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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad: " Et maintenant que faire ?"

L’ESPOIR DOUCHE

Après ce flamboyant espoir, ce bel enthousiasme d’une nouvelle génération éprise de liberté et animée par une réelle volonté de changer d’air, que faire de ce réveil en douceur d’un peuple tchadien groggy et soumis par la force des armes depuis plus d’un quart de siècle ?

 

Que faire, se résigner ? Circuler, il n’y a rien à voir, rien à dire ? Rompez, l’élection est terminée. Les journalistes de la communauté internationale sont repartis travailler dans les pays où ils sont libres d’écrire ce qu’ils pensent et d’informer des citoyens libres d’écouter, de parler, de manifester, de critiquer à haute voix leur présidents, leurs gouverneurs, leurs élus bref leurs dirigeants.

Que faire à Ndjamena, Abeché, Moundou, Sarh, Faya, Mao etc.… ? Les portes et les fenêtres du goulag Tchad se sont refermées sur le malheureux peuple tchadien. C ‘est l’heure de la grande désillusion.

Encore cette même question lancinante, et maintenant que faire ?

Que faire de cette colère et de cette jeunesse qui aspirent à la responsabilité, au bonheur, à la liberté et à la sécurité ici maintenant et tout de suite ?

Que faire des savoirs et expériences cumulés de ces hommes et femmes tchadien-ne-s adultes qui sont privés d’emploi, humiliés, malmenés, spoliés et appauvris ?

La rencontre de ces multiples besoins et déceptions donnera-t-il l’orage volcanique sur les cendres du quel pousseront des concepts qui sont volontairement ignorés au Tchad d’aujourd’hui ? Par exemple les concepts de Droits et Devoirs, Droits et Obligations, Égalité des Chances, Méritocratie, État de droit, Justice, Nation, etc...

 

Ces concepts cités désignent un modèle de démocratie qui permet à chacun de concourir sans que les inégalités de richesse, de naissance et d’appartenance à une région ou à une ethnie ne viennent déterminer les chances de succès et d’accès à des qualifications ou d’accès à des formations et/ou à l’emploi. « L’égalité des chances est la seule façon de produire des inégalités justes » (L’école des chances, François Dubet Seuil 2004)

 

Nous savons tous que l’Égalité des Chances et la Méritocratie peuvent générer des positions sociales inégales mais ces inégalités sont les conséquences d’une compétions au départ saine et équitable même si, in fine, elles peuvent créer (les résultats obtenus sont inégaux) des inégalités, les chances données à chacun, au départ, sont identiques. Je mets au défis quiconque me prouverait que telle est la situation au pays de « Toumaï » aujourd’hui.

 

Les hommes politiques ou plus tôt les adultes tchadiens transmettront-ils leurs expériences (politique, sociale, culturelle, cultuelle...) à ces jeunes en souffrance pour leur permettre de disposer d’une arme dont ils se doteront pour transformer leur présent et construire leur avenir ? Là c’est le devoir, voire l’obligation d’une classe d’âge à éduquer, à former à instruire la génération future. L’obligation de se retirer pour laisser la place à une nouvelle génération quant -il le faut au moment où il le faut.

 

Et maintenant que faire ? Il faut agir autrement. A ce stade Le malade Tchad a 40° de fièvre. Ce n’est plus un rhume c’est une infection grave.

 

Les politiciens tchadiens sont tous mis en demeure devant l’histoire, de ne plus critiquer simplement de manière isolée ce système autour d’une bière, d’un thé, ou même devant les caméras pour rassurer la fameuse « communauté internationale », ou pire le grand chef de la « France Afrique ».

 

Nos mots aussi forts soient-ils, nos discours aussi passionnés ne nous permettent plus de, seulement, penser cette réalité que vivent nos compatriotes. Objectivement, toutes les preuves sont réunies pour agir autrement et refuser tous dialogues et discussions avec ce régime.

Admettons tous, même si nous ne sommes pas médecin, qu’on n’a jamais soigné la PESTE et le CHOLERA avec un simple Paracétamol.

 

Depuis sa prise de pouvoir par les armes, Mr IDI a berné les hommes politiques tchadiens, qu’ils soient civils ou militaires. Aujourd’hui il y a des raisons et des moyens de remettre à plus tard toutes les actions de dialogue, de compromis voire de compromission avec ce régime politique de prédation clanique.

En claire, cette énième perspective d’un gouvernement d’union nationale ne résoudra ni la fracture, ni la souffrance des tchadiens dans leur majorité !

 

Il n’est plus possible de trouver des arguments telles que « sécurité », « stabilité » ou « paix sociale chèrement acquise » pour s’adapter, s’accommoder ou même approuver le fait que le seul clan Itno garantirait indéfiniment la paix, la sécurité et la justice sociale au Tchad.

 

La prise de conscience est là il faut maintenant agir !

 

La lutte à mener aujourd’hui n’est pas seulement celui de chasser un clan pour qu’un autre prenne la place.

La raison d’être de tous est de mener un combat contre ce régime qui a érigé en système de gouvernement le vol, le viol et son cortège d’inégalité si criante dans notre pays.

Cette lutte doit être fondée sur l’égalité des chances. Tous, nous sommes nés égaux devant la loi de la République. Cette égalité que nous cherchons pour notre pays, consiste à garantir à l’ensemble des citoyens les mêmes droits sociaux et les mêmes possibilités d’évolution politique.

 

Dès lors, on peut aisément se référer à l’analyse de J. Rawls qui a dégagé deux principes hiérarchisés de justice :

1) toute personne doit avoir un droit égal à la liberté la plus large, compatible avec une liberté semblable pour les autres ;

2) les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de telle sorte qu’elles soient :

a) combinées avec une organisation des métiers et des fonctions accessibles à tous dans des conditions d’égalité des chances.

b) favorable le plus possible aux défavorisés.

 

D’ailleurs, j’invite la jeunesse tchadienne à lire l’ouvrage « La Théorie de la justice » du philosophe américain John Rawls (1921-2002). Ouvrage publié en 1971.

 

Pour revenir à la question de départ « Et maintenant que faire ? »

Alors que la colère est vive, la désespérance encore plus grande, l’arrogance du clan Itno devient plus violente que jamais.

 

La seule interrogation est, comment, face à des ignominies, des actes outrageants et révoltants, ne pas répondre par violence ?

Comment expliquer et faire accepter à toute cette génération en souffrance, le concept de l’américain Henri David Thoreau La désobéissance civile (crée en 1849). Ce concept est l’ancêtre d’un autre concept celui de la non-violence dont les illustres adeptes furent Mahatma Gandhi, Martin Luther King et tout dernièrement Madiba Nelson Mandela en Afrique du Sud.

 

Comment accepter, après les résultats de l’élection du 10 avril, que la violence aveugle et barbare exercée par l’État tchadien soit légitime alors que les résultats proclamés sont à l’antipode de la volonté réellement exprimée par le peuple ?

 

La violence, Déby et sa famille savent en user lorsque, sous le pouvoir de HH au poste de chef d’état-major des armées il a organisé et mené les massacres du septembre noir dans le sud du pays.

La violence, les frères Itno savent en user quand elle leur permet de sauvegarder leurs intérêts ou quand ils se sentent menacés. C’est parce que habitué à l’utilisation de cette violence barbare que l’arsenal militaire qui devrait défendre le peuple est retourné contre le peuple. Cette violence sauvage, au service d’un clan et d’une famille ne peut être légitime.

Par contre, la violence que le peuple peut exercer en réaction est, en revanche, légitime.


Karl Marx-/Fredrich Engels ont dit ceci : les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. La majorité du peuple tchadien est devenu ces prolétaires, exploités et appauvris par la famille et le clan Déby.

Les tchadiens ont atteint le fond du trou, ils ne peuvent que remonter et cela par tous les moyens.

En clair, la non-violence ne résoudra plus le problème tchadien et ne fera jamais partir ces prédateurs-barbares qui ont pris goût à tout : couper les seins, taillader les sexes, violer, humilier, piller et tuer quand cela leur chante.

Alors, tous les tchadiens, sans distinction, doivent faire naître les circonstances de leur libération. Le tout est d’explorer tous les possibles sans jamais renoncer car des générations entières ont été sacrifiées et cela ne peut se perpétuer.

 

Marguerite-Odile Kabatchang

 

Mai 2016