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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Les relations entre le Tchad et le Congo Brazzaville sont loin d’être au beau fixe. Les présidents Déby et Sassou Nguesso s’évitent scrupuleusement tout en se soutenant mutuellement dans leurs exercices personnels de maintien au pouvoir. Idriss Déby Itno s’était fait représenter par son Premier ministre pour l’investiture usurpée de Denis Sassou Nguesso à la présidence de la République du Congo. Ce dernier vient d’en faire de même, au titre de la réciprocité, en expédiant Clément Mouamba à Ndjamena pour celle de son homologue ; démarche fort appréciée par Idriss Déby Itno et par son entourage personnel qui l’aurait très mal reçu…

 

Cependant, loin des querelles intimes, la proximité du pouvoir de Brazzaville avec des rebelles centrafricains, d’origine tchadienne, irrite au plus haut point celui de Ndjamena ; tout particulièrement le fait d’avoir intégré leur chef, Martin Koutamadji alias Abdoulaye Miskine, dans la Garde présidentielle de Sassou Nguesso. Ce dangereux criminel, fort des mercenaires qui l’accompagnent, plus de 1000, est désormais l’adjoint du Général Nianga Ngatsé Mbouala. Tous ces hommes portent l’uniforme congolais de la Garde présidentielle, et les recrutements continuent en RCA jusqu’au Tchad chez les Saras, tribu de Miskine.

L’engagement de cette dernière recrue auprès de Monsieur HuitPourCent, son employeur, ne date pas d’hier et il se pourrait bien qu’elle ait été chargée par ce dernier d’allumer les incendies au Centrafrique ces dernières années.

Denis Sassou Nguesso a pour, très rare, principe de ne pas laisser ses hommes-clés se faire arrêter ou rester emprisonnés. Jean François Ndenguet, Pierre Oba, Norbert Dabira en ont déjà fait l’heureuse expérience… Abdoulaye Miskine l’a partagée également !

A la prise de pouvoir de Bozizé, le 15 mars 2003, Abdoulaye Miskine était entré en rébellion et avait fondé le Front démocratique du peuple centrafricain (FPDC). De 2007 à 2009, le FDPC avait signé des accords avec le régime de Bozizé, rompus régulièrement. À l’automne 2012, il avait rejoint la coalition Séléka pour renverser François Bozizé. Peu avant la conquête de Bangui, en mars 2013, le FDPC a été chassé de l’Alliance-Séléka. Au cours des combats, qui les ont opposés, Miskine fut blessé. Le 16 septembre 2013, il a été arrêté au Cameroun dans la ville de Bertoua où il se faisait soigner.

Le 13 Septembre 2014, douze Camerounais ont été enlevés sur l’axe Garou-Boulai-Bouar par des éléments du FDPC qui exigeaient la libération de Miskine. D’autres enlèvements eurent lieu. Le 12 octobre 2014 à la mission catholique de Baboua, dans l’ouest de la République centrafricaine, un prêtre polonais, Mateusz Dziedzic était enlevé. Le FDPC le revendiquait alors avec la même exigence.

La main de Sassou Nguesso en filigrane pouvait enfin apparaître dans les manœuvres destinées à exfilter d’Abdoulaye Miskine… Des tractations cousues de fil blanc, pour la libération des otages, allaient commencer sous l’égide de Firmin Ayessa. Envoyé spécial de Sassou Nguesso, le père de ses petits enfants, était reçu par le président Paul Biya à Yaoundé le 25 novembre en fin de matinée.

Dès le 26 novembre, le prêtre polonais et 25 otages, dont les 15 camerounais, retenus par les hommes du FDPC étaient libérés et remis au Comité International de la Croix-Rouge au Centrafrique.

Le 27 novembre peu après 15 h, un avion de la présidence congolaise décollait de Yaoundé. A son bord, Firmin Ayessa commis coursier diplomatique ramenait Mateusz Dziedzic et Abdoulaye Miskine, sublimes trophées de la victoire du Machiavel de Brazzaville.

Pour leur part, officiellement, les autorités camerounaises ont alors affirmé avoir mené une «opération militaire » qui a permis la libération des otages et ont réfuté tout accord d’échange….

« La libération d’Abdoulaye Miskine et son accueil à Brazzaville démontrent comment s’est construite l’impunité en Centrafrique. Tant pour les crimes commis en 2013 que pour ceux perpétrés depuis 2002, Abdoulaye Miskine devrait répondre de ces actes devant la justice nationale ou internationale » a déclaré Me Patrick Baudouin, président d’Honneur et Responsable du Groupe d’Action Judiciaire de la FIDH ; seul à avoir deviné une partie de la magouille sans toutefois dénoncer les manipulations de Brazzaville.

En réalité personne n’a cherché à comprendre qui réellement détenait les otages ? Comment expliquer, qu’en à peine 48 heures presque chrono, cette opération ait pu être menée ? Sans discussions inutiles et perte de temps…

Si tous ces moyens ont été engagés par Sassou Nguesso pour la libération d’Abdoulaye Miskine, c’est parce qu’il faisait déjà partie de son dispositif en RCA. Pour ce Chef rebelle, comme pour Jean-François Ndenguet, Chef de sa Police, extrait de la prison de la Santé en 2004 à Paris, l’engagement a été total !

Il n’en demeure pas moins qu’Abdoulaye Miskine devra un jour ou l’autre quitter ce pays d’accueil lorsque la situation se sera normalisée ; lorsqu’il en aura terminé avec les opérations de basses besognes dans les rangs l’opposition congolaise. Denis Sassou Nguesso devra alors financer son retour et l’aider à préparer la déstabilisation du Tchad et de ses institutions.

Le 13 mai 2014, le président des États-Unis, Barack Obama, avait signé un décret imposant des sanctions à l’encontre des anciens présidents centrafricains François Bozizé et Michel Djotodia, ainsi que contre trois autres responsables des Séléka et des anti-balaka, accusés par la Maison Blanche d’alimenter la violence en République centrafricaine parmi lesquels figurait Abdoulaye Miskine. Pourquoi ces sanctions ne s’appliquent-elles pas à son employeur actuel : Denis Sassou Nguesso ?

Dans une Chronique publiée le 11 août dernier, Seidik Abba affirme : « Sorti de la promotion 1986 de l’Ecole de guerre de Paris, le chef de l’Etat tchadien, que même ses adversaires politiques décrivent comme un redoutable guerrier, compte en France de solides amitiés dans les milieux militaires et à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Tout ce monde-là ne rêvait alors que d’une seule chose : remettre en selle leur filleul auprès de François Hollande.»

Ce fut fait !

Alors de quel côté la balance du parrain français (et françafricain) penchera-t-elle dans cette lutte intestine entre leurs deux meilleurs poulains ? Le pompier ou le pyromane ?

Denis Sassou Nguesso, que le masque de l’inquiétude et de la fatigue ne quitte plus, a vite dépêché à Ndjamena dès la fin de l’investiture de son rival par procuration, Idriss Déby Itno, un avion pour lui ramener des informations fraîches. Un Embraer immatriculé F-HTOP d’ Equaflight Service, société appartenant au neveu Edgar Nguesso, a ramené auprès de lui à Oyo, Roch Kaboré, le président du Burkina Faso, pour être au courant de tous les sujets de conversation qu’avaient eu ses pairs en son absence. Ce qui se passe et ce qui se dit maintenant à Ndjamena est, pour Denis Sassou Nguesso, de la plus haute importance ! Surtout lorsque s’y trouve Jean-Yves Le Drian…

Rigobert OSSEBI