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Flash Info: Déposée devant le Tribunal de Paris, depuis deux ans, une plainte à l'encontre d'Ismaïl Chaïbo, est en instruction.Elle a été annoncée pourtant sur France Inter. Il vient d'être nommé Directeur des Renseignements militaires (B2) au Tchad, rèvèle l'hebdomadaire, Jeune Afrique basé en France//

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Publié par Mak

M.Djibrine Assali Hamdallah,

M.Djibrine Assali Hamdallah,

Figure emblématique de la lutte syndicale au Tchad et ancien Secrétaire Général de l’Union des Syndicats du Tchad(UST), M.Djibrine Assali Hamdallah, réfugié depuis 2008 à l’étranger, suit avec une attention particulière la crise sociale qui agite le Tchad ces derniers temps.

Fin connaisseur et fort de ses expériences de lutte syndicale au Tchad, M.Assali analyse pour nous la détermination des travailleurs tchadiens dans le bras de fer qui les oppose au pouvoir et tente d’apporter d’éclaircissements sur les accusations d’Idriss Deby dont il fait l’objet.

Selon lui, le pouvoir sera obligé de revenir sur ces mesures antisociales pour une issue meilleure de la crise au Tchad. Il appelle aussi les travailleurs tchadiens à se mobiliser davantage pour préserver des acquis sociaux.

Interview

Makaila.fr : Bonjour M.Assali ! En tant qu’ancien Secrétaire Général de l’Union des Syndicats du Tchad (UST), quelle lecture faites-vous du bras de fer qui oppose les travailleurs Tchadiens à l’Etat ?

Djibrine Assali Hamdallah :

Bonjour M.Makaila ! Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier pour l’occasion que vous m’offrez afin de donner mon point de vue sur la crise sociale qui prévaut actuellement au pays. En ce qui concerne le bras de fer qui oppose les travailleurs et travailleuses du secteur public à l’Etat, je dirai d’emblée que je n’en suis nullement surpris, d’autant plus le sort que le pouvoir a réservé et réserve encore à ces derniers, est plus que déplorable. Je préfère le terme de pouvoir à celui de gouvernement car, tout le monde sait que toutes les décisions se prennent par le chef de l’Etat et non pas par le gouvernement. J’invite ceux qui en douteraient encore à bien réécouter les déclarations faites par le chef de l’Etat le 26 décembre 2016 devant les Présidents et Secrétaire Généraux des cent huit (108) partis politiques de la majorité présidentielle pour s’en convaincre. Non seulement, leur situation était déjà déplorable, mais le pouvoir vient encore d’enfoncer le clou en prenant des mesures impopulaires et antisociales que l’on sait, sans aucune concertation préalable avec les partenaires sociaux.

 

Makaila.fr : les autorités tchadiennes imputent la banqueroute actuelle au cours du pétrole à l’échelle mondiale pour justifier la crise sociale que traverse le Tchad. Quel est votre avis ?

 

Djibrine Assali Hamdallah :

En fait, la baisse du prix du baril de pétrole n’a fait qu’aggraver la banqueroute déjà existante et dont les causes principales sont la mal gouvernance, la mauvaise gestion caractérisée des biens de l’Etat, le népotisme, la corruption généralisée, les détournements deniers publics, l’impunité, etc.…

Les auteurs des détournements de l’argent public sont bien connus, mais, du fait qu’ils sont les proches du chef de l’Etat ou de son épouse, ils sont, selon le terme consacré, intouchables. En effet, en prétendant qu’ils ont libéré le pays de la dictature au prix « des lourds sacrifices », ils ont transformé le Tchad en un butin, en utilisant les biens ainsi que les ressources de l’Etat à leur guise. N’a-t-on pas vu ou entendu parler des cérémonies organisées par ces gens pour fêter leur dixième ou centième milliard. Lorsque le chef de l’Etat disait que l’unité de compte est devenue le milliard, c’est certainement à eux qu’il pensait inconsciemment et non au fonctionnaire ordinaire et/ou du tchadien lambda. Ces gens font croire au reste des tchadiens qu’ils sont les seuls à avoir participé à la lutte contre la dictature. Quoi qu’il en soit, vingt six ans de pillages et des détournements, n’est-ce pas assez suffisant ?

 

Makaila.fr : depuis votre exil, votre forte personnalité hante Idriss Deby qui vous a publiquement accusé d’avoir détourné des sommes lors d’une rencontre à la présidence. Pourquoi, le président vous craint-il autant ?

 

Djibrine Assali Hamdallah :

Je ne sais pas s’il me craint, mais je constate qu’il a contre moi une haine viscérale. Ce n’est pas à cause d’un détournement quelconque car je n’ai jamais détourné de l’argent de l’UST. Je pense qu’il m’en veut plutôt, d’une part, à cause de mes anciennes activités syndicales, et, d’autre part, à cause du rôle que j’avais joué lors de l’organisation et du déroulement de la conférence nationale 1993. Et, comme vous le savez, pour le moins qu’on puisse le dire, cet homme a la rancune tenace.

 

Makaila.fr : quel sera aujourd’hui, le niveau de contestation sociale, si vous étiez encore à la tête de l’UST ?

 

Djibrine Assali Hamdallah :

Je pense sincèrement ce que font les dirigeants actuels de l’UST avec leurs collègues du SET et du SYNECS, est tout simplement admirable et digne d’éloges. Je n’aurai certainement pas fait mieux que ce qu’ils sont en train de faire depuis le début de cette crise sociale.

Et, ce qu’il ne doit surtout pas oublier, c’est que la lutte syndicale est une œuvre collective et non celle d’un seul homme, quelles que soient ses qualités intrinsèques. Elle dépend également beaucoup de la prise de conscience des travailleurs et des travailleuses, de leur mobilisation ainsi que de leur esprit de sacrifice.

Makaila.fr : pourquoi les centrales syndicales tchadiennes peinent-elles à mobiliser les travailleurs comme dans d’autres pays ?

Djibrine Assali Hamdallah :

Elles sont, contrairement aux dires des certains hommes politiques, pauvres. Elles manquent de matériel et surtout des ressources financières. Dans certains autres pays, les centrales syndicales bénéficient légalement du check-off, autrement dit de la retenue de la cotisation à la source. En plus de cela, elles reçoivent des subventions de l’Etat, ce qui n’est pas le cas au Tchad. Et lorsqu’on sait par ailleurs, que les salaires des travailleurs tchadiens sont tellement maigres qu’ils ne leur permettent pas de réaliser des épargnes et/ou des économies, l’on se rend facilement compte des difficultés de ces centrales syndicales, plus particulièrement celles qui tiennent à préserver leur indépendance par rapport au pouvoir. Néanmoins, elles font déjà, compte du contexte national et par rapport à ce que font bien d’autres centrales d’Afrique, un travail appréciable.

Makaila.fr : Idriss Deby a menacé de dissoudre les organisations centrales qui réclament les droits sociaux. Pensez-vous qu’il sera à mesure ?

Djibrine Assali Hamdallah :

Malgré la nature dictatoriale de son régime, il ne le pourra pas. Rappelez-vous qu’il avait déjà tenté, en 1991, de dissoudre l’Union Nationale des Syndicats du Tchad (UNST), arguant du fait qu’elle était affiliée à l’UNIR. Nous nous y étions vigoureusement opposés en déclenchant une grève. En effet, cette mesure arbitraire et dictatoriale constitue non seulement une violation flagrante des dispositions pertinentes de la convention 87 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), relative à la liberté syndicale et à la protection des droits syndicaux, ratifiée par le Tchad, mais elle viole également celles des lois tchadiennes en vigueur. C’est ainsi qu’à l’époque, le pouvoir avait renoncé à la dissolution et, en contrepartie, nous avions accepté de changer légèrement la dénomination de notre centrale. En effet, selon la loi, un syndicat ne peut être dissout que par la voie judiciaire. Et, quoi qu’on dise de la justice de notre pays, je ne pense pas qu’elle puisse cautionner une mesure aussi arbitraire.

Makaila.fr : selon vous, quelle sera l’issue de la crise sociale qui oppose la plateforme syndicale et l’Etat ?

Djibrine Assali Hamdallah :

A mon avis, compte tenu de la détermination des fonctionnaires à poursuivre la grève, le pouvoir sera obligé à revenir sur certaines mesures qu’il a prises et de faire aux grévistes des concessions satisfaisantes.

Makaila.fr : que dites-vous du silence des instances internationales comme le Bureau International du Travail (BIT), sur la crise sociale au Tchad ?

Djibrine Assali Hamdallah :

Compte tenu du caractère tripartite de l’OIT, le BIT ne peut pas prendre publiquement position mais, si les centrales syndicales lui déposent des plaintes contre le gouvernement par rapport aux violations de la liberté syndicale et des droits syndicaux, il pourra se prononcer.

Par contre la Confédération Syndicale Internationale (CSI) ainsi que les centrales syndicales françaises, belges, américaines et autres, ont dû déjà réagir, ne serait-ce qu’en envoyant au pouvoir des messages de protestation.

Makaila.fr : quel est votre message aux camarades militants de l’UST en lutte au Tchad ?

Djibrine Assali Hamdallah :

Tout d’abord, je tiens à leur adresser mes chaleureuses félicitations ainsi que tous mes encouragements pour leur audace et pour leur détermination dans cette lutte courageuse. Comme je l’ai lu dans un de leurs communiqués, le pouvoir en interdisant les manifestations pacifiques, en modifiant certaines dispositions de la loi relative à la réglementation du droit de grève dans les services publics et en leur imposant des mesures antipopulaires et antisociales, veut tout simplement réduire les travailleurs en esclavage. Ils doivent par conséquent plus que jamais massivement se mobiliser encore davantage, ne serait-ce que la préservation des acquis sociaux.

Propos recueillis par Makaila Nguebla pour Makaila.fr