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Publié par Mak

Manifester pacifiquement interdit au Tchad: la question de la radicalisation en débat

AU TCHAD IL EST INTERDIT DE MANIFESTER PACIFIQUMENT.

LA QUESTION DE LA RADICALISATION

EST A METTRE EN DEBAT !        

 

Quelle que soit la réponse que l’on peut apporter à l’article paru dans le site Yadari.fr « Et si l’on se radicalisait ? », un changement s’impose dans la stratégie de lutte politique des Tchadiens.

En effet, il est constaté par tous que depuis l’arrivé au pouvoir du MPS, aucune possibilité n’est laissée à la population tchadienne de s’exprimer par la voie pacifique.

La constitution tchadienne, malgré le fait qu’elle soit constamment tripatouillée renferme encore quelques droits fondamentaux légitimes qui sont, entre autres, le droit de se rassembler, de manifester sans violence et le droit de choisir librement ses représentants. S’il n’est plus possible de participer pacifiquement à la vie démocratique et profiter de la richesse commune du pays, la radicalisation n’est plus un tabou quelle qu’en soit la conséquence. Il faut donc se battre avec tous les moyens et le radicalisme dont parle l’auteur de l’article peut être un des moyens mais aussi une autre façon.

Être radical, c’est lutter pour que notre pays s’appuie sur la démocratie, les droits universels et la justice pour tous, en vue de l’épanouissement morale et intellectuel, et de l’amélioration de la situation socio-économique de tous les Tchadiens.

En fait, le radicalisme véhicule avant tout des idées forces liées à l’attachement à la démocratie, à la laïcité, au suffrage universel. Certes, le radicalisme comporte une attitude intransigeante, une volonté de rupture avec ce qui existe et un changement de paradigme.

Mais, la question fondamentale est de savoir comment, avec quels moyens, quelles stratégies, dans quel domaine précis, celui des idées ou des actions que nous devons user de la radicalisation ?

Le jour où les Tchadiens répondront de façon précise à ces questions, ils pourront efficacement s’unir et définir une stratégie pour vaincre le pouvoir implanter au Tchad et soutenu, à bout de bras, depuis 26 ans par la communauté internationale sous la houlette de l’ancienne métropole coloniale.

Pour l’heure, quelques groupes organisés et plus ou moins officiellement connus tentent de lutter :

  • Les ADH (société civile) et les syndicats eux, ils mènent des actions pacifiques.
  • Les politico-militaires (les rebelles armés) ils sont bloqués et n’agissent plus. Attention ! IDI (Ex rebelle) avait promis la liberté, nous avons l’enfer.
  • L’opposition parlementaire, ils ne peuvent rien faire à l’Assemblée Nationale vu la faiblesse de leur nombre, trente députés contre la centaine du MPS choisis par le fait du prince ;
  • Les partis politiques, entretenus par le pouvoir, leurs membres sont un jour avec le pouvoir, un autre contre. La pauvreté est là et ils n’ont guère le choix de faire autrement.
  • Un dernier groupe, non structuré, éparpillé, qui peut être l’espoir du pays, ce sont les membres de la diaspora et les jeunes de l’intérieur. Leur combat se passe sur le Net. Leur arme les articles et tweeters. En fait, ils réagissent à tous ce qu’ils perçoivent et vivent de douloureux et d’inacceptables dans leur pays.

Si la situation actuelle du Tchad perdure sans qu’on n’y trouve d’issue, on peut, à juste titre, comprendre que la majorité de ces jeunes Tchadiens se radicalise et change leur stratégie de lutte vers une option violente. Dans ce cas, la radicalité en tant que politique d’action est à inscrire dans l’agenda de toutes les réflexions pour la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie de conquête des droits légitimes de tous les citoyens du pays.

Bien sûr, si le Tchad est une République démocratique, l’État doit être considéré comme une « communauté de citoyens ». Alors, l’action politique qui est, à mon avis, la conciliation de la sécurité et de la liberté, de la justice sociale et de l’efficacité économique devrait faire l’objet de débat démocratique. Les grèves, les manifestations groupales sont les éléments constitutifs de cette bonne démocratie. Or, le Tchad est aujourd’hui soumis à un régime politique qui ressemble plus à une autocratie dictatoriale qu’à une démocratie constitutionnelle.

Enfin, à la vue de la situation actuelle au Tchad, la radicalité ne peut qu’être légitime dès lors que le pouvoir clanique militarisé ne permet plus une compétition juste, équitable, concertée et démocratique.

Comme l’a si bien dit l’auteur de l’article, notre silence et notre passivité sont bel et bien considérés comme une lâcheté. Bien sûr, le clan au pouvoir a transformé le pays en une propriété privée. Nul doute que c’est le règne de la terreur et de l’humiliation qui prévaut et toute voix discordante est réduite au silence.

Ces voix sont nombreuses. Tous les Tchadiens de différentes régions ont une ou plusieurs voix des leurs qui se sont tues, assassinées pour des raisons politiques ou crapuleuses par des membres du clan au pouvoir.

Ces voix qui nous parlent encore et toujours

Ces voix, il ne faut jamais les oublier. Elles sont désormais devenues les voix de la résistance. Nous devons les faire connaître à toutes les générations Tchadiennes. Elles sont celles de :

Maître Joseph Behidi. Membre fondateur de la LTDH lâchement assassiné le 16 février 1992. Les femmes tchadiennes ont fait trembler le régime ce jour-là. Où sont-elles aujourd’hui ? Que sont-elles devenues ? Pourquoi supportent-elles tout en silence ?

Professeur Ibini Oumar Mamat Saleh. Président du PLD, porte-parole de l’opposition. Personne d’autre que ceux qui l’avaient tué ne savent le jour exact de son décès.

Maître Youssouf Togoïmi. Procureur de la République du Tchad plusieurs fois ministre (justice, défense, intérieur) et Président du MDJT. Lui aussi il n’y a que ceux qui l’ont exécuté froidement qui savent exactement les conditions et le jour de sa mort.

Capitaine Laoukein Bardé Frisson entré en rébellion après les multiples exactions commises par le régime dans le Sud du Tchad. Il fut un des défenseurs de l’idée de la fédération pour permettre à la population du Sud-Tchad d’exister librement. Ce n’est guère le cas aujourd’hui. Seuls ceux qui l’ont exécuté savent exactement le jour de sa mort.

Colonel Moïse Kété. D’abord allié de IDI puis rentré, lui aussi, en rébellion pour les mêmes raisons : massacre de masse, exécution sommaire et destruction des champs et bétails dans la zone pétrolière Sud-Tchad. Ceux qui l’ont exécuté savent exactement le jour de sa mort.

Et de tant d’autres : Colonel Ibrahim Elias un proche de Maldom Bada, Mamat Bisau, Goukouni Guet, Mmes Dochi Koreïdo, Gani Nassour Betch, etc.

N’oublions pas ces milliers de tchadiens et tchadiennes anonymes qui meurent chaque jour sous la torture, la faim, la misère et les injustices diverses. Ce sont tant de vies et voix étouffées prématurément.

Pour se radicaliser il faut refuser la stratégie de la division

Oui c’est la stratégie de « diviser pour régner » qui est actuellement érigée en mode de gouvernance. Malheureusement beaucoup de compatriotes sont tombés dans ce piège. Beaucoup se sont positionnés autour du régime comme représentants de leur groupe ethnique. Ils dénigrent les autres mais aussi les membres de leur propre groupe supposés être ennemis (réels ou imaginaires) du président.

Il faut aussi savoir que ce pouvoir n’a jamais assuré la sécurité de quiconque même pas la sienne propre. La sécurité du pouvoir et celle du pays sont assurées par l’armée française dite « Le parapluie » comme l’appelait feu Félix Houphouët Boigny, discrète mais vigilante. Il disait que le parapluie militaire français s’ouvre dès qu’il y a la pluie. Entendez dès que le peuple « grogne ». Tout mécontentement est considéré comme un acte de rébellion.

Aujourd’hui, on dirait un acte de terrorisme. Vite dit et vite réprimé.

Se radicaliser, débattre pour tout changer

Si après 26 ans de pouvoir un homme d’État n’arrive pas à nourrir, éduquer, soigner son peuple et à assurer la sécurité, la paix et la stabilité dans son propre pays, c’est qu’il ne peut plus rien. Alors, il faut le changer même s’il faut y mettre un autre pantin à la place. Trop c’est trop ! le peuple souffre trop comme dirait une militante tchadienne des droits de l’homme.

 

Si après 26 ans une génération a accepté de souffrir sans réagir parce qu’elle a vécu les affres de la guerre civile, la jeune génération ne doit pas accepter de se courber l’échine, car elle n’a pas connu directement la guerre mais, elle vit aujourd’hui, l’injustice, le mépris, la faim, la soif, l’humiliation et la pauvreté, alors que le pays est devenu entre-temps riche de l’argent du pétrole, du ciment, de l’or … L’argument servi à la génération précédente ne doit plus avoir d’effet sur la deuxième voire la troisième génération. Donc il faut tout changer, tout transformer.

Les tchadiens qui s’interrogent sur la nécessité de se radicaliser ne sont pas des méchants terroristes radicaux au solde d’un quelconque groupes moyen- orientaux. Ce sont des jeunes personnes nées pendant ou après la guerre, qui voient aujourd’hui leurs parents se faire tuer, humilier, insulter, incarcérer, frapper pour un oui ou pour un non. Ils doivent même payer pour accéder à un poste dans la fonction publique. 

Eux-mêmes souffrent de la faim et de la peur, ils n’ont pas pu avoir une instruction, une éducation, une scolarité régulière et digne de ce nom.

Et pourtant, le droit à l’éducation est stipulé dans l’article 26 (points 1-2) de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Rappelons que les tenants du pouvoir n’ont de cesse de dire que « Le chien aboie et la caravane passe » ou  « Nous ne sommes pas venus au pouvoir par le vol d’Air Afrique » . Donc, pour eux, la passation de pouvoir au Tchad ne se fera jamais par la voie pacifique.

Continuons à nous déchirer sur le Net à travers nos « Tweeters », eux ils ne savent pas lire internet. Beaucoup n’ont pas d’ordinateur. Ils s’en moquent, car chacun d’entre eux a un, deux ou trois fusils d’assaut, voire de char d’assaut.

Cependant, gardons à l’esprit cette vérité simple : ceux qui tuent nos parents, nos amis, nos frères, nos sœurs, sont des êtres de chair, avec des émotions et des sentiments pour les leurs. Ils peuvent éprouver, eux aussi, de la peine, de la douleur, verser eux aussi des larmes de chagrin devant la mort des leurs.

Pour finir, la question « et si l’on se radicalisait,» nous invite tous à un débat pour une nouvelle stratégie plus efficace, différente de la lutte que l’on mène aujourd’hui sur Internet, Facebook ou tweeter.

 

Marguerite-Odile Kabatchang 

Réaction à l’article de Ibangolo Maina Abel 

«Et si l’on se radicalisait ? »

Décembre 2016