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Publié par Mak

Intervention de Mahamat Nour IBEDOU lors de l’Organisation de la journée des martyrs le 11 février 2017  au centre Al Mouna.
 
Une fin d’après-midi du  3 Février 2008, au lendemain de l’entrée avortée de l’opposition armée à Ndjamena, des hommes en treillis militaire dont une enquête établira de façon formelle l’appartenance à la Garde Républicaine avaient enlevé sous les yeux de sa famille horrifiée, notre camarade IBNI OUMAR Mahamat Saleh. Il était Président du parti pour les Libertés et la Démocratie (PLD) et Porte-Parole de La Coordination des Partis pour la Défense de la Constitution (CPDC).
 
 La dernière image que  son épouse avait conservée de lui  était celle du père de ses enfants, entouré de soldats en armes dans un véhicule militaire Toyota qui disparut  au coin de la ruelle qu’il avait l’habitude d’emprunter si souvent.
 Depuis lors, c’est le silence… certaines informations et certains témoignages surtout ayant conduit à l’ouverture d’une information judiciaire nous ont permis d’affirmer aujourd’hui qu’il n’est plus.
Deux de ses camarades chefs de partis en l’occurrence les illustres  présidents Lol Mahamat Choua et Ngarlejy Yorongar enlevés le même jour et dans les mêmes conditions  et sauvagement séquestrés avaient heureusement réapparu quelques jours plus tard.
Ce dernier épisode de la vie d’ibn Oumar Mahamat Saleh est identique à celui des autres tchadiens morts parce qu’ils avaient dit non à un système ; comme lui, eux aussi avaient quitté leurs familles un matin et ne sont plus rentrés à la maison. ces illustres tchadiens ; Dr Autel BONO, Me Joseph Behidi, Gustave Oulatar, Mamadou Bissou, les jeunes  Selgué  et abba chou,le Docteur GUETTI et tant d’autres illustres figures nationales ont perdu la vie parce qu’ils se sont rangés du côté de la vérité ;   
Notre pays a pourtant ratifié tous les instruments juridiques internationaux.
-         La Déclaration Universelle des Droits de l’homme qui est la mère de tous les outils juridiques internationaux subséquents avait mis en avant « le DROIT  A LA VIE »  notamment en son article 03, elle stipule « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » ; et l’article 05  surenchérit « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
-          La Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, va dans le même sens.
-          les Protocoles Additionnels aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (Protocole I), 8 juin 1977et :
-         La Constitution tchadienne qui est largement inspiré comme celle des autres pays, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule en son article 17 « La personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à l'intégrité de sa personne, à la sécurité, à la liberté, à la protection de sa vie privée et de ses biens ».
Notre pays qui comme nous l’avons dit avait ratifié tous ces instruments occupe malgré tout hélas avec quelques autres pays les premiers rangs de ceux  qui violent le plus les Droits de l’Homme. Au moment où nous tenons ce petit forum, des tchadiens sont en train de subir des tortures dans de geôles réservées aux proches parents d’IDRISS DEBY  dans  des locaux situés à la présidence, dans les locaux de l’Agence Nationale de Sécurité ANS et dans certains purgatoires comme la prison de Koro Toro. Beaucoup de ces personnes qui avaient à un certain moment émis certainement des opinions différentes de celle du chef succombent le plus souvent aux tortures et cela sous le silence de la communauté internationale et même de l’ignorance du phénomène par l’opinion tchadienne ; ceci parce que très peu d’informations filtrent de ces endroits et les témoignages sont très rares et ne s’expriment que sous garanti de l’anonymat.
 
L’affaire IBNI est révélatrice du laxisme affiché par nos partenaires privilégiés qui n’hésitent pas à piétiner les valeurs dont  ils nous rabattent les oreilles tous les jours  pour peu que leurs intérêts soient  mis en jeux :
 En effet, Depuis juin 2013, une information judiciaire est ouverte en France au niveau de la Chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris ; ceci pour les faits « d'enlèvement et de séquestration accompagnés de tortures et d'actes de barbarie commis sur la personne de l’opposant disparu ».  Depuis lors, l’enquête avance très lentement trop lentement, au point où sa famille, ses proches ainsi que tous ses camarades engagés avec lui dans le combat démocratique sont surpris d’attendre aussi longtemps l’éclatement de la vérité…. Ils continuent ainsi à attendre des explications et surtout  d’essayer de comprendre ce qui s’était réellement passé après l’enlèvement.
 De ce côté, Nous sommes depuis longtemps habitués à voir nos partenaires privilégiés fermer les yeux, les oreilles et la bouche sur les sanglantes répressions des marches pacifiques par des soit disant forces de l’ordre en réalité au service exclusif de Deby.
 Tout le pays cherche à comprendre, pourquoi IBNI OUMAR, l’incarnation du combat pacifique et démocratique puisse faire l’objet d’un enlèvement dont la barbarie n’a d’égal que la haine nourrie contre lui par ses  bourreaux.
 Les autres compatriotes martyrs dont la disparition mérite tout autant l’ouverture d’information judiciaire ne seront jamais oubliés ; plusieurs procédures seront ainsi engagées et justice sera rendue.
 La disparition de notre camarade Ibni Oumar Mahamat Saleh  tout comme les autres martyrs morts sous les balles des forces de la dictature pendant les marches pacifiques ou lâchement assassinés ne figurent apparemment  plus à l’agenda des discussions  actuellement entre la France et le Tchad, comme cela l’a été au début de la présidence de François Hollande. Ils ont donc été les victimes une fois de plus des relations Occultes de la France Afrique
Quoi qu’il en soit, et en définitive, l’intelligentsia tchadienne patriote, fait sienne les déclarations de l’illustre Clément Boursin qui avait dit « Nous n’abandonnerons jamais. La quête de la vérité et de la justice est longue et laborieuse, mais nous avons le temps avec nous. Un jour, le droit sera dit ».
Pour notre part, nous ajouterons à l’intention de nos  camarades et concitoyens disparus en leur   disant : soyez tranquilles là où vous reposez  parce que vos bourreaux  sont connus de nous tous, et nous ne doutons pas un seul instant que tôt ou tard, ils paieront le prix fort.
Camarades martyrs, Les forces du mal, qui ont fait de la force  des armes leurs atouts de tous les instants, en provoquant vos disparitions,  ont peut-être éliminé  des  hommes ; mais elles ne réussiront jamais  à effacer vos images et vos noms  qui sont déjà inscrits en bonne place dans les annales de l’histoire de notre pays.
Ces forces du mal  ont peut-être fait disparaitre des hommes ; mais elles n’ont jamais réussi à faire disparaitre une vision.
Plus que les autres,  vous croyiez  en la force du combat pacifique parce qu’aucun d’entre vous n’a pris les armes pour combattre le système ; vous avez tous perdu la vie en cherchant à lutter à mains nues à l’image d’une  des déclaration du camarade IBNI OUMAR qui illustre cette noble approche de la lutte démocratique : il avait dit un jour, « si nous sommes opposés à la prise du pouvoir par les armes, nous sommes tout aussi opposés à la confiscation du pouvoir par les armes ».
Plus que tout autre, tu aspirais à voir un jour, le pays, notre Tchad se muer en un espace où il fera bon vivre, tu aspirais à la création d’une société égalitaire où la justice méritera son nom et où les immenses richesses de ce pays seront équitablement réparties entre ses  citoyens ; des richesses qui seront ainsi mises au service du bonheur de tes concitoyens ; tu y croyais tellement  que tu avais résolument opté pour le refus de l’arbitraire.
De ta carrière  haute en couleur qui a commencé dans  ton Biltine natal en 1949  jusqu’à ‘Université du Tchad et du Niger  en passant par l’Université d’Orléans en France, tu pouvais avec un doctorat d’état en mathématique vivre décemment et nourrir tes enfants comme les autres ; non ! tu as préféré la lutte politique, la vraie, pas celle que nous connaissons aujourd’hui c’est-à-dire celle dont certains acteurs  n’hésitent pas à pactiser avec les fossoyeurs du peuple tchadiens.
A tous nos martyrs, nous disons : le fait que les camarades  responsables des partis politiques  et ceux de la société civile voire des leaders d’opinions se reconnaissent dans votre sacrifice nous amène à affirmer que votre mémoire n’appartient désormais ni à vos familles biologiques, ni à vos familles politiques  pour certains ; votre mémoire appartient  à toutes la nation, à toutes  les  forces vives du pays qui aspirent désormais à un changement  et donc à un Tchad débarrassé de tout prédateur à la solde des puissances extérieures mafieuse  et de certains réseaux internationaux occultes.
Vous aviez perdu la vie parce que vous aviez dit non à l’obscurantisme ; vous aviez perdu la vie parce que vous aviez dit non à l’arbitraire érigé en système d’Etat ; vous aviez perdu la vie parce que vous aviez  dit non  à une gouvernance illustrée par une gestion  clanique et ethnique des affaires de ce pays ; de ce fait, vous  incarnerez toujours pour  nous tous, le refus de la négation de la démocratie, le refus du pillage systématique des richesses nationales par un clan et une famille ; le refus de l’injustice  au quotidien.
il est de notre devoir de faire en sorte que les forces du mal  qui ont fait de ce pays un paradis pour une classe très minoritaire de maitres et un purgatoire  pour l’immense majorité des autres  citoyens devenus des parias chez eux puissent  réfléchir à deux fois avant de s’attaquer à des patriote de votre trempe qui sont encore en vie .
 vous auriez été plus  motivé dans votre combat si vous aviez été là parmi nous ; parce que ce pays que vous aimez tant est en train de devenir après vous, l’ombre de lui-même ; ce pays pour lequel vous aviez peut être pour certains d’entre vous un projet de société capable de lui donner figure humaine dans le concert des nations est plus que jamais en cette année 2017 soumis à la volonté d’un seul homme ; un homme qui , après avoir usurpé sans vergogne les voix des citoyens aux présidentielles d’avril 2016 vient de poser un acte révélateur de sa propre perception de la démocratie et d’un état de droit ; la prolongation unilatérale antidémocratique et anticonstitutionnelle du mandat d’un parlement déjà illégitime et dont l’existence était illégale depuis 2015 ; enfin, un homme qui a pratiquement hypothéqué  toutes les richesses minières du pays en les livrant à des multinationales aux pratiques bien connues vis-à-vis des pays du tiers monde, contre des miettes dont lui et sa famille sont  les seuls à profiter ; cet homme a également engagé le pétrole du sous-sol national pour  des transactions avec des officines financières internationales  bien connues comme « glencore » , qui ont maintenant tout le loisir de surenchérir sur les montants  de l’achats de nos parts  acquises de CHEVRON avec ce taux suicidaire pour le pays ; ceci par la faute d’un individu insatiable, et dont l’inconscience  couplées à un absence totale de nationalise a conduit à présent notre pays dans un cercle vicieux dont l’issue sera sans nul doute une humiliante cessation de paiement.
Camarade martyrs, le devoir de fidélité nous oblige à honorer votre mémoire en défendant ardemment la cause pour laquelle vous avez donné votre vie. Toute la crème nationaliste et consciente du pays doit faire sienne la cause pour laquelle vous êtes morts et de se faire un devoir d’agir afin que votre sacrifice ne soit pas vain. C’est un défi que devant votre mémoire, nous nous engageons solennellement à relever.
La cause pour laquelle vous avez donné votre vie n’a pas encore triomphé  c’est vrai; mais ce n’est pas là l’essentiel parce que le triomphe sera au rendez-vous tôt ou tard ; ce qui est important ici c’est le fait que l’histoire  retiendra qu’il avait existé au Tchad  des hommes et certainement des femmes qui s’étaient levés pour dire non à l’injustice, à la barbarie et à l’arbitraire érigé en méthode de gouvernance.
 Je vous remercie de votre aimable attention.
 
Centre Almouna 11 Février 2017.