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Publié par Mak

Au Tchad, une riposte collective du monde du travail et de l'ensemble des opprimés s'impose comme une nécessité incontournable

 

UNE RIPOSTE COLLECTIVE DU MONDE DU TRAVAIL

ET DE L'ENSEMBLE DES OPPRIMES S'IMPOSE

COMME UNE NECESSITE INCONTOURNABLE !

 

     La seule leçon que l'on puisse tirer de la rupture, au demeurant prévisible, des négociations entre la dictature de N'Djaména et les organisations syndicales est non seulement le caractère fourbe et hypocrite des dirigeants actuels, - hommes et femmes sans foi ni loi ni parole -, mais surtout le fait que les travailleurs ne devraient en aucune façon faire confiance en ces gens-là et n'ont pas d'autre choix que de se mobiliser, d'entraîner derrière eux l'ensemble des opprimés du pays contre la politique du gouvernement afin de faire plier celui-ci et de lui imposer les revendications nécessaires pour empêcher la dégradation des conditions de vie des couches populaires !

 

     En effet, on s'en souvient, face aux seize mesures prises  l'année passée par le gouvernement pour, prétendait-il, juguler les effets combinés de la chute du prix du pétrole et de ses aventures militaires hors du pays afin de défendre essentiellement les intérêts de l'impérialisme français,la plupart des organisations syndicales, aussi bien celles des travailleurs que des étudiants, ont, à juste titre, rejeté cette politique, qui, à leurs yeux, n'était rien d'autre qu'une attaque en règle contre leurs droits, acquis sociaux et conditions d'existence. Trois d'entre elles, l'UST, l’Union des Syndicats du Tchad, le SYNECS, le Syndicat National des Enseignants et Chercheurs du Supérieur et la CIST, la Confédération Indépendante des Syndicats du Tchad, ont ainsi mis sur pied une plate-forme et lancé un vaste mouvement social qui, des mois durant, a empêché le fonctionnement de certains secteurs essentiels, notamment l’Education, la Santé, les Finances, la Justice, etc.

 

     La détermination et la mobilisation des travailleurs ont fini par faire reculer le gouvernement : celui-ci, essoufflé par ce bras de fer, a, par l'intermédiaire de Pahimi Padacké Albert, le premier serviteur de Déby, deux fois de suite, pris l’initiative d’entrer en contact avec les centrales syndicales afin de chercher avec elles une issue à la crise sociale. Lors de ces rencontres, le gouvernement a notamment proposé « une trêve sociale, sans condition, sans préalable » en vue de la constitution d’un « comité technique » qui permettrait « de travailler ensemble » dans la perspective d’une solution définitive à la crise sociale, satisfaisant les intérêts des uns et des autres.

 

Ce changement d'attitude du pouvoir signifiait plusieurs choses, en réalité . D'une part, il était surtout l'expression de son recul, un recul né de la conscience de son impuissance face au mouvement social qui paralysait des secteurs essentiels de l'administration : prétentieux au début de la crise sociale au point de faire fi de l'avis des travailleurs, sûr d'imposer facilement ses mesures à ces derniers, dès le déclenchement de la grève, le pouvoir n'a pas, en effet, tardé à prendre la mesure de la force du monde du travail et, par conséquent, de sa propre impuissance à endiguer le mouvement social qui s'installait durablement. D'autre part, ce changement était aussi l'expression de sa crainte : il avait peur que, avec le temps, d'autres secteurs essentiels du pays, touchés également par ses mesures, ne fassent eux aussi le choix d'entrer dans le mouvement social ou qu'ils y soient entraînés par les travailleurs en lutte, dont ils appréciaient le courage et le combat, avec lesquels ils partagent tant de problèmes et d'intérêts communs. Enfin,  en optant pour la négociation, en faisant semblant de vouloir être à l'écoute des travailleurs, ce que cherchait le pouvoir, c'était surtout avoir un moment de répit, gagner du temps, afin de sortir de la nasse fangeuse de son impuissance, mais surtout de trouver d'autres subterfuges, pour, au bout du compte,imposer sa politique, d'une manière ou d'une autre.

 

C'est cela que les dirigeants de la plate-forme syndicale, qui ont fini par aller à la négociation, tout en maintenant l'essentiel de leurs revendications initiales, ont

découvert, par expérience, au fil des discussions engagées avec le pouvoir : au terme de plusieurs mois de face à face stérile avec les autorités, ils ont pris conscience de la mauvaise foi et de la duplicité de celles-ci, qui, tout en faisant semblant de chercher une solution négociée à la crise sociale, continuaient à prendre toutes les dispositions nécessaires à l'application des mesures qu'elles ont décidées et qui constituent justement le nœud du contentieux social.  En conséquence, comme de juste, ils ont alors décidé de rompre les discussions avec le pouvoir.

L'attitude du gouvernement n'a, cependant, rien d'étonnant, y compris ses mensonges. Tout cela n'est, en réalité, que dans les normes des choses. En effet, ces gens-là, Idriss Déby Itno et ses partisans, n'ignorent pas les problèmes énormes, de misère, de chômage, de maladies, de tant de privations, auxquels sont confrontés les travailleurs, leurs familles et l'ensemble des opprimés. Beaucoup d'entre eux sont même issus des milieux populaires, notamment de la paysannerie pauvre. Mais, ils n'ont cure des préoccupations et des aspirations des masses populaires !Ils s'en moquent éperdument! Si, dans cette situation de crise économique, c'est aux plus faibles, aux plus pauvres, qu'ils exigent d'énormes sacrifices en diminuant leurs salaires, supprimant leurs bourses, rendant ainsi leurs conditions de vie déjà précaires plus difficiles qu'avant, sans toucher aux intérêts des plus riches, -les trusts et leurs valets locaux -, cela n'a rien de hasardeux ! C'est un choix, social, politique, consciemment assumé, parce que tel est leur vrai rôle, à eux assigné par l'impérialisme français : organiser, dans le pays, l'exploitation des ressources tant naturelles qu'humaines au profit de la bourgeoisie mondiale, qui, au passage, tels des pourboires à des garçons de café,leur laisse des miettes pour veiller sur cet ordre-là de façon dictatoriale. En d'autres termes, leur mission, le choix qu'ils ont fait, c'est de vider les bouches et les poches des plus pauvres, des masses opprimées, pour remplir celles des trop riches et des trop rassasiés, que sont les consortiums, les trusts et leurs valets locaux, cette minorité de parasites qui a la mainmise sur l'économie du pays. Ces choix politiques et sociaux d'Idriss Déby Itno et ses partisans ne relèvent pas d'une « mauvaise gestion », comme le prétendent souvent les politiciens de l'opposition : c'est la seule politique qu'ils aient, la seule que défend l'Etat, à la tête duquel ils trônent, grâce à l'impérialisme français ! C'est aussi cela  que Déby a avoué, en filigrane, lors de la dernière interview qu'il a accordée à un groupe de journalistes français.

 

Dans ces conditions, quel qu'en soit le terrain, social ou politique, toute perspective de dialogue avec le pouvoir dans le but de l'amener à prendre en considération les aspirations des masses populaires et leur droit à la vie est vaine, vouée d'avance à l'échec. Toutes les expériences du passé, faites dans ce sens, comme la dernière  en date, celle des organisations syndicales qui viennent de mettre fin à la trêve sociale, le prouvent amplement ! Que reste-t-il, en effet, des accords signés entre les différents chefs de guerre et autres aventuriers politiques qui prétendaient parler au nom des masses populaires ? Que sont devenus les acquis sociaux et autres droits négociés au terme de luttes souvent dures, que le pouvoir a fini par balayer d'un revers de main dédaigneux ? Où en est-ton avec les illusions nées de la conférence nationale, qui a accouché de la dictature actuelle, alors qu'elle avait été présentée comme le creuset d'où jaillirait la démocratie ? Oui, que reste-t-il de tout cela ? Rien ! Absolument rien, à part la promotion de quelques politiciens, récompensés par des strapontins autour de la mangeoire gouvernementale, et, pour les masses populaires, des illusions justement, suivies d'immenses déceptions, de découragements, mais aussi le goût amer, âpre, de la trahison, en plus de la misère et de la dictature !Même dans les pays riches, comme la France, par exemple,la stratégie du dialogue avec la bourgeoisie et son Etat ne conduit qu'à une impasse. Les véritables avancées politiques et sociales dont jouissent les travailleurs et les couches populaires dans ces pays sont celles qu'ils ont acquises, arrachées, collectivement, à travers des luttes d'envergure. Pas autrement !   

 

Par conséquent, si l'on veut que les choses changent, que les masses populaires accèdent à des conditions de vie dignes de notre époque, au droit à la vie, aux libertés démocratiques élémentaires, celles-ci ne pourraient faire l'économie des luttes politiques et sociales nécessaires et indispensables à cet effet : Idriss Déby Itno, ses partisans et le patronat, qui les soutient, conséquents avec eux-mêmes, mènent la lutte de classe, la guerre contre les travailleurs et l'ensemble des opprimés, ces derniers ne peuvent donc pas éviter le combat ! S'ils ne veulent pas voir leurs conditions de vie se dégrader continuellement,leurs salaires diminuer, leurs familles sombrer dans la misère,se disloquer, leurs enfants devenir des chômeurs, voire des délinquants, ils devraient s'unir et se battre pour leurs droits à la vie! Oui, s'ils ne veulent pas voir leur existence sacrifiée sur l'autel des intérêts des riches, regarder la société entière s'enfoncer dans la précarité au profit de ces derniers, ils n'ont pas d'autre choix que de se battre collectivement, avec leurs propres armes, de classe, par des grèves, des manifestations, dans la rue, en opposant à la politique criminelle du pouvoir la leur propre, qui mette en avant des objectifs sur lesquels tous les travailleurs et les opprimés peuvent être d'accord, autour desquels ils peuvent s'unir parce qu'elle reflète les intérêts communs de tous : le droit au travail pour tous, le droit à un salaire correct, le droit de se nourrir, de se loger convenablement, le droit à la santé et aux soins, le droit à une éducation réelle pour les enfants, le droit aux bourses, le droit à des retraites qui permettent de vivre, le droit aux libertés essentielles, etc!

 

   

     Aussi est-ce cette perspective-là que les travailleurs, dont les dernières luttes ont sérieusement ébranlé la dictature, devraient préparer, méthodiquement, en s'unissant, quel que soit leur secteur d'activité, public ou privé, mais aussi en s'adressant aux chômeurs, aux retraités, aux artisans, aux étudiants, aux élèves, aux paysans pauvres, aux militants des organisations de droit de l'homme, des femmes, des journalistes, des consommateurs, etc, qui souffrent des mêmes problèmes qu'eux, afin de constituer avec eux une riposte d'ensemble, collective, de tous les opprimés contre la politique du pouvoir. Il n'y a pas d'autre issue !

 

                        ALI MOHAMED ABALI MARANGABI

 

                          abali_icho@yahoo.fr