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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Juriste, Journaliste et Écrivain

Juriste, Journaliste et Écrivain

La Déclaration Universelle des Droits de l`Homme, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, dont le Tchad est signataire, reconnaissent, de facto, le droit des individus à la liberté d`expression, un droit indispensable à tout régime démocratique. Mais l`actualité de notre continent et plus particulièrement celle du Tchad, nous laisse croire que décidemment, au delà des Pyrénées, la démocratie reste un mode de gouvernance d`emprunt dont les principes cardinaux, universels soient-ils, ne peuvent s`appliquer à la lettre. Il faut transiger pour adapter ses principes aux caprices de nos gouvernants. C`est la «tropicalisation» de la démocratie.

 

Lors d`une Journée mondiale de la liberté de la presse, l`ancien Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan déclarait : «Parce qu’ils accomplissent leurs tâches indispensables, de nombreux journalistes sont persécutés, attaqués, emprisonnés, assassinés. Nous saluons le courage et le dévouement des journalistes qui bravent le danger, voire la violence, pour exercer leur droit de chercher et de dire la vérité».

Cette déclaration, en son temps, de la première personnalité onusienne, reste d`actualité et illustre d`ailleurs à merveille la réalité en matière de la liberté d`expression, et surtout celle de la presse en En Afrique au Sud du Sahara. Les pouvoirs publics réagissent souvent à des articles défavorables. Pour le meilleur des cas, en menaçant les auteurs desdits articles, en les emprisonnant ou en les forçant à l`exil, et pour le pire des cas, en les liquidant physiquement. Des reflexes parfois congénitaux des États qui, dans la plupart des cas, sortent des régimes dictatoriaux et les séquelles de l`autocratie semblent rester vivaces dans leur système de gouvernance.

 

Le sombre tableau de la liberté de presse au Tchad, plus qu`inquiétant…

Au Tchad, aujourd`hui, les journalistes continuent à être la cible de formes plus ou moins sévères de harcèlement des pouvoirs publics ou de leurs acolytes, allant d’agressions et d’incarcérations de courte ou de longue durée, à des poursuites ou des menaces de poursuites pénales, dans la plupart des cas, pour diffamation, offense au Chef de l`État ou atteinte à l`ordre public, aux institutions de l’État, pour ne citer que ces insipides motifs de routine.

 

 

…Pourtant liberté d`expression et démocratie sont indissociables

 

La démocratie et la liberté d’expression, quoiqu`on le dise, sont deux entités inséparables. L’une ne va pas sans l’autre dans la gestion de la vie de la cité. Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie et vice-versa. L’ancien Président Ghanéen, John Jerry Rawlings, disait qu’«aujourd’hui la démocratie en Afrique a été remplacée par le système des élections mais la démocratie va au-delà des urnes. La vraie démocratie consiste à assurer la liberté d’expression, la diversité linguistique et culturelle qui sont des moteurs très importants et les prémices d’un état de droit».

 

La forme achevée de la démocratie s’obtient par la liberté de s’exprimer, de critiquer pour améliorer l’existant, de choisir ceux qui sont aptes à conduire les destinées d’une nation. Il ne s’agit pas là de faire du verbiage quant à la nécessité d’être démocratique ou de ne pas l’être. Aucune démocratie ne se construit si la liberté d’informer, de manifester, de jouir de ses droits légaux, de bénéficier d’une justice équitable n’est pas présente. La liberté d’expression conduit inéluctablement à l’ancrage d’une démocratie participative. Cette démocratie participative découle du pouvoir du peuple à s’exprimer à temps et à contretemps, d’aller au-devant de ses responsabilités sociales, politiques, économiques et culturelles.

 

Il est entendu que l`échange libre et ouvert d`idées encourage la compréhension, fait avancer la recherche de la vérité et permet de réfuter les mensonges. La liberté d`expression permet donc aux citoyens de discuter ouvertement des sujets d`intérêt public, entraine l`établissement d`un gouvernement plus transparent et représentatif, des idées plus tolérantes et une société plus stable. L`interdiction de s`exprimer fait la part belle aux rumeurs et aux idées insultantes.

 

Rawlings, dans sa logique pertinente disait : «Même la voie des urnes ne respecte plus la voix du peuple à la base. Et du moment où le peuple n’a plus de tribune d’expression, l’on ne peut que parler d’un simulacre de démocratie». En tout état de cause, il faut reconnaitre que la connaissance d’un peuple, d’une nation, ne s’exprime qu’à travers sa voix, à travers sa capacité à transmettre ses opinions, ses savoirs, cachés ou révélés, à ceux qui sont chargés de transmettre l’information de génération en génération. La liberté d’expression n’a donc de valeur que lorsqu’elle permet aux individus d’être des forces de proposition pour le développement de leur nation.

 

Dans Médiacratie et démocratie, Dr Seydou Dramé explique le bien fondé de l’utilisation des médias qui constituent le quatrième pouvoir dont la force de proposition est un atout pour la jeunesse. Il disait : «Le quatrième pouvoir est devenu un enjeu démocratique. Si l’être humain vit comme un être libre, c’est grâce à l’information, qui lui permet de comprendre son environnement et d’y réagir. Chacun reconnaît que qui détient la connaissance, c’est-à-dire l’information, détient le pouvoir».

 

De pléthoriques législations pour rien….

 

Décidément, tout porte à croire que les nombreuses législations (nationales, régionales et internationales) qui pullulent dans nos pays ne servent que de parures à un semblant démocratique. La réalité est brute et brutale.

 

Bien plus, en 2002, les journalistes africains, avec l’appui d’un grand nombre des nouvelles démocraties que compte l’Afrique dont le Tchad certainement, ont franchi un promontoire important lorsque la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a adopté la Déclaration des principes de Banjul sur la liberté d’expression en Afrique. Cette déclaration qui est juridiquement contraignante pour les signataires du protocole établissant la nouvelle Cour de Justice africaine donne force juridique à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.

 

La liberté de la presse est également inscrite dans la Déclaration du NEPAD sur la démocratie, qui engage les gouvernements africains à «garantir une liberté d’expression digne de ce nom, y compris une liberté de la presse». La liberté des médias et leur diversité figurent au nombre des critères dont tient compte le mécanisme d’évaluation intra-africaine du NEPAD pour évaluer le respect des droits de l’homme et la gouvernance.

Vivement que le Tchad, se ressaisisse et respecte ses nombreux engagements (nationaux, régionaux et internationaux) en matière de respect des Droits de l`Homme en général et la liberté d`expression en particulier. Son image et sa place dans le concert des Nations en dépendent.

 

MANGA Jean-Bosco

Juriste, Journaliste et Écrivain

Jeanboscomanga@gmail.com