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Géo-localisation

Publié par Mak

Introduction

2016 a été une année exceptionnelle au niveau des élections en Afrique. 24 élections déterminantes, 15 présidentielles et 9 législatives se sont déroulées, dont 7 présidentielles et 2 législatives dans des dictatures. La série de présidentielles a mis en évidence la problématique des élections en dictature. A première vue, le bilan de l’année 2016 semble très dur pour la démocratie. Il y a eu énormément de tensions, de violences et plusieurs massacres. Il en a découlé beaucoup d’articles de presses, jusqu’à en attirer l’attention d’un grand public, et des réactions internationales et africaines.

Le langage est resté policé. Les analyses à une échelle géographique plus large au-delà de chaque pays n’ont pas été faites. Pour l’instant, la démocratisation de l’Afrique, sujet encore abstrait et sortant à peine des non-dits, est vue comme une somme d’éléments incohérents ; les processus nationaux de démocratisation sont perçus comme décorélés, en dehors de toute logique géopolitique et historique. Des enquêtes et analyses de journalistes, chercheurs, associations, plus rarement de partis politiques, ou de fonctionnaires, s’accumulent sur chaque pays africain, surtout à l’extérieur de l’Afrique, dans des pays plus riches, en fonction d’intérêts divers ou aléatoires. Paradoxalement, seule, l’Union européenne semble avoir un début de politique à une échelle continentale visant la démocratisation de l’Afrique.

Seuls se sont mouillés des diplomates confrontés à leurs responsabilités, et dans quelques pays seulement. Mais la plupart, dans une majorité de pays, ont reculé face aux méthodes des chefs d’Etat anti-démocratiques. En dehors du Congo Kinshasa, en 2016, l’hypocrisie de la diplomatie internationale et africaine est apparue au grand jour. L’Union européenne a essayé de sauver la mise démocratique au Gabon, où elle s’est sentie agressée par le pouvoir pendant le coup d’Etat électoral. Les auteurs de ce coup d’Etat électoral appuyé par l’armée ont commis une grosse erreur en s’en prenant à une institution en partie autonome des exécutifs de ses états membres, eux-mêmes moins concernés.

Cette étude essaye dans un premier temps de faire le bilan de l’année 1996 au niveau processus global de démocratisation du continent africain. A ce titre, elle complète et met à jour l’étude du 30 mars 2016 « Après 26 ans de démocratisation, dictature et démocratie bientôt à l’équilibre en Afrique, 55 pays de 1990 à 2015, Démocratisation de l’Afrique, démocraties et dictatures : historique, évolution et état des lieux en 60 graphiques ».

Les données des deux études sont les mêmes pour la période allant de 1990 à 2015. Cette étude sur 2016 a accessoirement permis de corriger quelques erreurs dans les données détaillées de l’étude de 2016, ce qui a changé très légèrement quelques courbes sans changer ni l’essentiel des graphiques ni les analyses basées sur les 55 pays. Dans les deux études, les données sont utilisées, traitées, classées de la même manière. Le classement des régimes reste le même, pays par pays, année par année.

Ce qui est nouveau, d’un point de vue communication sur des données identiques, ce sont les cartes qui illustrent année par année la démocratisation du continent. Ces cartes, doivent permettre au travers d’un diaporama sur internet de constater l’évolution en quelques minutes. L’étude fournit les données associées aux cartes pour permettre de vérifier les données. Elle fournit le détail des classements de régimes pays par pays année par année qui n’était pas visible au travers des 60 graphiques de l’étude de mars 2016, en y associant les noms des chefs d’Etat. Même si le classement au niveau des données et du principe peut être contesté, l’affichage des données permet de constater qu’il s’appuie sur une logique rigoureuse.

Cette présentation rend aussi plus visible la logique du classement des régimes expliquée dans le chapitre introductif ‘Méthodologie’ de l’étude du 30 mars 2016 : « Des critères permettent de distinguer les trois catégories : Dictature Stable, Transition démocratique, complexe, intermédiaire et indéterminé (TCII), Démocratie. Les critères principaux de classement des régimes sont la manière d’arriver au pouvoir et la manière de conserver le pouvoir, auxquels se rajoutent d’autres critères. La catégorie ‘Transition démocratique, complexe, intermédiaire et indéterminé (TCII)’ est aussi la catégorie de tous les régimes qui ne sont pas des Dictature Stable ou des Démocraties, ce qui est possible en raison de la variété des sous-types de régimes. »

Le détail du classement en sous-catégories de TCII apparait dans les données de conception des cartes. Les sous-catégories de démocraties, la qualité de la démocratie, en dehors des critères de classement valables sur l’Afrique, ne sont pas considérées. Ce n’est toujours pas l’objet de ces recherches. Les sous-catégories de dictatures n’apparaissent pas, bien que des données complémentaires existent qui ont été utilisées dans certains graphiques de mars 2016 (Monarchie absolue, Dictature militaire arrivée par coup d’Etat ou guerre + avec ou sans persistance d’un parti unique).

Cette étude propose de nouveaux graphiques qui utilisent le classement en différentes sous-catégories ‘Transition démocratique, complexe, intermédiaire et indéterminé (TCII)’. Ainsi, apparaît quantitativement le poids année par années des ‘transitions de dictature à démocratie’, des guerres, ou de l’instabilité de gouvernement associée à des coups d’Etat militaires ou à de la contestation populaire.

La partie sur les élections utilise un classement inédit des élections en dictature et met en évidence les coups d’Etat électoraux, c’est-à-dire les élections au résultat réel inversé, comme une catégorie bien déterminée des élections en dictature. L’étude propose aussi d’associer les données électorales aux noms des chefs d’Etat, alors que dans l’étude de mars 2016, les noms des chefs d’Etat avaient été mis de côté.

La chute du dictateur gambien a soulagé un peu les esprits et permis de montrer l’attachement à la démocratie, au point qu’un ambassadeur chinois ait rejoint le reste de la communauté internationale pour, pour la première fois, parler de processus électoral. Malheureusement, ce cadeau de Noël est une nouvelle exception qui confirme la règle de l’absence d’élection correcte en dictature.

Avec 4 coups d’Etat électoraux, l’années 2016 restera comme l’année des coups d’Etat électoraux en Afrique. Cette année survient juste après 2015, une année de focalisation sur les limitations du nombre de mandats présidentiels dans les constitutions, l’année des coups d’Etat constitutionnels.

2017 pourraît être une année de gestion des crises électorales suite aux catastrophes de 2016, surtout en Afrique centrale. La question du rôle de la communauté internationale et africaine reste posée, d’autant plus fortement que la France et les Etats-unis changent de président, que les Nations-Unies viennent de changer de Secrétaire général, et que l’Union africaine redémarre avec un président de commission africaine issue d’une dictature. Des législatives sont attendues au Congo Brazzaville, au Gabon, ou plus tard au Tchad. L’absence de dates pour ces scrutins, les discussions sur les dialogues possibles ou impossibles forment le symptôme d’une crise électorale, qui suit une année de renoncement international face aux coups de forces de certains chefs d’Etat, mais aussi 27 ans d’un processus de démocratisation continental toujours bloqué et en attente de redémarrage.

Régis Marzin