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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 Encore des leçons de démocratie du Bénin aux autres pays africains et à la France

Par Senior Mbary


Le duel des deux candidats arrivés au second tour - MM. Lionel Zinsou et Patrice Talon- à l’élection présidentielle au Bénin du dimanche 20 mars 2016 s’est achevé en faveur de Marcel élu avec plus de 65%.


Fait rarissime en Afrique, Mr Lionel Zinsou qui a reconnu sa défaite, a appelé Mr Patrice Talon pour le féliciter avant même la proclamation officielledes résultats. Mr Zinsou a montré ainsi qu’il était un grand homme, à l’image de Me Adoulaye Wade au Sénégal et Mr Good Luck Jonathan au Nigeria, qui avaient reconnu leur défaite aux élections présidentielles de leur pays respectif alors qu’ils étaient aux affaires.
Le Bénin est pays qui surprend et étonne toujours. Dans les années 1990, il était en effet, le premier pays à organiser la conférence nationale souveraine ayant servi de leçon à beaucoup de pays africains qui s’en étaient inspirés.
Il faut dire que l’environnement international, avec la disparition de la guerre fraude, était déjà favorable à l’éclosion de la démocratie mais beaucoup de pays ne savaient pas comment se prendre et l’expérience béninoise a servi de fil conducteur à l’instauration d’un dialogue national.
L’arrivée de Mr Lionel Zinsou sur la scène politique béninoise était une surprise aussi bien pour l’extérieur que pour les Béninois eux-mêmes, qui percevaient sa nomination au poste de premier ministre et sa candidature à la présidentielle comme un cheveu dans la soupe. Tout le monde savait que Mr Lionel Zinsou, poulain du président sortant, Yayi Boni, était plus proche de l’ancien patron de Matignon aujourd’hui au Conseil Constitutionnel en France. Malgré les moyens importants de l’Etat béninois mobilisés et utilisés pour soutenir la campagne de Mr Lionel Zinsou, qui apparaît, en réalité comme un « troisième mandat déguisé de Boni Yayi », selon l’analyse d’un correspondant de RFI de ce 21 mars 2016, celui-ci a mordu la poussière parce que le peuple béninois a décidé de prendre son destin en main. Il a refusé qu’on lui impose un dirigeant de l’extérieur.
Mr Zinsou ne devrait pas être surpris de sa défaite cuisante, en raison notamment de sa proximité avec le président Yayi, lui qui est plus sensible aux problèmes français qu’africains. On se rappelle de cette scène inédite où il pleurait chaudement des massacres de Charlie Hebdo à Paris, mais pas un seul mot à ce qui se passe chez son voisin au Nigéria où l’ampleur des massacres est encore plus importante. Les scandales à répétition de ces derniers temps au sein de son gouvernement ont dégouté tout le monde et ont contribué à donner le coup de grâce à Mr Zinsou.
L’échec de Mr Lionel Zinsou est venu rappeler quelque chose d’important que l’on savait déjà : lorsqu’un régime africain est prêt à défendre les intérêts de la France, celle-ci ferme les yeux sur sa gouvernance quels que soient les effets néfastes que cette gouvernance a sur la vie des populations. Et ce constat rappelle bien la tristement célèbre phrase de De Gaule qui disait que « la France n’a pas d’amis mais des intérêts ».
Dans cette logique d’intérêt à sens unique ancrée, qui guide la politique extérieure française, aussi bien de la droite que de la gauche, le gouvernement de Mr Hollande a apporté son soutien officiel pour le maintien de Mr Idriss Deby Itno au pouvoir au Tchad.
En effet, Médiapart vient de rendre public un rapport confidentiel du Secrétariat général de défense et de la sécurité nationale, service rattaché à Matignon, qui a recommandé le maintien de Deby au pouvoir, dans l’intérêt de la France, à l’issue de l’élection d’avril 2016.
La question récurrente qui vient à l’esprit est la suivante : un président est-il élu pour défendre l’intérêt de sa population ou de celui d’un pays tiers, fut-il la France ?
Dans un communiqué signé du président de l’UDT, Mr Adéraman Koulamallah a annoncé la rupture de son alliance avec le MPS, le parti au pouvoir, pour soutenir la candidature de Mr Saleh Kebzabo aux élections présidentielles d’avril 2016. Justifiant les raisons de sa rupture, le président a relevé, de manière non exhaustive, une liste des maux dont souffre le Tchad et qui sont imputables au régime de Deby. Le président de ce parti s’est indigné du fait que ce régime n’a exprimé le moindre petit geste d’autocritique.
Comment dans ces conditions, nous pouvons et par quel miracle, reprendre notre place dans cette alliance hétéroclite, sans projet de société et apporter au MPS et à son candidat l’onction de notre parti pour un autre nouveau mandat ? a-t.il ajouté.
Tout en faisant miennes ces raisons avancées par Mr Koulamallah, j’ajoute que le pillage à ciel ouvert du pays par Deby, son Clan et sa belle-famille, la corruption à grande échelle qui gangrène le pays, l’impunité dont jouissent ses parents et l’arrogance doublée du mépris que ceux-ci ont vis-à-vis des autres citoyens ont fini par cristalliser la rancœur et le dégoût des Tchadiens en général à l’égard de Deby et son clan depuis longtemps déjà.
Alors, pour être honnête, en dehors de son clan et de ses courtisans, qui est ce Tchadien conscient qui votera Deby aux élections présidentielles d’avril 2016 ? Ce qui est sûr, le leitmotiv qui revient de manière récurrente dans toutes les bouches est le changement mais pas avec Deby.
C’est donc en ce moment précis que les services français sortent leur rapport pour dire, en quelque sorte à la population, que vous pouvez voter comme vous voulez mais c’est Deby qui sera élu. Autrement dit, la France apportera son soutien actif à la fraude qui est en train de se mettre en place avant les élections pour octroyer un nouveau mandat à Deby parce qu’il est le garant de leur intérêt.
Le plus choquant dans tout cela, c’est que les pays, comme la France, font chez les autres ce qu’ils n’osent pas le faire chez eux au nom de leur intérêt, au mépris du choix des autres, au mépris de l’aspiration profonde des autres peuples.


Cette attitude consistant à vouloir imposer des dirigeants contre le grès de leur population, parce que celui-là protège mieux les intérêts occultes, amène parfois à comprendre et à tolérer, par moment, les positions extrémistes de certains opposants ou courants politiques.


Alors, l’opposition politique et la société civile au Tchad sont ici à nouveau interpellées et averties de ce qui se prépare. Il ne faut rien attendre de l’extérieur. Le chaos dont fait allusion ces milieux mafieux sont des vues d’esprit pour justifier le soutien à Deby car il n’est pas irremplaçable. Que feront ces milieux si Deby venait à mourir ?
Le bout du tunnel est tout proche parce que la peur a changé de camp. A nous de saisir l’opportunité pour sortir définitivement la tête de l’eau et goûter aux délices de liberté, la vraie, et de jeter les bases d’un Tchad nouveau, uni et prospère où il fera bon vivre, même à ces vampires.

 

Senior Mbary