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Publié par Mak

NON A LA TRÊVE SOCIALE AU TCHAD  !

NON A LA TRÊVE SOCIALE !

AMPLIFICATION ET CONVERGENCE DES LUTTES

EN VUE D’UN MOUVEMENT DE TOUS ENSEMBLE

POU FAIRE PLIER LA DICTATURE !

 

Suite aux seize mesures prises par Idriss Déby Itno et ses partisans, sous le fallacieux prétexte de faire face aux conséquences de la crise économique, alors qu’il s’agissait, en réalité, d’une attaque brutale, en règle, contre les intérêts de la majorité pauvre de la société, depuis trois mois, l’administration et bien d’autres secteurs économiques du pays sont paralysés par un vaste mouvement social. Plusieurs grèves, lancées par une plate-forme syndicale formée par l’UST, l’Union des Syndicats du Tchad, le SYNECS, le Syndicat National des Enseignants et Chercheurs du Supérieur et la CIST, la Confédération Indépendante des Syndicats du Tchad, empêchent, en effet, le fonctionnement des secteurs essentiels de l’administration, notamment l’Education, la Santé, les Finances, la Justice, etc.

Au début de ce bras de fer, Idriss Déby Itno et son gouvernement ont fait montre de mépris et de suffisance face à la réaction du monde de travail. Considérant celle-ci avec morgue, ils arguaient que les mesures qu’ils avaient prises de façon unilatérale, sans la moindre concertation avec ceux qui en sont les principaux concernés, n’étaient ni négociables ni discutables. Dans la foulée, ils ont envoyé à travers le pays ministres, députés, gouverneurs et autres responsables du MPS pour en expliquer le caractère prétendument nécessaire, mais aussi, pour affirmer, au passage, leur volonté de les appliquer coûte que coûte.

Mais, au bout de trois mois de luttes engagées par les travailleurs, mobilisés et déterminés à ne pas accepter ces mesures-là, voilà que, deux fois de suite, le premier ministre a pris l’initiative d’entrer en contact avec les centrales syndicales afin de chercher avec elles une issue à la crise sociale : le 24 novembre dernier et le 12 de ce mois, Pahimi Padacké Albert a réuni, dans les locaux de la primature, les directions syndicales à la tête du mouvement social pour leur proposer de trouver ensemble une solution commune. Lors de ces rencontres, il a lourdement insisté sur la disponibilité du gouvernement à discuter. Il a notamment proposé « une trêve sociale, sans condition, sans préalable » en vue de la constitution d’un « comité technique » qui permettrait aux deux camps « de travailler ensemble » dans la perspective d’une solution définitive à la crise sociale, satisfaisant les intérêts des uns et des autres. Ce serait, selon lui, « l’intérêt général du pays » qui motiverait cette démarche du pouvoir.

 

En réalité, la raison du revirement du pouvoir n’a rien à voir avec un quelconque intérêt général, qui, de toutes les façons, n’existe pas. En évoquant cette notion pour expliquer la volte-face de la dictature, Pahimi Padacké Albert lui-même sait qu’il fait de la démagogie et ment ! Car, comment peut-on parler d’intérêt général dans une société divisée en classes sociales, en riches et pauvres, bourgeois et prolétaires, oppresseurs et opprimés, dont les intérêts sont diamétralement opposés ? Qu’y a-t-il, en effet, de commun entre la minorité de nos propres bourgeois, qu’engraisse l’Etat, qui s’empiffrent, se gavent, exhibent de façon ostentatoire leur train de vie scandaleux et l’écrasante majorité de la population constituée de travailleurs, de paysans pauvres, de chômeurs, de retraités, femmes et hommes, qui s’enfoncent de plus en plus dans la misère à tel point que nombre d’entre eux ont aujourd’hui du mal à assurer leur pitance une fois par jour ? Qu’y a-t-il de commun entre les parasites qui ont reçu la part de lion dans le partage de la cognotte pétrolière, évaluée à quelque dix mille milliards de dollars, et les masses opprimées qui n’en ont même pas senti l’odeur, comme ces millions de familles pauvres essaimées dans les différentes régions quasi abandonnées du pays, dont les enfants souffrent de malnutrition chronique et ne doivent leur vie qu’à l’aide des organismes internationaux, FAO et PAM, notamment, ou des organisations non gouvernementales, comme Action Contre la Faim et d’autres? Oui, qu’y a-t-il de commun entre les privilégiés du pays, hommes d’affaires ou politiciens, valets des trusts des grandes puissances, qui vivent dans un autre monde, ne savent pas ce qu’est la crise économique, et les millions d’opprimés dont les conditions de vie se dégradent constamment, parmi lesquels les travailleurs victimes desdites mesures, qui, à cause des salaires non payés depuis des mois, regardent, dans l’impuissance, leurs familles se disloquer sous la pression de la misère et de la précarité ? Qu’y a-t-il de commun entre ces gens-là ? Absolument rien ! Déby et ses partisans l’ont d’ailleurs largement démontré quand, de manière consciente, unilatérale, ils ont décidé de s’attaquer brutalement et froidement aux intérêts des travailleurs et des plus pauvres, tout en sachant pertinemment les conséquences désastreuses que leurs mesures entraîneraient dans la vie des masses populaires !

 

En réalité, la raison profonde du changement d’attitude du pouvoir est bien ailleurs : elle est dans l’essoufflement de la dictature, dans son recul, qu’elle n’ose pas avouer publiquement, évidemment, mais qu’elle tente habilement de couvrir en utilisant des subterfuges de ce genre ! Au début de la crise sociale actuelle, forts de l’habitude qu’ils ont de faire ce qu’ils veulent dans le pays, comme on l’a vu lors de la dernière élection présidentielle au terme de laquelle ils se sont imposés grâce à l’armée, Déby et ses partisans avaient pensé que leurs mesures passeraient comme une lettre à la poste. Mais ils n’avaient pas compté avec la détermination des travailleurs, décidés à ne pas se laisser faire. Et il n’a pas fallu plus de trois mois de mobilisation du monde de travail, de paralysie des secteurs clés de l‘administration, qui en a découlé, pour que la dictature prenne, d’une part, la mesure de la force de la classe ouvrière, et, d’autre part, celle de sa propre impuissance face à celle-ci. Voilà l’origine du revirement du pouvoir, qui est l’expression de son recul, de son échec à imposer ses choix sociaux ou à faire comme bon lui semble. Si on en est là, oui, c’est grâce aux luttes, à la grève, à la mobilisation des travailleurs : c’est cela qui a obligé la dictature à reculer, à faire ce qu’elle n’avait pas voulu auparavant, c’est-à-dire chercher à négocier.

 

Telles donc sont les motivations profondes qui font courir Pahimi Padacké Albert, le premier serviteur de Déby, derrière les organisations syndicales ! En reculant sans le montrer, en optant pour une négociation, chose qu’il n’avait pas proposée au début, ce que cherche le pouvoir, c’est une sortie honorable, qui lui permettrait de ne pas perdre la face, mais surtout de sauver l’essentiel en ne cédant que sur des choses secondaires. C’est pour cela qu’il réclame désespérément « une trêve sociale », qui pourrait lui permettre d’avoir un moment de répit, mais aussi les coudées franches pour tenter de casser la nécessaire unité des organisations syndicales et d’imposer finalement sa politique, sous une forme ou sous une autre.    

 

Voilà pourquoi les travailleurs n’ont aucun intérêt à écouter le refrain de « la trêve sociale » qu’entonne la dictature ! Ils n’ont aucun intérêt à prêter une oreille attentive aux sirènes de « l’intérêt général » non plus! Car, - contrairement à ce que pensent les responsables de l’église épiscopale, ces éternels soutiens de nos dictatures, comme les imams, les chefs traditionnels et autres représentants du fatras réactionnaire local, qu’Idriss Déby Itno vient d’appeler à la rescousse -,  les travailleurs n’ont ni patrie, ni nation, ni ethnie, ni religion, ni intérêt général à protéger ! Ils n’ont que leurs intérêts de classe, de pauvres, d’opprimés et leur droit à la vie à défendre ! Pas d’autre chose ! En obligeant la dictature à reculer, ils viennent de démontrer qu’ils constituent une force colossale, que, s’ils sont conscients de cela, ils pourraient même bloquer tout le pays, le paralyser, le couper du reste du monde et mettre la dictature à genoux, s’ils en ont l’ambition et sont déterminés à le faire. Par conséquent, loin de se laisser distraire par l’offre de « trêve sociale » proposée par la dictature, ils devraient plutôt amplifier les luttes, les développer et les faire converger vers un mouvement de toute la classe ouvrière, de tous les travailleurs et de l’ensemble des opprimés, comprenant les militants des organisations des droits de l’homme, des femmes, des chômeurs, des étudiants, des élèves, des artisans, des petits commerçants, des journalises, des artistes, etc, victimes comme eux de la politique du gouvernement, en vue de créer un rapport des forces à même de faire plier la dictature et de lui imposer l’ensemble des revendications populaires recensées dans une plate-forme revendicative, d’intérêt public, un plan d’urgence constitué notamment des exigences essentielles des masses opprimées face à la cherté de la vie, c’est-à-dire :

- le retrait total des seize mesures gouvernementales

- la diminution drastique des salaires des dirigeants, à commencer par celui d’Idriss Déby Itno, dont personne ne sait combien il gagne, mais aussi celui des ministres, des députés, des responsables de l’armée, des gouverneurs, des préfets, sans oublier les hauts cadres des banques, des grosses entreprises, tant publiques que privées

 - une augmentation conséquente des salaires, tant du public que du privé, du SMIG, au moins à 90 000 f cfa mensuels, des allocations de chômage, des pensions de retraite, des bourses, instituées comme un droit pour tout étudiant

- l’interdiction des licenciements dans le public comme dans le privé,

- l’embauche de tous les contractuels et les précaires, notamment dans les secteurs publics essentiels, l’Education, la Santé, mais aussi les Travaux Publics, en fonction des besoins des masses opprimées

 - un revenu minimum pour tous ceux qui ne bénéficient d’aucun emploi et d’aucune allocation, notamment les femmes et les mères isolées, un fonds de soutien aux personnes âgées ne bénéficiant d’aucune retraite

- une baisse importante des prix des produits et des articles de première nécessité : de l’eau, de l’électricité, du pétrole, de l’essence, du gaz, du ciment, du transport, mais aussi des impôts, des loyers

- l’instauration de l’échelle mobile des salaires : chaque fois que les prix des produits indispensables augmentent, les salaires font de même, ils augmentent aussi, proportionnellement

- la gratuité effective de l’éducation et des soins dans le public 

- la défense et la jouissance des droits démocratiques élémentaires, de réunion, d’expression, d’organisation, de manifestation, sans aucune menace ni entrave de la part du pouvoir

- la rupture du cordon ombilical qui lie exclusivement la presse publique, la radio, la télévision notamment, au pouvoir du MPS, en vue de l’émancipation des journalistes du joug de celui-ci et de l’instauration d’une expression libre de toutes les sensibilités au sein de l’ONRTV, etc…

Si les luttes s’amplifient au point de faire plier la dictature, la seule façon efficace pour que les travailleurs aient les moyens de réaliser ce plan d’urgence, c’est la suppression du  secret bancaire, tant des comptes publics que privés, afin que les masses populaires aient une idée exacte de la situation économique du pays, sachent notamment ce qu’est devenu l’argent que, des années durant, les trusts pétroliers ont daigné laisser à l’Etat, voient, constatent que si le pouvoir actuel les étrangle avec la misère, ce n’est pas parce qu’il manquerait de moyens, mais parce qu’il en fait un choix délibéré ! Enfin, c’est surtout la seule façon pour que les travailleurs accèdent aux moyens réels qui existent et les utilisent pour résoudre les problèmes urgents auxquels sont confrontés les opprimés du pays, tout en mettant fin à la politique d’Idriss Déby Itno et ses partisans dans le but d’empêcher que la société ne sombre dans la déchéance.

 

                                                         Ali Mohamed Abali Marangabi

                                                         abali-icho@yahoo.fr