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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

ZOUHOURA, UNE ADO VIOLÉE AU TCHAD, A PU QUITTER SON PAYS ET RETROUVER SON PÈRE À NANCY

Les mots restent bloqués dans sa gorge. Pour meubler le silence et garder une contenance, Zouhoura tripote nerveusement un coussin avec ses mains finement décorées de motifs au henné. Elle a 16 ans et demi. Il y a encore quelques semaines, elle était une ado tchadienne comme les autres.

Aujourd’hui, elle se retrouve à Nancy après avoir fui son pays où elle est devenue un symbole. « C’est une icône. Sa photo a fait le tour du monde », résume un cousin de son père, Abdallah Moussa-Idriss, opposant politique au président tchadien Idriss Deby et réfugié à Nancy.

L’ado se serait bien passée de cette notoriété qui la dépasse et qu’elle ne comprend pas. Elle donnerait n’importe quoi pour retrouver sa vie d’avant cette journée de février dernier où cinq jeunes l’ont enlevée alors qu’elle se rendait à son lycée, dans la capitale, N’Djamena.

« Trois jeunes sont sortis de la voiture avec des pistolets. Ils ont bousculé ma voisine qui marchait avec moi et ils m’ont prise par le cou. Ils m’ont aussi frappée car je n’arrêtais pas de crier », murmure la lycéenne tchadienne.

Celle-ci connaît certains des agresseurs. Ils sont plus âgés qu’elle mais ont l’habitude de traîner près de son lycée : « Ils m’ont dit qu’ils m’avaient prise car je ne leur disais pas bonjour ». Zouhoura explique avoir été emmenée dans une maison.

La suite ? Elle est incapable de la verbaliser. Elle n’a pu la raconter qu’une seule fois, à un juge. Elle aurait été abusée sexuellement. Ses agresseurs l’ont aussi filmée.

Ils ont menacé de diffuser les images sur les réseaux sociaux si elle parlait. « Mais je ne pensais pas qu’ils le feraient », indique la jeune fille qui, dès qu’elle a été libérée, est rentrée chez sa mère mais a aussi appelé son père, Mahamat Brahim-Ali, installé depuis une dizaine d’années à Nancy. Il lui a immédiatement dit d’aller porter plainte.

Symbole des femmes violées

En représailles, les agresseurs ont alors diffusé sur Internet des images de Zouhoura, nue et en larmes. Le fait divers s’est aussitôt transformé en affaire d’État. Les images ont révolté la population du Tchad. L’adolescente est devenue le symbole des femmes violées. Mais aussi de l’impunité dont bénéficient les délinquants sexuels. Surtout s’ils sont proches du pouvoir.

Or, il se trouve que trois des agresseurs de la jeune fille sont des fils de généraux. Et parmi leurs complices, figure le fils du ministre des Affaires étrangères.

Dans un premier temps, le régime a tenté de minimiser. « Le ministre de l’Intérieur est venu chercher ma fille à la maison pour l’amener sur un plateau télé afin qu’elle dise qu’il ne fallait pas manifester pour elle. C’est le truc que je trouve le plus inacceptable dans cette affaire », proteste le père de Zouhoura. Cet épisode rocambolesque n’a servi à rien. Cela n’a pas empêché des manifestations de soutien à l’ado violée à N’Djamena. « Cela m’a touchée », lâche Zouhoura, même si les manifs ont été durement réprimées et ont fait un mort.

Depuis, ses violeurs présumés ont été arrêtés mais la contestation continue. Sans la jeune fille. Sa famille a préféré, pour sa sécurité, l’exiler en France. Elle est arrivée en début de semaine à Nancy. Dans le quartier du Haut-du-Lièvre. Chez son père bien décidé à « obtenir justice ». Il a également prévu un rendez-vous chez un psy pour sa fille. Sans aucun doute le plus urgent.

Christophe GOBIN

 

Source: http://www.estrepublicain.fr//edition-de-nancy-ville/2016/03/16/zouhoura-une-ado-violee-au-tchad-a-pu-quitter-son-pays-et-retrouver-son-pere-a-nancy