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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad : Idriss Deby, Mahadi Mahamat Ali et le FACT ?

Il y a quelques jours, l’opposition au régime d’Idriss Deby dans son ensemble (intérieure et extérieure) a été horrifiée par l’effroyable forfaiture commise au sein de la rébellion armée de l’UFDD. Dans un communiqué de presse, M. Mahadi Mahamat Ali a tenté de justifier ce massacre (il y a eu une trentaine de morts) par une simple querelle de leadership et d’orientation de la lutte au sein du mouvement.

 

M. Mahadi a-t-il la mémoire si courte pour oublier qu’en 2006, toutes les rébellions armées de l’Est étaient sous l’autorité du Général Mahamat Nouri de l’UFDD avant de s’éclater en plusieurs factions sans que cela n’entraîne la moindre fusillade meurtrière entre elles. Au-delà des ambitions d’ordre ethnique qui semblent être le soubassement du problème, il faut souligner le fait que M. Mahadi a voulu organiser en catimini un congrès en Libye sans même en informer M. Nouri (qui est toujours le président de l’UFDD) et les nombreux sympathisants du mouvement qui sont présents un peu partout à l’étranger. Cela nous rappelle tristement un certain congrès du MDJT toujours en Libye. Vous connaissez la suite…

Dans le cas d’espèce, aucune tentative de rébellion n’a été notée auprès de ce groupe d’une cinquantaine de jeunes qui cogitaient justement sur ces rumeurs qui enflent sur la tenue imminente d’un congrès à Misrata et qui devrait vraisemblablement parachuter M. Mahadi Mahamat Ali à la tête de l’UFDD. Une information surprenante pour ces jeunes même si en France depuis plusieurs mois déjà des rumeurs circulaient sur une brouille au sommet entre le Général Nouri et son jadis Secrétaire particulier M. Mahadi Mahamat Ali. Quoiqu’il en soit, ni politiquement, ni militairement, ni le contexte actuel, ne justifient cet assaut meurtrier et criminel. Une tuerie lâche et choquante qui n’a pas empêché le vieux Général Nouri de convoquer l’histoire et de rappeler dans son communiqué de presse les malheureux évènements du 21 mars 1980.

Oui, il y a 36 ans éclata la terrible guerre de Ndjaména entre les FAP de Goukouni Weddeye et les FAN d’Hissein Habré. Une guerre fratricide que tout le monde craignait et cherchait à éviter à tout prix mais que des éléments du FAP – cliniquement proches du groupe actuel de Mahadi - manipulés par les libyens sont allés nuitamment éliminés des combattants de FAN dans un centre de hospitalier de la capitale. L’inévitable est arrivé. La guerre durera 9 mois et fera de milliers de morts de part et d’autre et parmi les populations civiles.

Cet acte de lâcheté historique et les blessures profondes qu’il a causées ont mis du temps à se cicatriser. Grâce à la hauteur de grands hommes politiques, civils et notamment le concours de notables traditionnels, les blessures ont été pansées, la cohésion régionale et ethnique sauvée. C’est en cela qu’aujourd’hui l’acte ignoble de M. Mahadi Mahamat Ali d’autoriser le massacre de ses propres frères, constitue une extraordinaire ignominie. Des voix se sont élevées de partout pour condamner et réclamer justice. Que M. Mahadi assume tout cela. En France où il a une résidence, un tel crime ne saurait rester impuni.

Aujourd’hui, avec la création du FACT, il apparait clairement qu’il s’agit d’un coup d’Etat pour s’accaparer de la direction de l’UFDD. Les intentions affichées par M. Mahadi de sacrifier de centaines de jeunes pour réaliser l’alternance politiques laissent rêver débout. Les tchadiens connaissent trop bien la chanson. Mais passons pour le moment.

Aussi, il convient maintenant de clarifier le double jeu que mène M. Mahadi Mahamat Ali. En effet, les contacts de ce dernier avec le régime Deby par l’entremise de M. Djiddi Saley, directeur général de l’ANS, ne sont un secret de polichinelle. Plusieurs contacts ont eu lieu en France et au Gabon entre les deux hommes ou leurs seconds couteaux. Par exemple, M. Mahamat Hassane Bouloumaye, un fidèle de Mahadi, a rencontré le DG de l’ANS à Niamey (Niger). Il y a lieu donc de s’interroger sur les tenants et aboutissants de tous ces contacts avec les sbires du régime MPS.

Pour Idriss Deby, l’enjeu est très important. L’objectif pour lui est de faire le vide de toutes les poches des ex-combattants des différentes rébellions armées qui sont dans la ville et toujours tentés d’en découdre avec son régime par la force. Eloigner le danger et surtout caser quelque part et sous contrôle ces vaillants compatriotes, les rendre passifs afin qu’ils ne puissent entreprendre une réelle opposition armée à même de le combattre, est déjà une épine ôtée du pied. Vous comprenez pourquoi Deby n’est pas très préoccupé par le rassemblement qui s’opère à ciel ouvert dans le sud libyen même s’il suit de près l’évolution des choses.

Et c’est là où M. Mahadi joue un rôle trouble que tout le monde et surtout les jeunes combattants rassemblés au sein de la nouvelle formation militaire FACT doivent bien voir et comprendre. Bien sûr ils vous diront que l’effectif n’est pas encore suffisant, que des armes lourdes complémentaires seront livrée, etc. Une rébellion armée c’est toute une organisation opérationnelle qui va des entrainements à la communication politique en passant par la mise en place des diverses unités d’approvisionnement, de soins, de secours, des stratégies, des missions à l’extérieur, etc. Tout un planning politique et opérationnel à projeter. Et bien entendu les actions militaires. Or, tout le monde se rappelle de la déclaration de M. Mahadi faite sur les ondes de RFI qui disait clairement que : « nous sommes prêts à soutenir la communauté internationale pour combattre DAESH en Libye. Ensuite nous nous occuperons de Deby… ». Incroyable !

C’est pourquoi nous devons savoir qui lutte réellement contre le régime Deby ? Qui lutte réellement pour le changement au Tchad ? Qui cherche à monnayer la vie des jeunes tchadiens auprès de la communauté internationale ? Et qui flirte avec Deby et nourrit en parallèle des objectifs pouvoiristes à longtemps terme ?

L’autre chose intrigante et qui a étonné tout le monde, c’est pourquoi précisément en ce moment que Mahadi et son groupe décident de passer à l’action et créer une nouvelle formation militaire ? Et de quelle manière ? Est-ce que créer une fracture ethnique au sein de la rébellion est une solution ? Est-ce que tuer des innocents est acceptable ? La réponse est véritablement NON. L’histoire récente nous enseigne tout le contraire. L’ennemi Deby n’est pas seul avec son groupe ethnique ! La lutte est plus que jamais nationale et non sectaire ni identitaire. M. Mahadi l’a-t-il compris ?

Ainsi donc la forfaiture opérée le 26 mars dernier (tuerie des jeunes combattants de l’UFDD) ressemble étrangement à un complot ourdi par Idriss Deby avec, bien entendu, la complicité de M. Mahady Mahamat Ali pour enliser davantage la rébellion armée. Le moment ne peut être que bien choisi…

Depuis la triste affaire Zouhoura à la campagne électorale pour la présidentielle en cours, les populations tchadiennes se sont mobilisées comme jamais pour rejeter le régime MPS. Les organisations de la société civile ont même réussi à mobiliser avec succès le peuple tchadien pour dire à Idriss Deby leur souhait de ne pas le voir briguer un 5ème mandat. Mais le sultan d’Amdjarass s’impose par la force militaire et compte continuer son chemin. Dès lors, c’est le bras de fer qui se dessine à l’horizon et qui ouvre inévitablement la voie à la lutte armée. Car Idriss Deby s’imposera toujours par la force et non par les urnes.

Aussi, les regards se tournent de plus en plus vers la rébellion armée en gestation en Libye. Le compte à rebours serait normalement déclenché à partir de la confiscation annoncée de la victoire du peuple après le 10 avril 2016. L’inaction ne se justifierait plus car même la lutte pacifique sera continuelle.

Voilà pourquoi c’est en ce moment capital que M. Mahadi et son groupe ont décidé de créer une scission au sein de la rébellion, pire sur une base à connotation ethnique et déjà tâchée de sang d’innocents combattants de l’UFDD. Le FACT va-t-il passer à l’action ou va-t-il s’aligner à l’ouverture politique qu’Idriss Deby proposera pour descendre la tension ? Cette interrogation qui a coûté la vie à ces jeunes de l’UFDD, se reposera encore au sein des troupes du FACT dans les jours à venir. Quelle réponse M. Mahadi va-t-il donner ? Usera t-il encore des canons pour étouffer la liberté d’expression, le dialogue ?

4 jours après la tuerie du 26 mars dernier dans le camp de Jufrah, sud libyen, un premier ralliement a été enregistré du côté gouvernemental. En effet, un convoi de 8 véhicules avec armes et bagages de la rébellion a été accueilli à 200 Kms de Bardaï par les autorités de la ville. C’est tout dire… les jours à venir nous édifieront mieux.

 

Allafouza Dazzimi