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Publié par Mak

Dictature ébranlée au Tchad et pouvoir aux abois:  vive la grève !
Dictature ébranlée au Tchad et pouvoir aux abois:  vive la grève !

 

LA DICTATURE EST EBRANLEE !

LE POUVOIR EST AUX ABOIS !

VIVE LA GREVE !

En réponse à la proposition de « trêve sociale » que lui avait faite le premier ministre Pahimi Padacké Albert, lors des deux rencontres des 24 novembre et 12 décembre, dont celui-ci avait pris l’initiative, la plate-forme syndicale responsable du mouvement social qui paralyse depuis trois mois des secteurs importants de l’administration, notamment l’Education et la Santé, a rendu public, le 19 décembre, un communiqué comprenant ses propres solutions en vue d’une solution négociée de la crise sociale. Dans ce document, rejetant toute idée de « trêve sociale », l’Union des Syndicats du Tchad, le Syndicat National des Enseignants et Chercheurs du Supérieur et la Confédération Indépendante des syndicats du Tchad, les trois organisations syndicales regroupées au sien de la plate-forme, ont proposé notamment « la suspension du décret (…) relatif à la réduction des indemnités des agents de l’Etat », le payement des « arriérés des salaires et les frais de transport (…) », l’apurement des « arriérés des primes et indemnités des enseignants et chercheurs du supérieur ainsi que celles des examens et concours pour les enseignants (…), « le versement des pensions des retraités de 2016 ». En somme, ce que réclament les travailleurs en grève, c’est juste que l’Etat s’acquitte de ce qu’il leur doit et arrête de s’attaquer impunément à leurs intérêts !   

Mais, alors que, lors des deux rencontres qu’il avait organisées lui-même, il avait fait part de sa disponibilité à dialoguer en vue d’une solution négociée, dès la publication de ce communiqué, le pouvoir a réagi violemment, jetant bas les masques, montrant ainsi aussi bien son vrai visage dictatorial que ses véritables intentions cachées : le 23 décembre, intervenant à la télévision pour faire le compte rendu du conseil des ministres, d’un air martial, qui sied fort bien à l’image du parvenu insolent qu’il veut donner de lui-même, Abdoulaye Fadoul, le truculent ministre secrétaire général du Gouvernement chargé des réformes et des relations avec les institutions, a déclaré que les autorités avaient décidé de ne plus dorénavant payer les jours de grève. Une proposition serait faite à l’assemblée pour qu’une loi soit votée dans ce sens. Le lendemain, le 24, cinq ministres, responsables des secteurs paralysés par la grève ou ayant des rapports avec celle-ci, celui de la Fonction publique, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, des Finances et de la Santé, ont organisé une conférence de presse au cours de laquelle ils ont proféré des menaces contre les agents de l’Etat en lutte depuis trois mois, dont ils ont ouvertement tenté de discréditer la détermination à poursuivre le combat pour la défense de leurs intérêts.    

C’est d’abord, Abdelkérim Séïd Bauche, le ministre de la Fonction publique en charge du dialogue social, qui a rappelé que, dorénavant, les journées de grève ne seraient plus payées. Puis, sous la forme d’un oukase, il a intimé aux agents de l’Etat de « reprendre le travail » Il a appelé aussi à l’ouverture immédiate des universités, des écoles et des hôpitaux. Ensuite, c’est  Ahmat Khazali Acyl, le ministre de l’Education nationale, qui y est allé de sa propre musique : reprenant le thème des jours de grève non payés, il a fait semblant de s’apitoyer sue le sort des « enfants »  et, de façon cavalière, a promis que l’Etat ferait tout pour que ceux-ci « reprennent le chemin de l’école ». Il s’est aussi demandé « à qui profite la grève », sous-entendant ainsi que, derrière les travailleurs, il y aurait des mains occultes qui tireraient sur la ficelle. Mackaye Hassane Taïsso, le ministre de l’Enseignement Supérieur a aussi demandé la reprise immédiate des cours et surtout tenté de mettre en exergue ce qu’il appelle « la bonne volonté » du pouvoir : usant d’un subtil parallélisme dont on devine aisément l’objectif, selon lui, dans le bras de fer actuel, il y aurait des acteurs, dont « l’un veut faire quelque chose et il ne le peut pas alors que l’autre peut faire quelque chose et il ne le veut pas », manière de rendre responsables de la crise sociale les travailleurs, qu’il a d’ailleurs accusés de faire preuve de « mauvaise foi ». Abondant dans le même sens, sans toutefois avoir le courage de doigter clairement les agents de l’Etat en grève, le ministre des Finances, Mbogo Ngabo, s’est appesanti sur « les efforts » que déploierait l’Etat pour payer les salaires, qui, selon lui, seraient la principale préoccupation du pouvoir. Enfin, Assane Nguéadoum, le ministre de la Santé, quant à lui, a surtout insisté sur « les dégâts énormes » qu’aurait causés la grève dans les hôpitaux, malgré l’instauration d’un service minimum.     

Menaces, admonestations, accusations gratuites en vue de discréditer la grève et la plate-forme syndicale qui la dirige, telle est donc la quintessence de la conférence de presse des cinq sous-fifres d’Idriss Déby Itno ! Voilà comment réagit la dictature face aux luttes que mènent les travailleurs contre des mesures injustes qui ont déjà produit des conséquences désastreuses sur leur vie, celle de leurs familles et au-delà ! Voilà comment les anciens compagnons d’Hissein Habré et leurs comparses entendent et organisent ce qu’ils appellent eux-mêmes pompeusement « le dialogue social » !

Mais, en réalité, cette attitude du pouvoir, durcissant le ton face aux luttes des travailleurs, n’est qu’une fanfaronnade, derrière laquelle la dictature cherche à cacher le fait que c’est elle qui est aux abois ! Car, si à travers les propos de ses ministres, le pouvoir  menace de ne plus payer les jours de grève, de mettre même les fonctionnaires grévistes en chômage technique, on a également remarqué que, tout au long de leur conférence de presse, lesdits responsables n’ont pas cessé de faire des appels incessants à négocier, de tenter de toucher les grévistes en évoquant leur « conscience professionnelle », leur « sens de responsabilité », en utilisant des expressions comme « se surpasser dans l’intérêt de la nation », etc. Toute cette posture pour le moins contradictoire reflète, en effet, le désarroi dans lequel se trouve la dictature, qu’on a déjà perçu dans sa proposition de « trêve sociale » en vue d’une solution négociée de la crise, alors qu’il avait initialement tenté d’imposer ses mesures de façon unilatérale et dictatoriale! Tous ces arguments de menace mais aussi de séduction utilisés par les ministres dans le but évident de discréditer l’action des travailleurs en grève aux yeux de l’opinion sont en fait l’expression du recul pouvoir, du fait que, dans le bras de fer engagé entre lui et le monde du travail depuis trois mois, c’est lui qui est le plus ébranlé, qui s’essouffle le premier. C’est cette vérité-là que la dictature cherche vainement à cacher en se contredisant et en utilisant des arguments aussi mensongers les uns que les autres.

            Nul ne peut, pour l’instant, dire qui l’emportera dans ce bras de fer entre la dictature et les travailleurs en grève. Mais, quelle qu’en soit l’issue, d’ores et déjà, à travers le recul du pouvoir, ceux-ci ont démontré qu’ils constituent une force colossale qui pourrait le faire plier, l’obliger à retirer ses mesures et lui imposer les revendications populaires face à la cherté de la vie. L’issue de la grève dépend donc essentiellement de l’organisation et de la mobilisation des travailleurs. Si ceux-ci ont l’ambition de faire totalement reculer la dictature, ils ont entre les mains les moyens de le réaliser : dans l’administration comme dans l’économie, rien ne peut se faire ou marcher sans eux. On en a la preuve avec la paralysie de certains secteurs de l’administration qui met à mal le pouvoir et l’oblige à chercher une issue négocié de la crise sociale. Cette position incontournable, essentielle, que les travailleurs occupent au cœur du fonctionnement et de la marche de la société est un atout extraordinaire qui pourrait leur permettre de peser sur les événements en cours, de paralyser le pays et mettre à genoux  la dictature.

Mais, pour ce faire, il est d’un intérêt vital que la grève, qui paralyse en ce moment l’Education nationale et la Santé notamment, s’amplifie, se développe et s’étende dans toute l’administration, mais aussi dans  les secteurs industriels, tant publics que privés, dont dépend le pays : les sites pétroliers, la Coton Tchad, la STE, la SLE, la SONASUT, la SONACIM, la Brasserie, la Poste, la Téléphonie, les banques, les assurances, le bâtiment, le transport, etc. Les organisations syndicales qui dirigent la plate-forme auraient également intérêt à s’ouvrir  aux autres catégories de la population qui souffrent des mêmes problèmes que le travailleurs, telles que les organisations des droits de l’homme, des femmes, des étudiants, des élèves, des jeunes, des consommateurs, des journalistes, les associations culturelles, celles des artisans, des artistes, des petits commerçants, des paysans pauvres, bref, aux millions d’autres opprimés, étranglés, comme eux, par la même crise du capitalisme et la politique du gouvernement. Ils pourraient ainsi les entraîner et constituer avec eux un mouvement de « tous ensemble » susceptible d’imposer les changements nécessaires, indispensables au droit à la vie de tous.

C’est de toutes ces possibilités-là qu’est grosse la lutte actuelle que mènent les travailleurs contre les mesures gouvernementales.  Alors, oui, vive la grève !

 

                                                        Ali Mohamed Abali Marangabi

                                                                        abali_icho@yahoo.fr