rembourser leurs dettes ; il y a la conscience et l‘honneur de préserver sa dignité, enseignée dans la société Tchadienne, société ayant l’un des codes morales les plus exigeant qui soit ; Il y a la loi, à travers la force publique ; et enfin le respect qu’on doit aux Hommes avec lesquels nous vivons en communauté , ce respect nous oblige et nous force à honorer notre parole envers ces hommes et femmes, qu’ils soient riches ou pauvres, puissants ou faibles.

Les entrepreneurs, qui dans le Tibesti, et certainement ailleurs au Tchad, construisent de telles infrastructures ne remplissent et n’entrent dans aucun des critères cités, des situations difficiles à nommer, que nous restent-ils si on n’a pas ni la peur de Dieu ni le respect des Hommes et celui de l’autorité de l’Etat ? Encore moins la dignité qui accompagne l’honneur de la parole donnée? Il ne nous reste rien. Ce qu’on a découvert à travers nos correspondants sur place durant nos investigations, dans la seule ville de Zouar, dépasse l’entendement, les images parlent d’eux-mêmes.

« L’eau est la vie », disait un ancien adage, ce dernier prend tout son sens quand on est dans ces contrés désertiques et où la pluviométrie est la plus faible du Tchad sinon de l'Afrique. Pour leur consommation quotidienne en eau, les ressortissants de Zouar, tout comme ceux des autres villes du Tibesti, utilisent des puits, comme au moyen âge, la tragédie est que l’un des puits, le plus fréquenté dans les environs de Zouar, détient un triste record : la plus profonde du Tchad. Cette situation dramatique a plusieurs conséquences : sanitaires, économiques et sociales, qu’il est inutile d’énumérer ici, tant elles sont connues de tous. Pour résoudre ce problème, il y a quelques années l’Etat débloqua la modique somme de sept cent cinquante millions de Fcfa, soi plus d’un million d’euro pour la construction d’un château d’eau. Mais l’entreprise en charge des travaux, après avoir encaissé en deux tranches la totalité du million et demi d’euro , décida, ni plus moins, d’abandonner les travaux et de s’enfuir avec l’argent comme dans les films de mafia Italien des années 70. Une petite infrastructure dont seuls les « ingénieurs » de cette entreprise fictive ont le secret a été construite, jugez en vous même à travers l’image d’illustration. Quant au château d’eau de Bardai, confié aussi à une autre entreprise, cette dernière n’a pas daigné utile de faire signe de vie, sept cent cinquante millions empoché et rien, pas même une pierre posée. Pendant ce temps, les pauvres populations sont pénalisées lourdement dans leur chair et leur quotidien par cette éternelle crise hydrique.

Neslon Mande disait de l’éducation qu’elle est l’arme la plus puissante pour changer le monde, l’école aussi a une signification particulière dans ces zones longtemps aux prises avec la guerre. L’école primaire de la ville de Zouar, l’unique de tout le département, aurait coûté la bagatelle de plus trois cent millions de Fcfa au contribuable Tchadien, mais ce qui est réalisé sur le terrain, deuxième sur l’image d’illustration, ressemble plus à un poulailler qu’à une école digne. L’entreprise a jugé bon de construire cinq à six petites maisonnettes sur un terrain escarpé, des salles sommaires et un établissement ne respectant aucune norme, dont le coût peut être estimé à cinquante millions, deux cent cinquante millions détournés par la boulimie sans limite de quelques ogres affamés et sans principes mais surtout sans pitiés pour leurs propres frères, tous ces entrepreneurs étant de la région. L’objectif est surtout de laisser les enfants de ces contrés dans l’ignorance, pour les jeter dans les bras des trafiquants de drogues et autres bandits des grands chemins, l’agenda est de maintenir la région dans le sous-développement chronique et par là par une instabilité du même ordre , et aller s’agenouiller la nuit auprès des autorités en « représentant légitime » de ces peuples en échange de mesquines responsabilités.

L’autre infrastructure qui pose problème dans le département est ce qui est qualifié « d’hôpital », en réalité un mouroir sans équipement dont des fissures ont été découvertes à… l’inauguration. Cette infrastructure sanitaire ressemble plus à une maison commune d’un quartier populaire N’djaménois qu’à un hôpital digne de ce nom : une cour étroite et exiguë, des toilettes artisanales, des chambres de neuf mètres carrés, et comme toujours des équipements de très mauvaise qualité achetés au marché noir, au Nigéria. Comme ailleurs, l’entreprise en charge des travaux a empoché une somme faramineuse, plus de trois cent millions en échange d’une maisonnette qui n’a pas coûté le cinquième de cette somme. Pendant ce temps, faute d’équipements et de médecins, les femmes, pour une césarienne meurent ou sont transférées dans la… Libye en guerre et en proie au chaos, des cas médicaux comme les fractures ne sont pas pris en charge.

Ces criminels en turban blanc, qui assoiffent, noient dans l’ignorance et tuent à petit feu leurs frères et sœurs en profitant de l’éloignement de la région et de la nature mafieuse et clanique de leurs alliances de circonstance doivent savoir que l’heure du sommeil sur les deux lauriers est révolu, ces jadis pillards de tombe doivent rendre des comptes, tant à leur conscience qu’à ces pauvres populations qu’ils n’ont que trop abusé. Les jeunes de la région, regroupés en collectif sont actuellement entrain de consulter des avocats pour porter plainte contre ces pillards bien connues, un inventaire de leurs biens achetés avec le sang des innocents est aussi en cour pour enrichir le rapport complet sur la gestion des milliards alloués à la région. La suite sera consacrée au département du Tibesti Est et particulièrement son chef lieu Bardai, où les sommes avalées dépasse le raisonnable et les « infrastructures» construites sont déjà en ruines.

Image 1 prise le 18 Août 2017 - Le "château d'eau" de Zouar, abandonné et entrepreneur en fuite, cinq cent millions empochés.
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Image 2 prise 18 Août 2017- L'école primaire, trois rangés de maisonnettes pour un coût de sois disant trois cent millions.

Charfadine Galmaye Salimi, le 23 Août 2017, Nancy, France.