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Publié par Mak

Interview avec Marième Soda Ndiaye, militante sénégalaise : « le poids démographique de la jeunesse africaine doit impulser un changement du paradigme »
Interview avec Marième Soda Ndiaye, militante sénégalaise : « le poids démographique de la jeunesse africaine doit impulser un changement du paradigme »
Interview avec Marième Soda Ndiaye, militante sénégalaise : « le poids démographique de la jeunesse africaine doit impulser un changement du paradigme »

Etudiante, militante sénégalaise et africaine, Marième Soda Ndiaye milite depuis plusieurs années au sein des mouvements citoyens où elle est coordinatrice du Programme Citoyenneté Active du Collectif des Mouvements Sociaux du Sénégal.

Elle rentre du Canada où elle a participé à la 12ème édition du Forum Social Mondial à Montréal. Elle revient sur les enjeux de cette rencontre planétaire en y abordant les thématiques traitées lors des différents ateliers notamment la préoccupante question des inégalités des jeunes que rencontre de nombreux pays du sud et d’autres dans le monde.

Marième Soda qui s’est vue refusée son visa par le Consulat du Canada, a pu l’obtenir grâce à l’intervention et à la garantie apportées par ses partenaires qui ont rassuré les autorités consulaires canadiennes à Dakar.

Dans cette interview qu’elle accorde à Makaila.fr, la jeune activiste révèle qu’en Afrique, les jeunes représentent 65% des populations du continent, un poids démographique non négligeable qui doit impulser un changement du paradigme.

Interview.

 

Makaila.fr : Bonjour Marième Soda ! Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Marième Soda NDIAYE: Je suis Marieme Soda NDIAYE, Africaine du Sénégal, âgée de 24 ans. Je suis Etudiante en Géographie, spécialisée en Santé et Environnement. Je me définis comme une activiste, membre du Mouvement COS/M23 (Commission d’Orientations et Stratégies/M23), un mouvement né à la suite des évènements du 23 Juin 2011 au Sénégal. Je suis par ailleurs Coordonnatrice du programme Citoyenneté Active du Collectif des Mouvements Sociaux du Sénégal. Ce Collectif réunit plus d’une dizaine de mouvements de jeunes qui travaillent en synergie pour promouvoir une gouvernance démocratique, transparente et redevable des ressources publiques du Sénégal, et la participation des jeunes dans la prise de décision. En résumé, avec l’appui des organisations comme Oxfam, la Fondation Friedrich Ebert, la Fondation Nauman pour la Liberté, Enda Lead Afrique Francophone et l’ONG La Lumière, nous faisons la promotion d’une citoyenneté active.

 

Makaila.fr : Vous rentrez du Canada où vous avez pris part à la 12ème édition du FSM2016, quel bilan tirez-vous de cette rencontre ?

 

Marième Soda : Le FSM 2016 est une expérience additionnelle pour moi. J’avais participé à l’édition de 2011 organisée au Sénégal dans un contexte politique tendu en ce moment. 5 ans après, c’est le monde entier qui vit un contexte sécuritaire précaire dû au terrorisme grandissant. Donc ce n’est pas impertinent de se réjouir d’abord que cet événement réunissant de milliers de personnes soit organisé sans incident sécuritaire.

En termes de bilan, les chiffres font état de 35 000 participants venant de 125 pays de tous les cinq continents ; 1200 activités organisées; 200 activités culturelles ; et 6 forums de discussions. Donc de ce point de vue, nous ne pouvons que nous féliciter et féliciter les organisateurs pour la réussite de l’évènement.

Le FSM est surtout un rendez-vous du donner et du recevoir. Nous autres membres de la Société Civile, activistes, ou altermondialistes, comme vous nous appelez, le FSM représente pour nous ce que les Jeux Olympiques représentent pour les sportifs. C’est l’unique cadre qui mobilise autant d’acteurs et autant de pays de tous les continents pour discuter des enjeux que nous partageons tous. Rien que de ce point de vue, le FSM reste une plateforme à saluer. Donc le partage d’expérience est un résultat majeur de cet évènement.

Plusieurs questions ont été abordées, des pistes de solutions ont été identifiées, des recommandations ont été élaborées à l’endroit des Organisations supranationales, des Gouvernements, du Secteur privé, et à l’endroit de nous-mêmes Société Civile. Le rapport final une fois bouclé nous permettra de voir les détails de façon spécifique.

En définitive, le bilan parait satisfaisant, même s’il y a besoin d’améliorer quelques mesures du point de vue de l’organisation logistique et matérielle.

Makaila.fr : vous avez participé à la thématique liée à l’inégalité des jeunes. En quoi consiste cette réflexion ?

Marième Soda : D’abord la question de l’inégalité, ou mieux, des inégalités, reste une préoccupation entière chez les jeunes en général, qu’ils soient d’Afrique ou d’ailleurs. Nous vivons une sorte d’injustice qui ne repose sur aucune objectivité. Notre seul tort c’est d’être jeune, ou jeune fille. Chez cette dernière catégorie (jeunes filles), le mal est plus profond, car souvent victimes de discrimination basée sur le genre. La principale inégalité dont nous sommes victimes également est liée à la participation politique. La participation des jeunes est souvent limitée à la mobilisation des masses, au folklore, aux actes de violence (verbale et physique), à l’organisation matérielle des manifestations; les activités sportives et culturelles. Nous sommes d’une manière générale peu ou pas consultés dans la prise de décisions au niveau des instances. L’employabilité et l’accès à l’emploi pour les diplômés ou titulaires de qualification est devenu un véritable casse-tête.

Cette inégalité s’explique d’une part par le faible niveau d’instruction, de scolarisation et de formation de certains jeunes acteurs ; la discrimination de genre dont sont victimes les jeunes filles ; les rapports de force et de pouvoir ; les pesanteurs socioculturelles. D’autre part, le manque de formation adéquate et de culture politique constituent un blocage réel à la promotion des jeunes.

Par conséquent, les jeunes ne participent presque pas ou très peu à la construction du pays. Le niveau marginal de la participation des jeunes inhibe leur talent, limite leur carrière politique, et affecte leur engagement et leur motivation à contribuer à la marche du pays. Et nous n’aurons pas tort de penser que ces inégalités expliquent en partie dans certains pays le radicalisme des jeunes découragés et dégoutés du système de gouvernance instauré par les politiques ; un système qui laisse en rade une bonne partie de la société active.

La question a fait l’objet de profondes réflexions entre acteurs. Nous avons proposé un certain nombre de solutions globales et élaboré également des recommandations aux gouvernants du monde. Nous avons consigné toutes ces réflexions dans un «Manifeste » signé dans la plus grande liberté par tous les participants au Sommet Jeunes et Inégalités. Ce manifeste sera disséminé partout afin de toucher toutes les cibles. Ensuite, pour la mise en œuvre, il s’agira de poser des actes majeurs.

Makaila.fr : Cette 12ème édition est marquée par le refus des visas à des militants altermondialistes. Comment expliquez cette attitude du Canada en tant que pays organisateur ?

Marième Soda : Permettez-moi de rappeler que cette édition est la première organisée par un pays du Nord qu’est le Canada. Ce qui constitue une innovation et même une avancée. Cela nous rapproche davantage de ceux qui « font et défont » le monde. Cependant, la difficulté est que ce sont généralement des pays très exigeants en termes d’émigration. Cela peut se comprendre aujourd’hui, vu le contexte actuel de sécurité précaire d’une part ; et d’autre part, l’expérience a montré que plusieurs jeunes qui participent aux événements organisés dans les pays occidentaux en profitent pour se fondre dans la nature. De ce point de vue, je crois que la CANADA a voulu être très prudent aussi bien en termes de sécurité qu’en termes d’évasion des participants ; surtout que c’est un pays très prisé par les Jeunes du Sud.

Personnellement, on m’avait refusé le visa, avec des raisons que je ne trouvais pas valables.

Mais quand l’Organisation qui a sponsorisé ma participation a donné les garanties exigées par le service consulaire, ils sont revenus sur la décision, en m’attribuant le visa deux jours après la date de départ initialement prévue dans mon billet d’avion. Malheureusement, la plupart des participants n’ont pas eu peut-être cette chance de voir leurs sponsors intervenir en leur faveur.

Néanmoins, ces arguments n’excusent pas forcément le CANADA. Car lorsque la Société Civile Canadienne décide d’organiser le FSM, cela implique naturellement l’accompagnement du gouvernement canadien et la facilitation d’accès aux participants. On ne peut pas accepter d’accueillir l’évènement et refuser en même l’accès aux participants. C’est ce qui parait contradictoire, surprenant et désobligeant. Et je pense que les Autorités canadiennes doivent des explications plus objectives et cohérentes au monde entier. J’avoue que si c’est un des pays du Sud qui avait eu cette attitude, cela aurait automatiquement des incidents et incidences sur ses relations avec les pays occidentaux. Et c’est ce traitement inégalitaire que nous fustigeons en réalité. Il est vraiment grand temps que l’on se traite d’égal à égal, ne serait-ce que sur certaines questions, pour des relations fluides et apaisées.

 

Makaila.fr : Quel est votre message à la jeunesse africaine ?

Marième Soda : D’abord, nous, jeunes, constituons plus de 65% de la population africaine. Ce poids démographique doit impulser un changement de paradigme. Il nous appartient de prendre conscience de la valeur ajoutée que nous constituons pour notre continent où tout est urgence. Nous devons croire en l’Afrique en tant que continent de l’avenir, rester et travailler en Afrique. Nous avons assez perdu de bras valides à travers l’esclavage, la colonisation, l’émigration clandestine, la fuite des cerveaux, etc.

Ensuite, vu les défis énormes auxquels nous faisons face, la jeunesse Africaine a besoin davantage d’engagement, de persévérance et de courage à les affronter ici et maintenant. Si nous continuons à attendre des autres, ils continueront à nous vassaliser sous une forme ou une autre. Nous avons énormément de potentialités et d’opportunités. Si nous ne les mettons pas en valeur, l’autre viendra les exploiter sous notre regard impuissant; et nous nous contenterons de maigres bonus, commissions, redevances et fonds d’appui tirés de nos propres ressources.

Puis, l’unité et la solidarité doivent fonder également nos relations. C’est la seule voie pour nous de faire face à l’assaut des prédateurs sur nos ressources. Si nous partageons nos expériences internes, nous fonctionnons en grands ensemble sous régionaux, en attendant d’avoir les Etats Unis d’Afrique, nous n’aurons plus besoin des autres pour mettre fin à la situation d’urgence dans laquelle nous vivons perpétuellement.

Et enfin, l’éducation et la formation doivent être au cœur de nos préoccupations. C’est le seul et unique moyen d’être libre et autonome, de réduire les inégalités et de construire notre avenir. En résumé, nous devons arrêter de penser à notre avenir, nous devons plutôt construire notre avenir. C’est la seule et meilleure façon de rendre hommage aux vaillants bâtisseurs de notre continent, tels que Kwamé NKurumah, Habib Bourguiba, Léopold Sedar Senghor, Modibo Keita, Thomas Sankara, Nelson Mandela et tous panafricanistes et pères de l'indépendance africaine.

Je vous remercie et y associe tous vos lecteurs.

#God bless the United States of Africa!

 

Interview réalisée par Makaila.fr