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Publié par Mak

Mamadou Mignane Diouf, coordonnateur du Forum Social Sénégalais

Mamadou Mignane Diouf, coordonnateur du Forum Social Sénégalais

Basé à Dakar, militant panafricaniste et coordonnateur du Forum Social Sénégalais(FSS), Mamadou Mignane Diouf est l’un des observateurs averti et éclairé depuis des longues dates de la scène politique gambienne. Il a suivi de près l’évolution de l’alternance historique qui vient de se produire le 02 décembre 2016 en Gambie  où le régime de Yahya Jammeh, a été battu par les urnes.

M.Diouf revient sur la longue lutte du peuple gambien, nous révèle la stratégie victorieuse de l’opposition, de la société civile gambienne et le parcours d’Adama Barrow, l’homme qui a fait tomber la redoutable dictature de Yahya Jammeh.

Le militant sénégalais pense aussi que l’alternance qui vient d’avoir lieu en Gambie ouvre des nouvelles perspectives démocratiques pour les Gambiens exilés de retourne chez eux pour contribuer à la reconstruction de la vie politique, économique et sociale de leur pays.

Pays enclavé, le changement intervenu en Gambie, pourrait aider à normaliser les relations difficiles entre l’ancien régime et  la sous-région en particulier avec le Sénégal, son voisin immédiat.

Il conseille vivement les dirigeants qui s’accrochent au pouvoir d’éviter d’être l’otage des mandats indéterminés. Ils doivent savoir qu’il y a une vie paisible est possible après leurs départs des affaires. Recommande humblement Mamadou Mignane Diouf à nos chefs d’Etats qui utilisent la stratégie de la peur et de la terreur pour justifier leurs caractères indispensables à régner longtemps.

Makaila.fr: avez-vous cru un jour que le régime de Yehya Jammeh qui dirigeait la Gambie d’une main de fer serait-il battu par les urnes ?

M.M.Diouf : Lorsqu’en début d’année 2016, nous entreprenions des échanges sur la Gambie avec nos collègues de Banjul, certains, étaient sceptiques, d’autres très pessimistes, quant à l’éventualité d’un départ de Jammeh par les urnes.

Mais je faisais partie de celles et ceux qui ont toujours cru que lorsqu’un peuple se décide, rien ne peut l’arrêter ;  et aux mois de mai et juin 2016, je crois, quand nous avions vu les populations organisaient des marches, défiant la  police politique de Jammeh,  alors nous en étions arrivés aux constats que les gambiennes et les gambiens, avaient fini d’avoir peur du régime dictatorial de Banjul ; cela voulait dire que quelque chose est en train de changer.

 Aussi, les deux alternances arrivées au Sénégal avaient eu des impacts positifs dans l’esprit de l’électorat gambien ; et ainsi, les jeunes, et le peuple gambiens ont compris que dans la paix et la sérénité, il était possible de faire changer les choses par vote. Sans tomber dans le jeu de violence que certains utilisaient comme moyen de chantage, de découragement et de dissuasion ;  c’est donc fort de tout cela que, nous avions pensé que oui, si les signes constatés continuent, il état bien possible de battre Jammeh ou au pire des cas le mettre dans une situation de ne plus pouvoir gouverner comme avant. Donc, oui, nous avions cru que tout était possible !

Makaila.fr : d’après vous quelle était la stratégie de l’opposition gambienne qui est arrivée au bout de ce régime répressif de Yahya Jammeh ?

M.M.Diouf : Je crois que les organisations politiques et les mouvements sociaux gambiens, ont adopté une stratégie unitaire, participative, inclusive et prudente ; en concertation avec la diaspora vivant au Sénégal, en Angleterre, en Suède aux USA, et dans tous les autres pays où des exilés et des refugiés Gambiens étaient installés ; et les dernières discussions que nous avions eues avec certains leaders dans ce sens, avaient montré que les divisions entre partis politiques, organisations sociales, étaient en train d’être dépassées au profit des intérêts de la Gambie, qui avait besoin d’une première alternance. Et cette stratégie a donné des résultats.

Makaila.fr : quel sort sera réservé à Yahya Jammeh dont le pouvoir a été illustrée par des violations massives des droits humains ?

M.M.Diouf : Cette question mérite bien d’être analysée ! Le règne de Jammeh a été souillé de sang ;beaucoup d’assassinats, de disparition, d’exils, de tortures ; et avec comme  cerise sur le gâteau, un Président qui nargue la Communauté internationale, se moque de son voisin le plus immédiat, le Sénégal, en refusant la construction d’un pont sur le fleuve Gambie. Pourtant, une première pierre a été posée ; et pire , la Gambie décide de sortir de la CPI( même si nous avons des réserves sur cette Institution), voilà autant de questions qui font que nous pensons qu’il est bon de savoir quel sort sera réservé à Jammeh. A notre avis, le nouveau régime de Banjul, en relation avec la Communauté internationale et sous régionale, les familles des victimes, les Organisations de défense des Droits Humains, devraient bien étudier cette question afin que tous les crimes sous le magistère de Yaya soient élucidés, jugés et les auteurs de tout cela condamnés si nécessaire, et là, sans doute y compris  l’ex Président  Jammeh. En tous états de cause, ce qui  vient de se passer en Gambie, doit servir de leçons aux autres dirigeants africains et aussi aux africains du monde en lutte pour la démocratie, la paix, la solidarité et le respect des Droits humains !

Makaila.fr : comment voyez-vous le changement du régime en Gambie pour la sous-région notamment les relations entre Dakar et Banjul ?

M.M.Diouf :L’alternance qui vient de se passer en Gambie, doit ouvrir une nouvelle page dans l’histoire politique de ce pays ; et l’avenir de la Gambie est liée à celle de la sous région en général, ( CEDEAO) et du Sénégal en particulier, avec les relations ancestrales qui lient les peuples sénégambiens , divisés depuis, en deux Etats par la colonisation, avec la conférence de Berlin de 1885, qui a divisé des familles entières entre les deux rives d’un fleuve appelé la Gambie !

Alors, lorsque nous entendons le nouveau Président Barrow dire , deux jours après son élection, que «  ma priorité c’est le Sénégal »,  nous avons bel espoir qu’une nouvelle page dans l’axe Banjul –Dakar s’ouvrira pour le bonheur des peuples sénégambiens qui en vérité sont un seul et même peuple, avec les mêmes langues, les mêmes cultures et les mêmes valeurs !

Sans anticiper sur l’histoire, nous pensons que le débat sur la Sénégambie pourrait être reposée, à l’heure des grands ensembles et de la mondialisation !!

 

Makaila.fr : quelle perspective démocratique  pour les Gambiens à l’issue de cette alternance  politique?

M.M.Diouf : Une première alternance, après 22 ans de dictature, doit être encadrée, accompagnée, participative !  C’est pour dire que les perspectives démocratiques pour la Gambie, se feront avec l’apport de toutes et de tous !

Nous invitons donc les gambiennes et les gambiens à travers le monde à se joindre aux populations qui ont mené ces changements afin de consolider la démarche, renforcer les acquis, les préserver et dégager ensemble des perspectives heureuses de démocratie, de paix, de justice, de réconciliation et de reconstruction économique d’un pays enclavé et  longtemps isolé sur la scène internationale . Ces perspectives ne peuvent être durables que dans une démarche sénégambienne, panafricaniste et solidaire !!

Makaila.fr : quel est votre message aux dirigeants africains qui refusent d’alterner au pouvoir ?

M.M.Diouf :Ah !  Nous ne voudrions pas apparaître comme un donneur de leçons, ou avec une  certaine  prétention ; mais ce qui vient de se passer en Gambie, montre encore une fois, qu’en Afrique, de plus en plus, rien ne sera comme avant ! Les Chefs d’Etat au pouvoir , comme les leaders qui cherchent à accéder au pouvoir doivent se rappeler que la dictature, le règne sans partage ne peuvent plus prospérer !

Et pour cela, nous devons savoir que les  Hommes providentiels,  c’est fini !

Aussi,  je voudrais dire que « mieux vaut un règne d’un ou deux mandats qui laissent un goût d’inachevé , qu’un règne qui dure des décennies et qui finit dans la peur , le dégoût, le sang, ou l’exil pour un Président déchu !!

Nos leaders et Chefs d’Etat, doivent toujours se rappeler qu’il y a une vie possible après le pouvoir, et d’ailleurs une des meilleures vies !!

Vive la Sénégambie, vive l’Afrique unie, pour que vive un monde meilleur !

Interview réalisée par Makaila Nguebla