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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad: seule la mobilisation des travailleurs fera reculer la dictature

 

VIVE LA MANIFESTATION DES ETUDIANTS !

MAIS SEULE UNE MOBILISATION DES TRAVAILLEURS

ET DE L’ENSEMBLE DES OPPRIMES PEUT FAIRE RECULER LA DICTATURE !

 

Sous le fallacieux prétexte de la crise économique mondiale et de l’engagement de ses troupes dans différents fronts, notamment ceux contre les bandes de Boko Haram, ces montres nés de la barbarie générale du capitalisme, mais surtout de la politique des dirigeants des pays du bassin du Lac Tchad, qui ont transformé toute cette région en un enfer pour les masses opprimées, la dictature de Déby, empêtrée dans une situation de banqueroute dont elle ne sait comment sortir, vient de prendre une série de mesures prévoyant une diminution de 80% des indemnités et des primes des fonctionnaires et la suppression pure et simple des bourses des étudiants. Ce plan d’austérité, qui ne dit pas son nom, va, sans aucun doute, aggraver les conditions de vie déjà précaires des masses populaires.

 

Par cette attaque brutale des intérêts des étudiants et des travailleurs, une fois de plus, le pouvoir jette bas les masques, révèle son visage hideux de dictature, contre les opprimés notamment, mais aussi sa nature profondément démagogique. Car, toute l’argumentation des autorités et les différentes arguties qu’elles utilisent pour justifier les mesures qu’elles ont prises ne sont en fait qu’un long chapelet de mensonges aussi grossiers les uns que les autres. En effet, pour supprimer les bourses des étudiants, par exemple, le pouvoir met en avant trois raisons qui sont pour le moins fort contestables. La première, selon lui, est que l’institution de la bourse serait source d’une injustice, en ce sens que, sur les 55 000 étudiants que compte le pays, il n’y a que 18 000 qui en bénéficient. Par conséquent, toujours selon lui, cette situation couvrirait une injustice dont sont victimes les étudiants n’ayant pas un soutien financier de l’Etat. Sauf que, dans cette situation, s’il y a une injustice, qui est, par ailleurs, indéniable, à qui devrait-on jeter la pierre ? A qui la faute ? Est-ce aux étudiants boursiers ou à l’Etat qui est à l’origine de cette injustice ? Par ailleurs, en quoi la suppression des bourses de ceux qui en bénéficient mettrait-elle fin au sentiment d’injustice existant ? En rien du tout ! Pire, par ce faire, à une injustice qu’il a lui-même créée et à la quelle il n’a jamais tenté de remédier, l’Etat en ajoute une autre, en la généralisant à tous les étudiants du pays par une attaque en règle de l’idée même de la bourse, alors la logique la plus élémentaire voudrait plutôt qu’il répare la première injustice dont il est responsable en accordant un soutien financier à tous les étudiants, sans distinction aucune !

La deuxième raison avancée par les autorités s’appuie, quant à elle, sur le fait que le Tchad serait, en Afrique centrale, le seul pays qui offre des bourses à ses étudiants. Elles exhibent, par exemple, le cas du Cameroun comme un modèle par excellence dont elles veulent s’inspirer. Mais pourquoi ne voir les choses que de cette façon-là ? Quel mal y aurait-il, en effet, au fait que, dans une Afrique centrale dominée par des dictatures qui n’ont cure du sort de leur jeunesse issue des milieux populaires, le Tchad se singularise par le fait qu’il continue à accorder des bourses à ses étudiants ? Pourquoi faudrait-il nécessairement prendre pour modèle ce qui est manifestement une régression et non un progrès ? Si, par exemple, le Tchad était connu non pas pour le caractère dictatorial de son Etat ou pour ses aventures militaires hors de ses frontières pour le compte de l’impérialisme français, mais comme un pays où l’on construit partout des hôpitaux, des maternités, des universités, des écoles, des collèges, avec le personnel nécessaire adéquat, où l’on offre du travail aux jeunes pour résoudre les besoins énormes dans les domaines essentiels de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, avec de bons salaires, où règne une réelle émancipation de la femme, - représentée dans toutes les institutions, avec partout les mêmes droits que les hommes, y compris sur la terre dont elle est propriétaire -, où tout le monde a droit à un toit décent, dans une société la plus démocratique qui soit, fondée sur une véritable solidarité entre les hommes et les femmes, de tous les âges, de toutes les ethnies, les religions et les régions, sur la base d’un partage équitable des richesses, etc, devrait-on supprimer tout cela parce que la pratique, ailleurs, est celle de la loi de l’argent avec sa cohorte de misère, d’inégalités et d’injustices ? Evidemment non ! Comment alors vouloir supprimer la bourse au Tchad tout simplement parce qu’elle n’existe pas au Cameroun ? Au lieu de cela, le bon sens élémentaire ne voudrait-il pas que le mieux soit de s’appuyer sur ce qui se passe au Tchad et se battre pour que la bourse soit la règle et non l’exception en Afrique centrale ?

La troisième raison brandie par le pouvoir est le fait que, selon lui, la bourse ne serait pas un droit, remettant ainsi en cause une pratique légalisée et acceptée par tous les régimes précédents, parfois à leur corps défendant. En effet, dès sa naissance, l’Etat tchadien, qui, somme toute, n’est que l’appareil politique, administratif, social et militaire légué par le système colonial aux valets locaux de l’impérialisme français afin de continuer à protéger les multiples intérêts de celui-ci, s’est trouvé devant l’obligation de pratiquement tout faire lui-même puisque le colonialisme français n’avait rien bâti de viable dans tous les domaines, notamment celui des ressources humaines, tant au niveau de l’éducation que de la santé : au moment où le Tchad accédait à l’indépendance, en 1960, il semblerait qu’il n’y eût qu’une seule personne pouvant se targuer d’avoir reçu une véritable formation universitaire, Joseph Brahim Séïd, en l’occurrence, tous les autres cadres n’étant que d’anciens fonctionnaires subalternes de l’administration coloniale. Aussi l’Etat était-il dans l’obligation d’assurer lui-même la formation du personnel dont il avait besoin en garantissant une éducation réellement gratuite à tous les niveaux, mais aussi en accordant des bourses à ceux des élèves qui allaient à l’université à l’étrangers et devenaient des étudiants.

A cela s’ajoutait aussi le fait que, très tôt, comme leurs collègues des autres pays africains à l’étranger, en France notamment, les étudiants tchadiens se sont aussi donné des organes de lutte pour défendre leurs intérêts et avoir aussi un droit de regard politique sur ce qui se passait dans le pays. Ils ont ainsi crée une organisation nationale commune nommée l’UGEST (l’Union Générale des Etudiants et Stagiaires Tchadiens), qui avait des sections dans plusieurs pays, comme en France, sous le nom de l’ASETF, l’Association des Etudiants Tchadiens en France, membre de la FEANF, la Fédération des Etudiants de l’Afrique Noire en France. Quels que soient leurs lieux de résidence, dans toutes les sections de l’UGEST, des années durant, la question de la bourse était pour ces étudiants-là un enjeu majeur, l’objet d’une une lutte farouche entre eux et le ministère de l’éducation, notamment pendant les commissions discutant de son attribution. Plusieurs fois, ce bras de fer a donné naissance à des occupations d’ambassades, à Paris notamment. C’est ainsi que, grâce à cette pression militante, des milliers d’étudiants ou stagiaires ont pu suivre leurs études et se sont formés à l’étranger sans qu’aucun pouvoir n’ait pu s’attaquer à la bourse, jusqu’à ce que, à la création de l’université du Tchad, le flambeau de cette traditions de luttes ait été transmis au fondateurs de l’UNET, qui ont jusqu’alors vaillamment continué dans le même esprit militant. Voici, de façon résumée, l’histoire de la bourse : un droit, mais surtout un acquis historique des luttes de la jeunesse estudiantine militante du pays. Mais cela, les Idriss Déby Itno et Ahmat Mahamat Béchir, dont on ne trouve nulle part les traces dans les annales des luttes de la jeunesse estudiantine du pays, ne peuvent le comprendre, même si, eux et ceux de leur génération qui dirigent aujourd’hui n’ont pu avoir une formation quelconque que grâce ces combats-là ! On comprend alors pourquoi pour justifier leur forfaiture, ils n’ont que l’arme du mensonge et de la démagogie !

 

C’est aussi cette même logique incompréhensible et mensongère qui commande la décision des autorités de s’attaquer aux intérêts des travailleurs. Du premier ministre à celui de la fonction publique en passant par celui de l’intérieur, tous ont pris pour prétexte les difficultés de trésorerie nées de la crise de l’économie capitaliste et de la lutte contre les terroristes de Boko Haram pour justifier les mesures prises par le gouvernement. Soit dit en passant, à l’exemple du ministre de la fonction publique versant des larmes de crocodile sur le sort des travailleurs, lors de son dernier passage à la télévision, ils reconnaissent tous le caractère difficile de ces mesures et les conséquences désastreuses de celles-ci sur la vie de ceux qui en sont les victimes. Mais, ils les justifient quand même en arguant qu’il s’agit d’une nécessité ! Cependant, même si on reconnaît qu’il y a chute du prix du pétrole sur le marché international, à cause du caractère irrationnel de l’économie capitalise soumise uniquement à la loi du profit, ne pourrait-on pas faire autrement pour en atténuer les conséquences ? Pourquoi, c’est dans les poches des plus pauvres, en aggravant leurs conditions de vie et celles de leurs enfants, qu’on cherche les moyens de faire face à cette situation ? Ne pourrait-on pas, comme de logique, exiger que ce soit les plus riches qui le fassent, à commencer par les trusts, français, américains, chinois et autres, ceux du pétrole notamment, qui ont la mainmise sur l’économie du pays ? Pourquoi n’imposerait-on pas aussi que ce soit les riches nationaux, nos milliardaires et autres millionnaires, qui, grâce à l’Etat, ont la part du lion dans le partage des miettes que les trusts laissent au passage à la classe dirigeante, tels des pourboires à des garçons de café pour service rendu, qui le fassent ? Pourquoi, en effet, ne pas demander de diminuer drastiquement les plus gros salaires, comme celui de Déby lui-même, dont personne ne sait d’ailleurs combien il gagne, mais aussi celui du premier ministre, des ministres, des députés, des généraux et autres cadres supérieurs de l’administration ou de l’armée ? Oui, pourquoi ne pas prendre de telles mesures, qui seraient justifiables aux yeux de tous, au lieu de s’attaquer aux intérêts de la frange la plus pauvre de la population qui, même pendant la période faste des retombées du pétrole, n’arrivait pas à vivre tout simplement et dont les conditions de vie se sont dangereusement dégradées ces derniers temps à cause du non paiement des salaires de misère ?

 

On pourrait aussi s’interroger autant sur le prétexte de « l’intérêt général » qu’utilisent les autorités pour tenter de faire passer ces mesures comme tenant compte des préoccupations de tout le monde, notamment des petites gens. En effet, comme les autres raisons démagogiques et mensongères relevées plus haut, la thèse de « l’intérêt général » relève aussi d’une habile filouterie. Car, dans une société divisée en classes sociales, en riches et pauvres, en bourgeois et prolétaires, en oppresseurs et opprimés, comment peut-on prétendre qu’il y aurait « un intérêt général », c’est-à-dire commun, à tout le monde, qu’on soit nanti ou démuni ? Oui, qu’y a-t-il de commun entre la minorité de milliardaires qui se vautrent dans un luxe insolent, exhibent sans aucune pudeur leur train de vie scandaleux et l’écrasante majorité des pauvres dont la préoccupation quotidienne est de se demander comment faire pour manger sans être sûrs d’assurer leur pitance journalière ? Qu’y a-t-il de commun entre cette minorité de parasites, engraissés par l’Etat, dont, juste pour un furoncle, les membres se font soigner non pas dans les cliniques huppées de la place, où une journée d’hospitalisation coûte plus cher que la paie d’un smicard, mais à Khartoum, à Tunis ou à Paris et les millions d’opprimés qui, faute de moyens, n’ont pas d’autre choix que de confier leur sort à des féticheurs, des marabouts, des charlatans, - qui les empoisonnent au lieu de les soigner -, de se rabattre sur ce qu’on appelle « les pharmacies par terre », avec les risques que l’on sait, ou de crever tout simplement dans leurs coins, de misère, de manque d’eau potable, ressource que nos privilégiés gaspillent à satiété pour arroser leurs jardins, laver leurs belles voitures ou remplir leurs piscines ? Quel intérêt commun ? Aucun !

 

Des notions comme « l’intérêt général », « la nation », « le patriotisme », « la paix », etc, sont justes des ficelles dont les dirigeants du MPS se servent abondamment dans le but d’endormir les masses opprimées afin de les empêcher d’accéder à la conscience du fait que dans une société divisées en classes sociales, les intérêts des riches et des politiciens à leur service sont diamétralement opposés à ceux de l’ensemble des pauvres : ils n’ont rien de commun, exactement comme, hier, ceux des maîtres, d’un côté, et ceux des esclaves, de l’autre !

Comme on le voit donc, toute la campagne déclenchée par le pouvoir pour tenter d’expliquer la nécessité de ces mesures pour le moins impopulaires visent tout simplement à cacher leur caractère de classe : l’argumentation utilisée et les arguties employées ont juste pour but d’occulter le fait que, si Idriss Déby Itno, son premier ministre et tous ses partisans agissent ainsi en s’attaquant aux intérêts des plus démunis et leurs enfants, c’est uniquement parce qu’ils en font le choix, un choix délibéré, politique et social, car, contrairement à ce qu’ils prétendent, en réalité, des moyens, bien réels, existent dans le pays, d’énormes richesses y sont ! Ils sont dans les coffres-forts des trusts dominant l’économie et ceux des bourgeois locaux. Mais, ce n’est pas dans ces coffres-forts-là qu’Idriss Déby Itno et ses sous-fifres font le choix d’aller chercher les moyens dont ils ont besoin pour juguler les effets de la crise économique : ils préfèrent plutôt s’attaquer aux intérêts des étudiants, notamment ceux issus des milieux populaires, des travailleurs et, au-delà, de l’ensemble des masses populaires qui, par un bout ou par un autre, subiront douloureusement les conséquence de ces mesures-là, quand on sait que, souvent, d’un salaire dépendent de nombreuses bouches à nourrir. Ce choix révèle, par conséquent, non seulement le caractère dictatorial du régime envers les couches opprimées, mais aussi la nature profonde de ceux qui le dirigent : des valets au service des puissances impérialistes et des bourgeois locaux !

Voilà pourquoi les étudiants et les travailleurs ont toutes les raisons du monde de ne pas accepter ces mesures-là ! Ils ont bien raison de clairement signifier au dictateur Déby et à ses larbins de ministres qu’ils ne pourraient continuer à subir sans réagir les conséquences désastreuses de leur politique sur la vie de millions d’opprimés et d’exclus du pays ! Ils ont mille fois raison d’exprimer à ceux qui dirigent leur refus de faire les frais de la crise du capitalisme, ce système dont ces derniers sont les serviteurs et les profiteurs !

 

Cependant, il ne suffirait évidemment pas de manifester sa colère dans la rue ou faire des grèves perlées, secteur par secteur, pour pouvoir mettre un coup d’arrêt à la politique du gouvernement qui consiste à s’attaquer toujours aux plus pauvres et à leurs enfants tout en protégeant les plus riches qui, eux, s’engraissent et se vautrent de plus en plus dans un luxe insolent. La dictature de Déby et le patronat qui la soutient ne tiendront compte des aspirations populaires que forcés et contraints. Par conséquent, la seule perspective pour imposer les libertés élémentaires, comme celles de se réunir, de manifester, de s’exprimer, mais aussi pour en finir avec la cherté de la vie, les salaires de misère, les maladies et autres privations, que le pouvoir impose aux masses opprimées, est celle de la mobilisation de tous les travailleurs, du public comme du privé, et de l’ensemble des opprimés, des organisations des droits de l’homme, des femmes, des étudiants, des journalistes, des retraités, des chômeurs, tous ensemble, unis dans le même combat, symbolisé par une grève générale et des manifestations monstres dans les rues, en vue de créer un rapport des forces qui fera plier la dictature et le patronat ! Il n’y a pas d’autre issue !

 

Ali Mohamed Abali Marangabi

Abali_icho@yahoo.fr