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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

TRIBUNE « Tchad, une élection pour rien ? »

Idriss Déby se présente pour un cinquième mandat à l’élection présidentielle prévue le 10 avril au Tchad. Homme fort du pays depuis 1990, il règne depuis lors en combinant répression et clientélisme à l’encontre de ses principaux opposants.

 

Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique, CCFD-Terre solidaire etAbderamane Ali Gossoumian, Coordinateur national du CSAPR Tchad (Comité de suivi de l’appel à la Paix et à la Réconciliation nationale) nous expliquent quel est le véritable enjeu de ce pays

Au pouvoir au Tchad depuis la chute d‘Hissène Habré en 1991 et l’instauration de la démocratie, le candidat-Président Déby est en difficulté : la chute drastique des cours du pétrole dans un pays très corrompu ne permet plus au régime d’assurer une relative paix sociale. Mais plus grave, la base sociale du régime s’est largement effritée avec le temps et le soutien des communautés musulmanes n’est plus acquis depuis longtemps. Le récent scandale national du viol de la jeune Zohoura par des fils de l’élite du pays a encore plus distendu ce lien, notamment chez les jeunes.

Aujourd’hui, la société tchadienne s’émancipe et ne supporte plus que tous les pouvoirs soient donnés à une famille et à quelques clans affiliés. Les sociétés civiles locales et nationales jouent un rôle très actif dans la construction du vivre-ensemble, la diffusion et l’appropriation de la citoyenneté et dans la résistance aux tendances fragmentant la société. Le milieu associatif musulman et/ou arabophone s’est considérablement densifié, les jeunes sont ouverts sur le monde… Il y a un vrai décalage entre la société réelle et le « système féodal » tchadien.

Un scénario attendu

Pourtant Déby a encore des atouts : il peut bénéficier d’un réflexe légitimiste d’une partie de l’électorat ; son image de chef d’État qui a apporté la paix et le progrès après Hissène Habré est encore bien vivace dans certaines régions rurales, et a d’ailleurs pu être fortifiée par le procès de Dakar à l’encontre de l’ancien dictateur. Déby est aussi celui qui peut apparaître comme le rempart contre Boko Haram.

Le scénario est de toute façon écrit à l’avance — et il ressemble à tant d’autres : tensions pré et postélectorales, multiplicité des candidats de l'opposition, triche au niveau de la centralisation des résultats, reconnaissance par la Cour constitutionnelle... De leurs côtés l’Europe, la France et bien d'autres vont complaisamment fermer les yeux au nom de leurs intérêts géopolitiques... Cette élection ne fera que figer le paysage politique actuel, empêchant une redistribution des cartes. Les leaders de l’opposition les plus âgés perdent eux leurs dernières chances d’accéder au pouvoir suprême.

L’enjeu des élections législatives à venir,

Mais cette élection ne permet pas de relever le défi de passer d'un État féodal structuré par la violence et la peur à un État plus démocratique (et mieux gouverné) et cela dans le cadre d’un processus négocié et paisible, le pays ayant perdu trop de temps dans les coups d’États et autres rébellions. En revanche, les élections législatives à venir, que l’opposition a de vraies chances de gagner si elle met en place une stratégie commune, pourraient permettre un retour à une vie politique plus ouverte et consensuelle. À moyen terme, si c’est de manière concertée, une réforme de la constitution devrait permettre d’y contribuer ; avec par exemple la création d’un poste de Vice-Président qui éviterait probablement, en cas de décès soudain du Président (toujours très malade), un conflit au sein du système pour prendre le pouvoir par la force, mais aussi le retour de la limitation du nombre de mandats qui rassurerait les leaders politiques plus jeunes…

Fabriquer des citoyens ?

Alors que la communauté internationale et la France ne peuvent difficilement remettre en cause le président Déby, bien qu’elles sachent qu’il est largement impopulaire et que son régime est insoutenable, elles devraient en premier lieu et rapidement s’attacher à faciliter un processus visant à assurer la paix civile et politique dans ce pays. Le vrai enjeu au Tchad est celui de la fabrication de la citoyenneté, d’un passé et d’un futur communs. Les multiples instrumentalisations politiques autour des questions religieuses et culturelles ont trop divisé la société tchadienne depuis plus de 30 ans.

 

Source:http://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/TRIBUNE-Tchad-une-election-pour-rien-2016-04-08-1200752067