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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

MAHAMAT ALI HIDJAZI

MAHAMAT ALI HIDJAZI

Interview

Makaila.fr : Bonjour Tahirou Hisseine Dagga ! Vous êtes une des figures des activistes tchadiens les plus en vue et engagé sur le front de contestation du régime d’Idriss Deby. Pourriez-vous nous expliquer le mobile de votre engagement ?

Tahirou Hisseine Dagga : avant de commencer, permettez-moi d'avoir une pensée pieuse pour toutes les personnes assassinées par le régime de Deby, au premier rang desquelles, le petit Emmanuel Rombaye injustement assassiné par les sbires de ce régime alors qu'il rentrait tranquillement chez lui, le 7 aout dernier, au lendemain de la mascarade d'investiture du dictateur.

HIDJAZI

(L’injustice au Tchad ne date pas d’hier. Posons-nous la question pourquoi au Tchad, le mal est récurrent ? Mettons-nous ensembles à réfléchir et comprendre pour une dernière fois. Nous ne sommes pas des saints, ni des donneurs des leçons pour autant fausser le débat.

Il suffit de scanner nos différents comportements afin de poser un diagnostic précis avant de se mettre au protocole thérapeutique. Sauver le Tchad doit être notre souci majeur sans opportunisme.

Quand vous évoquiez Emmanuel Rombaye , paix à son âme et à tous ceux qui, dont les balles de la méchanceté avaient croisé leurs vies tendres et les avaient par la suite abrégées.

Je prie Dieu que cela ne se reproduira jamais.

L’assassin ignore tout d’E. R, ce jeune bachelier qui vit la vie en rose. Il se peut qu’E.R fût un militant du MPS, en dépit de son appartenance ethnique. Il se pourrait qu’il fût parmi les pacifistes qui aiment voir le Tchad stable, peu importe celui qui gouverne. Il n’eût peut être aucune haine contre Idriss Deby et sa famille. E. R fût pris pour cible à cause du choix du mauvais moment et à la mauvaise place.

Hélas ! Que le méchant assoiffé du sang, ne voit que le côté négatif des choses, il tua quelqu’un de cher pour la famille Tchadienne en toute impunité.

Je pense qu’il faut des investigations pour identifier le meurtrier et le ou les donneurs d’ordre. Il ne suffit pas de connaitre les meurtriers, mais d’attendre le lever du jour d’un soleil qui ne se couchera pas pour que justice soit rendue.

Venons- en à votre question. Mon engagement, tiens, tiens; Et bien, c'est en réaction à toutes les injustices qui sont légion dans notre pays,….

(L’injustice n’est pas le propre du Tchad. Le fait de la dénoncer en permanence, me parait comme le rôle que joue le thermomètre, celui qui vous indique une hyperthermie. Même sans le thermomètre, vous souffrez de céphalée et d’hyperthermie. Le rôle du thermomètre n’est pas déterminant.

Il convient de poser le diagnostic et se mettre au chevet du malade qu’il a besoin de votre présence en salle.

La conscientisation dont vous faites cas, est une œuvre prémonitoire qui nécessite un sacrifice. Cet activisme est un travail noble qui demande une méthodologie bien réfléchie. Si vous pensez que notre peuple est trop obséquieux, votre jugement manque de réalisme.

Qu’avez-vous fait pour le réveiller, de sa turpitude lassante ?

Il ne faut pas porter un jugement hâtif. Vous vous êtes peut-être demandé un jour, pourquoi ce silence radio ? Ou pourquoi votre message n’était pas bien reçu ?

La réponse est simple et ne demande pas de commentaire. Je vous dis simplement qu’entre vous et le peuple de qui, vous attendez une réaction au quart de tour, il y a des collines qui vous séparent.

Ces murs du silence qui cloisonnent notre cher peuple, sont construits des agrégats pétris d’ignorance et de tribalisme.

Je vous conseille de rectifier le tir. Tant que vous parliez un langage incompris et inaccessible à la masse laborieuse, alors prenez votre mal en patience.

Cher Dagga, ne considérez pas mes propos comme source de découragement, mais un argument pour vous étayer à rectifier le tir. Cherchez les voies et moyens pour atteindre les cœurs de ce peuple que vous voulez qu’il bouge.

Makaila.fr : la situation sociopolitique du Tchad, est intenable à tous les niveaux. Comment expliquez-vous l’immobilisme du peuple tchadien ?

 

Tahirou Hisseine Dagga : Effectivement qu'elle est intenable pour ne pas dire à la limite de dyspnée, tous les ingrédients d’une éventuelle explosion sont réunies, la moindre étincelle fera naître une déflagration, qu'il serait difficile de contenir….

(Votre jugement est pertinent du constat de la détresse respiratoire à laquelle vous faites allusion. Je reviens à la charge pour vous inciter à trouver la thérapie de choc ou la bouffée d’oxygène pour réanimer ce peuple dyspnéique.

Ne prenez pas pour vous seul, mes questionnements. Ils intéressent tous les lecteurs concernés par le devenir de notre chère patrie, même à ceux qui pensent que cela est adressé contre eux.

Nous voulons éviter la déflagration qui n’épargnera personne, même les innocents que nous pensons protéger, pour lesquels nos œuvres de bienfaisances sont destinées.

 

Makaila.fr : le viol de Zouhoura a mobilisé pour la première fois les Tchadiens à l’intérieur et à l’étranger. Mais le régime n’est pas tombé. Quelle lecture faites-vous de l’issue de cette affaire ?

Tahirour Hisseine Dagga : l'affaire Zouhoura est arrivée à un moment où, la grogne sociale couvait, elle a eu le mérite de permettre aux tchadiens d'exprimer leur ras-le-bol, mais l'espoir de voir surgir une révolte généralisée était vite étouffé, par la satrapie incarnée par le tristement célèbre ministre de l'intérieur Ahmat Bachir …

(Le peuple est comme un ascenseur, qui nécessite une structure qui mérite l’ascension. Le cadre politique doit canaliser les communautés dans un idéal national. Il faut mettre l’échafaudage sans lequel le chantier ne donne aucun engouement. Un peuple ne se mettra guère au travail sans un chef de chantier.

L’ascenseur comme force sans laquelle aucune élévation n’est possible exige une large campagne de résistance contre l’injustice et contre la haine gratuite.

C’est à l’image du mécanisme qui exige un entretien régulier dont aucune pièce ne peut être négligée de par sa place dans le système.

Il faut que tous les assemblages de l’ascenseur soient réunis. En un mot, nous devons tous parler un seul langage, celui de justice sociale. Une justice est un écosystème valable pour tous, les gouvernés et les gouvernants.

Il faut éviter le tribalisme et le sectarisme vain. Je voudrai dire qu’il ne faut pas que chaque groupe se déterminera pour faire cavalier seul ou bien qu’il soit imprégné d’un sentiment communautariste qui fausse la donne. On monte et on descend Tchadien.

Le problème est national, évitez de doigter ou de schématiser l’injustice aux actions limitées des individus aussi vulnérables que vous. A force de trop palabrer on devient inefficace.

La solution que nous souhaitons meilleure pour le Tchad n’exclut pas ceux qui, nous jugeons mauvais en ce moment. Il vaut mieux soigner un membre qui fait mal que de l’amputer.

Dans ces conditions, faire tomber un régime aussi tentaculaire, avec des ramifications jusqu'à dans villages où, les chefs traditionnels sont pris en otage, travaillant de façon quasi exclusive pour le régime , n'est pas chose aisée. Je ne dis pas que c'est impossible, non, mais cela nécessite un travail de conscientisation d'une grande ampleur pour aider notre peuple à sortir de sa torpeur complice et infantilisant.

( êtes-vous posé la question depuis vingt-six ans que le chef de brigade( cb) qui règne et administre partout dans le territoire national.

Pourtant nous avons eu des gouvernements qui défilent comme des marchands à la sauvette qui n’ont rien fait.

L’administration du territoire décrète des administrateurs que le cb fait le pied de nez. Sans oublier les représentants du peuple qui siègent à l’Assemblée Nationale qui n’ont d’yeux ni d’oreilles. Si vous avez de conseil à prodiguer c’est à ceux-là, qu’il faut adresser le tort.

Qui va leurs demander de compte à rendre ?

Evidemment personne !

Je suggère qu’au lieu de s’en prendre aux pauvres citoyens incapables de subvenir à leurs besoins quotidiens. Adressez-vous aux intellectuels, ils vous donneront des réponses acceptables.

Makaila.fr : la période pré-électorale d’avril dernier, a été particulièrement marquée par plusieurs arrestations des membres de la société civile. Depuis lors la mobilisation a faibli dans le pays. Pensez-vous que les organisations de la société civile peuvent-elles relever le défi du changement au Tchad ?

 

Tahirour Hisseine Dagga : Il est vrai que la période post-électorale était jalonnée par une crispation sociale sans précédent. Un des éléments du triptyque, à savoir : la société civile était entrée dans l’arène du combat politique citoyen, caractérisé par la contestation du régime lui -même incarné par le dictateur Deby, à la tête de notre pays depuis 26 ans et qui veut se représenter pour la cinquième fois. La société civile tchadienne, représentée par des associations comme « Trop c'est Trop », « Iyina » et bien d'autres, ont exprimé leurs volontés d'empêcher le dictateur de briguer un cinquième mandat .

C'est ainsi qu'après quelques tentatives de manifester, plusieurs acteurs de la société civile ont été arrêté, jugés à la soviétique et incarcérés dans une prison qui ne répond à aucune norme du standard international, en matière de la dignité des personne détenues. Il aura fallu, une mobilisation sans précédent des activistes, notamment à Paris, avec le point d'orgue de la mobilisation, consistant en l'occupation de l'Ambassade du Tchad sise 65 rue Belles feuilles, dans le 16 arrondissement de Paris, et les mobilisations des organisations internationales des droits humains et des chancelleries occidentales, pour voir condamner nos leaders de la société civile à des peines de 6 mois de prisons avec sursis. C'était une autre façon de les condamner, puisse que le sursis planait sur leurs têtes comme une épée de Damoclès.

(L’histoire du cinquième mandat, est une affaire qui anime peu le débat. Je pense que le changement que chacun de nous pense avec son propre dosage n’est guère le bon, que notre pays peut attendre ?

A chaque jour suffit sa peine. Mais les jours à venir auront des peines de toutes les couleurs même les sourds entendront les chuchotements.

Chacun à sa version de la chose donc il faut un dialogue inclusif et définitif.

C’est pourquoi je m’attarde à l’objet de l’ascenseur. Il ne suffit pas de chercher le départ d’IDI ou bien d’effacer les Zaghawas du Tchad, qui doit être le préalable, mais il faut s’efforcer de trouver un espace de dialogue.

L’esprit pacifiste doit primer sur les sentiments belliqueux afin de faire renaitre un Tchad prospère, où il fait bon vivre.

Le Tchad ne se bâtira jamais sur un sol meuble truffé de haine et de mépris. Je salue le courage des sociétés civiles et les encourage de faire davantage. Je suis persuadé que jusqu’aujourd’hui, nous n’avons pas pris notre envol ni atteint notre vitesse de croisière en maturité politique. Notre démocratie démarre à la force musculaire.

Le militantisme n’est pas une action ponctuelle, il doit être poursuivi en dépit des risques encourus et qu’il va engendrer par la suite.

Un adage de chez moi dit : ne comptes pas, le guerrier absent parmi les hommes que tu veux engager au combat. Longtemps les Tchadiens ont cru aux langues mielleuses que nous avons vues se taire au moment difficile. Le temps a montré leurs limites et leurs complicités. Je suis convaincu que nous allons attendre longtemps si le guerrier absent est le seul, tête de lance.

Makaila.fr : devant cette impasse actuelle, pensez-vous que les politico-militaires peuvent-ils jouer leurs partitions pour des perspectives démocratiques ?

 

Tahirour Hisseine Dagga : Il est vrai que depuis presque deux ans, les politico- militaires ont repris du service dans le nord et l'est du pays.

Ma position là-dessus est claire, je ne suis pas un adepte de la conquête du pouvoir par les armes, l'histoire a démontré que, ça a accouché presque tout le temps, d'un pouvoir autocratique et d'excès en tout genre. De plus, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours, le Tchad n'a connu que des histoires tumultueuses et violentes dans la succession du pouvoir, raison pour laquelle, je ne suis plus enclin à voir naître des mouvements qui prônent la violence des armes, comme étant une alternative politique, pouvant être source de quiétude pour les Tchadiens.

D'aucuns diront que, les tchadiens vivent déjà dans la violence avec le régime actuellement en place, et que le déloger par la force n'y changera rien au quotidien de nos concitoyens. Sauf que, la guerre est sujette à des lendemains imprévisibles, pouvant plonger le pays dans le chaos total.

Le sang des tchadiens a beaucoup coulé, on ne veut plus voir ça de nouveau.

Votre réponse est marquée par la philosophie de non-violence, mais parfois les fers nécessitent la soudure.

(Nous sommes les pions dans grand échiquier, l’histoire ne dépend pas de nous, nous faisons partis de ce qu’elle veut faire de nous. Le politico-militaire, ne doit pas être notre débat, il reste pour nous le soldat absent.

Un autre adage dit : les gros poissons mangent les petits, quand le caïman arrive, il attrapera les gros poissons pour son festin.

Qu’Allah protège de ne pas être parmi les aquatiques qui se dévorent.

Makaila.fr : la diaspora tchadienne s’impose désormais comme une force alternative. Quels conseils avez-vous à donner aux différents activistes ?

 

Tahirour Hisseine Dagga : la diaspora tchadienne, est en train de prendre toute sa place dans la lutte contre la pérennisation de la dictature dans notre pays.

Elle a pris ce combat à bras le corps, dans une implication pleine et entière. L'affaire zouhoura a aussi participé à la prise de conscience de nos compatriotes de l'intérieur comme de l'extérieur sur la nécessité de mener ce combat pour la justice sociale et l'équité dans notre pays.

C'est un combat certes disproportionné au regard d'énormes moyens dont dispose le parti Etat prévaricateur et résolument anti démocratique. Cette lutte n'est qu'à ces balbutiements, pour qu'elle soit prégnante et efficace, il nous faut échafauder une autre stratégie et approche, pouvant amener à faire adhérer encore plus des tchadiens à cette noble cause. Il faut aussi, que nous pensions à une convergence des luttes, pour gagner aussi bien en visibilité qu'en efficience.

Quel conseil me demandez-vous de donner aux amis activistes ; Et bien, aucun, sinon celui de continuer à parler encore davantage de la situation chaotique de notre pays partout et en tout temps, pour que le monde change des lunettes sur ce régime sanguinaire et qui est en train de faire de notre pays, une sorte de Corée du Nord.

(Le monde à qui vous demandez de changer de lunettes est conscient plus que vous. Plutôt il faut doigter la France qui vous héberge et lui dire de corriger ses émotions et d’écouter le cri des Tchadiens.) Ce que la France veut, le chef veut aussi.

Je ne peux terminer mon propos, sans interpeller le gouvernement tchadien sur sa peur de l'internet, qui fait que la similitude avec la Corée du Nord n'est pas fortuite.

Le gouvernement, a peur des critiques, il faut lui proposer des solutions à la hauteur de ses compétences. Et le tenir pour responsable devant le résultat négatif qu’il produira par son incompétence.

Toutes les vérités sont bonnes à dire dans une logique de débat national constructif.

Pour finir je remercie Makaila Nguebla pour sa disponibilité et Mr Tahirou Hisseine Dagga pour son franc parlé. Nous sommes piégés dans un phénomène national complexe que chaque groupe défend sa position. L’un par égoïsme et l’autre par patriotisme. Le paradoxe, est l’idée que chacun a, de l’autre, qui le traite de difficile à comprendre.

Le Tchad est notre patrimoine commun œuvrons pour qu’il reste en un seul morceau.

 

MAHAMAT ALI HIDJAZI